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Mar

22

Sep

2009

Tehaamana : le rêve américain
Fenua - Société
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RENCONTRES
lili150.jpgLorsque Tehaamana est rentré de treize années à Mururoa, un brin malade, il a commencé à bricoler les voitures. Lui qui était frigoriste, il a appris la mécanique et le travail de la tôle. Un jour, il est tombé sur une vieille Buick américaine avec un moteur six cylindres cassé dont il n’a gardé que le châssis, le capot et la calandre. Ca lui est venu comme ça, une idée un peu folle. Il a découpé la cabine d’une 403 et les a soudé ensemble. Et puis il a rajouté à l’arrière un pick-up. Ca fait une drôle de machine à l’état d’épave qui gît du côté de Farepiti, toute rouillée et couverte de graffitis. C’est un peu tout ce qui reste de son rêve américain.

lili300.jpgUn rêve aujourd’hui à vendre, enfin, c’est ce qu’il dit… Tehaamana dit aussi qu’un jour sa voiture, elle roulera. Elle rutilera sous les chromes. Il fera le tour de l’île après avoir roulé très lentement le long du front de mer de Papeete. Tout ce qui reste à faire, il l’aura entièrement fait lui-même, même si la liste est sacrément longue. Il y aura même un système d’amortisseurs à l’avant pour la faire sauter comme une chèvre, comme il a vu que des Mexicains faisaient dans une émission télévisée style WarmUp. Ce n’est pas encore pour demain, il le sait, ni pour après-demain, mais un jour on verra bien.

Pour l’heure, la caisse est en bord de route et c’est un endroit sympathique pour donner un rendez- vous à une belle un soir, fumer quelques cigarettes et boire une bière. A la belle, on peut lui raconter de belles histoires sur les longues routes américaines, la descente sur Sunset Boulevard à LAX, le coude à la portière, ou s’inventer des courses de dragsters entre copains sur le circuit d’Indianapolis. A Los Angeles, pas plus qu’à Indianapolis, Tehaamana n’est évidemment jamais allé : “C’est l’imagination qui travaille.”

Maintenant qu’ils sont mariés, la bagnole a été gentiment déplacée dehors

lili300bis.jpgJoelle, sa femme, elle sourit quand elle l’entend parler comme ça. Elle a connu la caisse dans la cour de la maison,mais maintenant qu’ils sont mariés, la bagnole a été gentiment déplacée dehors. Il a fallu faire de la place pour agrandir la maison car le douzième petit-fils vient d’arriver au monde, il y a huit mois. Alors, Tehaamana pense vendre la voiture. Pas cher. Ou bien l’offrir à un copain de Rurutu pour qu’il la finisse lui-même. Ou l’emmener à Tahaa, son île natale, où il voudrait exploiter une petite terre en cultivant des fruits et des légumes. Il va emmener Joelle là-bas quand elle sera en retraite, pour y vivre au moins six mois par an. “Et quand on y sera, j’ai pensé préparer le moteur et le réinstaller dans la Buick. Je vais récupérer des pièces pour refaire l’embrayage, le collecteur est mort, le pignon est foutu, la courroie de distribution, l’électricité, mais ça pourrait le faire…” Parce qu’il a deux autres épaves allemandes qui lui fournissent les pièces détachées…

Un jour, ils feront le tour de l’île à bord d’une Buick rutilante

lili300ter.jpgJoelle le regarde avec tendresse. Il l’a remarqué. “Non, je vais la donner comme ça, avec tous les papiers. Sauf la carte grise que j’ai perdue. La 403 transformée comme ça, les gars de l’équipement risquent de me dire qu’elle est drôle…” Alors, Tehaamana prend Heiarii, son dernier petit-fils, dans les bras. Que lui chuchote-il à l’oreille ? Qu’un jour, tous les deux, ils feront le tour de l’île à bord d’une Buick rutilante, le coude à la portière. Qu’ils ralentiront devant les bars du front demer et salueront les belles et les copains. Il rêve ses rêves, parce que, dit-il, à 59 ans, “Ua topa teMahana”, le jour est tombé. Et que la nuit, Tehaamana ne dort pas. Il se lève à minuit, une heure du matin, fume des cigarettes, boit de l’eau ou du café. Il reste là à réfléchir jusqu’au petit jour. Il sort dehors, près de la voiture, “‘aite ravea, c’est comme ça”. “Il faut que je finisse la voiture. Il reste le moteur, après on peut rouler !” L’enfant, pendant ce temps, s’est doucement assoupi.

Texte : Lili Oop

Photographies : Paskua

Commentaires (6)Add Comment
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A lire entre les lignes
Par tevea, septembre 22, 2009
Encore une belle chronique qui fait mouche... si on la lit entre les lignes. Chapeau lili.








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Par mauarii, septembre 22, 2009
Hey, j'ai une buick americaine aussi annee 70. Elle roule toujours et en plus c' est une automatic.
Faaitoito papa Tehaamana e tere hoa ona.
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super
Par nui, septembre 22, 2009
Super lili, l'emotion se fait ressentir! c'est très touchant! bravo
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Par jmp, septembre 23, 2009
très bel article comme d'habitude ,ces tranches de vies polynésiennes sont belles et sincères .On en veut plus souvent car c'est la Polynésie profonde,la vraie a mille lieues des affaires polticos-judiciaires du moment et de la crise. bravo
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la voiture du reve americain peu eglement etre du model canadien...
Par moi, septembre 23, 2009
Iorana Tehaamana,
j habite le canada, mais egalement je connais tres bien tahaa pour y avoir sejourner pendant de nombreux mois au temps ou tahaa cetait lesiles ,
maintenant tu pourrais me donner ton adresse et tes coordonnees et je pourrais voire comment resoudre ton probleme de voiture, ce n est pas tres difficile , le seul probleme a resoudre sera de d envoyer le tout en bateau du canada,
a bientot sur mon courriel , nana Marc devillerssmilies/smiley.gif
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wow! excellent sujet
Par tgirl, septembre 23, 2009
un rêve qui mériterait de devenir une réalité!
Que d'émotions en lisant l'article!

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