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Mar

15

Sep

2009

Manutahi : l’homme qui parlait aux oiseaux
Fenua - Société
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RENCONTRES

Ce vieil homme en chemise blanche qui nettoie chaque dimanche lemonument de Pouvanaa a Oopa s’appelle Manutahi. C’est son ancien compagnon de route et il a vécu toutes ses luttes. Aujourd’hui à 82 ans, il porte toujours un chapeau de paille avec des petites fleurs bleu pâle et une guirlande de coquillages sur la tête, et ne se déplace jamais sans un vélo rose dont le porte-bagages est encombré de tout un fatras indescriptible.

Manutahi a ses habitudes quotidiennes et des horaires stricts, qu’il respecte en s’aidant du réveil-matin qui lui sert demontre et qu’il trimbale toujours avec lui. Si bien que tout le monde sait à toute heure du jour où on peut le trouver, si besoin. Et s’il n’est pas là, c’est qu’il n’est pas très loin. Ainsi sait-on le rencontrer chaque matin dans tel snack de la ville où il tient son office pour des consultations dispensées gracieusement. Notamment pour les problèmes de foncier. Non pas que ce vieux sage soit un juriste,mais à force d’aider son prochain sur ces sujets complexes, c’est devenu un excellent spécialiste. Alors, il tient conseil autour d’une tasse de café. Il ne se fait pas payer pour ça, jamais. Vous ne pourrezmême pas lui offrir son café, vous vous exposeriez à un refus catégorique. Ensuite, il va travailler, c’est comme ça qu’il dit. Il va aller ramasser tout ce qui traîne en ville, tout ce qu’on abandonne et qui pourrait servir encore. Tout ce qu’il récolte s’entasse sur le vélo, papiers, chiffons, ustensiles, sacs plastiques, un vrai bazar. Il glane aussi les restes de nourriture. Pas pour lui, certainement pas, puisqu’il ne mange pratiquement jamais, à ce qu’il dit, “parce que c’est comme ça qu’on reste en forme”. Mais pour ses animaux.

Une ménagerie : des chiens, des chats et des oiseaux. Chez lui, c’est un vrai capharnaüm. Il y arrive en poussant lentement son vélo trop lourd parce que tout ce qu’il y a accumulé toute la journée lui bouche la vue. Il est accompagné depuis un moment par une joyeuse bande de chiens qui lui tournent tout autour en jappant. AlorsManutahi dépose son vélo devant sa maison. Il retire la tôle ondulée qui sert de porte à cet endroit insolite fait de planches de bois, de vieilles tôles, où s’entasse sous un grand manguier une avalanche d’objets hétéroclites dans un désordre invraisemblable. Tous les chats du quartier sont arrivés eux aussi et semêlent aux chiens pour la distribution du repas. A chacun, Manutahi donnera sa part selon son nom.

Et puis, voilà : sur les lignes électriques de la rue, patientaient des centaines, des milliers d’oiseaux. De son antre, Manutahi sort une chaise. Et du fond d’un vieux sac il jette du riz et du pain mouillé. Les oiseaux se précipitent, il y en a partout, ils piaillent, s’envolent au passage d’un sco oter, reviennent, s’égosillent. Manutahi comprend tout, car il parle le langage des oiseaux.

“C’est incroyable ! Il n’y a pas d’école pour les oiseaux. Mais ils savent à quelle heure j’arrive. Et ils sont là tous les soirs. Il n’en manque pas un. Ceux-là viennent de Pirae. Ceux-ci de l’autre côté. Et les autres, ils habitent là. Je les connais tous. Je connais leurs histoires. C’est très simple à comprendre. C’est comme pour les hommes. Un peu de pain à chacun. Pas un pain, deux pains, trois pains, quatre pains, non ! Un pain, c’est tout. Un pain pour tout le monde, et Dieu pour tous !” Les oiseaux se sont calmés, rassasiés. Certains s’en retournent vers leurs lieux de refuge. D’autres restent, posés sur les lignes électriques, dans le silence troublé quelque fois par des battements d’ailes.Manutahi est assis sur sa chaise, sous son vieux manguier, les bras croisés : il leur chante une chanson. “Voilà, c’est comme ça. Je suis heureux, comme si j’étais le dernier des hommes. Je suis Manu. ça veut dire : oiseau.” Il rit. Que ton éclat de rire s’envole au dessus de la rue encore pour longtemps, Manu, le dernier des hommes.

Texte : Lili Oop Photographies : Paskua

Commentaires (8)Add Comment
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Digne de National Geographic
Par tevea, septembre 15, 2009
C'est magnifique, digne des reportages publiés dans Life ou National Geographic. Bravo Lili Oop et Paskua, deux vrais pro, une fierté pour le fenua. Le ton est juste, précis, les photographies sont splendides. C'est une vraie respiration dans le journal. Merci La Dépêche. Il faudra une chronique bientôt sur vos deux nouveaux collaborateurs... On en redemande !
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Merveilleux
Par tgirl, septembre 15, 2009
Chapeau bas pour l'article .Quel bonheur de lire cet article et voir ces splendides photos.
Merci beaucoup de nous monter la vie de tous les jours de tout un chacun dans nos iles.
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Par tiare, septembre 15, 2009
Merci pour ce très bel article. Passionnant et touchant!
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très sympa
Par Ritchie, septembre 15, 2009
En effet, voilà un beau petit reportage qui nous remet les pieds sur terre. Félicitations.
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Par Ariivahine, septembre 15, 2009
Je me souviens de lui, il y a 2 semaines de cela, je me gare en face de ma banque au centre Tony, je vois tout de suite un vieil homme faire les poubelles. C'est vrai, beaucoup de pigeons volent autour de lui. Cet homme retient mon attention. Il est vieux et fouille les poubelles. Alors, pris de pitié, je lui tends un billet de 1 000 f, et lui dit d'aller s'acheter à manger. Et là, en refusant gentiment mon billet, il me répond qu'il cherche de la nourriture pour tous ses animaux et que des gens jettent de quoi bien nourrir ses chiens. Et là, je le regarde, je ne vois plus un homme affamé et pauvre mais un être rempli de bonté et de sagesse.
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Par lycéendelapeur, septembre 15, 2009
Enfin une bouffé d'oxygène, un petit homme qui n'est ni roi ni homme politique, il n'est qu'un de c'est illustre personnage de l'ombre qui ne vit pas pour lui mais pour les autres et tout particulièrement pour tout les êtres vivant: chats, chiens et oiseaux trouve refugent prêt de lui. C'est pas "Chirac" qui doit avoir la place, ce n'est pas "Ariipaea POMARE" qui doit prendre la rue mais c'est "Manutahi" que doit prendre pour nom tout les rues et places de nos amis les bêtes
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Par heremoana, septembre 16, 2009
que du bonheur, les mots sont justes
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Par tauarai, septembre 16, 2009
Oui c'est magnbifique, émouvant avec juste ce qu'il faut dans le ton pour parler de ce papy qu'on croises dans les rues de papeete mais que beaucoup ne remarquent sans doute pas avec ce vieux vélo et toutes ses bricoles dessus.
En tout cas merci encore la Dépêche, oui je suis d'accord avec ce qu'a dit TEVEA.. les photos sont belles et cet article aurait effectivement toute sa place dans LIFE, National Geographic voir TIMES smilies/smiley.gif

maururu, maururu roa Lili Oop & Paskua

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