ENQUÊTE - Des marchands peu scrupuleux vendent de la pacotille aux touristes...
Le lustre est parfait, la surface bien lisse. Les nuances hésitent entre le noir, le vert profond et l’aubergine veloutée. Enrubannées dans de petites boîtes rouge carmin, soigneusement rangées par deux, des perles noires montées en boucles d’oreilles sur unmétal doré. Une dizaine de coffrets, la moitié sont ouverts. En ce mardi midi, le marché de Papeete, haut lieu touristique de la Polynésie française, fleure bon… le fromage fondu.
> En 3 points
- Des croisiéristes ont été victimes d’une escroquerie. Ils ont acheté lors de leur escale à Papeete de la pacotille à prix d’or. 150 000 et 90 000 Fcfp des colliers en toc. Nous avons enquêté et, effectivement, un marchand nous a vendu de fausses perles pour des vraies.
- Selon nos informations, il ne s’agit pas d’un trafic organisé, mais le fait de vendeurs isolés qui arrondissent leurs fins de mois en mélangeant authentiques et fausses perles à leurs parures.
- Ces petites arnaques éclaboussent tout une profession et jettent le discrédit sur un secteur d’activité déjà fragilisé par la crise économique mondiale. Le phénomène n’est apparemment pas nouveau, mais il s’est intensifié ces six derniers mois.
C’est l’heure du casse-croûte et l’on se presse autour des échoppes de croque-monsieur et autres paninis croustillants. Entre les paréos et les fleurs exotiques, sur un coin d’étalage au coeur du quartier des marchands de vannerie, ces dix petites boîtes attirent le regard. Les boucles d’oreilles sont de bonne taille. Elles reflètent magnifiquement la lumière. “C’est du plaqué or”, argue la vendeuse à peine levée de son transat niché entre deux rayons de paniers. “Ce ne sont pas de grandes perles”, s’empresse-t-elle d’ajouter en apercevant un certain étonnement sur le visage de l’acheteur, intrigué par des prix affichés défiant toute concurrence.
“Ceux qui se sont fait avoir vont le faire savoir”
Pas de grandes perles ? Pourtant elles sont magnifiques. Et à 1000 Fcfp la paire. “Je te prends deux boîtes à 1500 Fcfp les deux, ok ?” “Ok !” Pas de facture, de l’argent de la main à la main. Bien sûr, les résidents auront compris que, à ce tarif-là, il s’agissait de fausses perles, des imitations 100% plastique qui n’ont jamais baigné dans aucun lagon, ni vu la moindre écaille d’huître. Mais, le couple de Japonais en voyage de noces, le touriste en short et casquette “I love LA”, quel indice pour lui ? Avec la conversion dollar-Fcfp, aurait-il saisi la subtilité ? à aucun moment la vendeuse n’a précisé qu’il s’agissait de fausses perles, à aucun moment. Plus loin, ce sont quelques perles de pacotille qui jouent les VIP dans des chokers (collier ras du cou). Les imitations sont très proches des vraies, même au niveau du poids, quasiment équivalent. Il y a quelques années, c’était un bon indicateur. Ce n’est plus le cas. Pour le touriste en goguette donc, peu de chances d’identifier les intruses, à moins d’être accompagné d’un expert ou d’avoir suivi une bonne formation avant de partir. Pour le marchand, en revanche, c’est une excellente affaire. À raison de 400 Fcfp les trois perles en plastique, les bénéfices sont réels. L’un d’eux nous affirme même que “ces perles viennent des Tuamotu”… Un oeil averti doute sur la provenance de ces perles enfilées en collier : pas de certificat d’authenticité, rien pour prouver l‘origine. Lorsque les perles sont mélangées à des parures ou montées sur des pendentifs, comment évaluer le bijou ? Une chose est sûre, l’acheteur fraîchement descendu de son paquebot est un gogo de choix ! À Papeete, il est facile de se fournir en perles d’imitation en vrac ; on en trouve de toutes les couleurs, de tous les gabarits. Les marchands visités jouent le jeu et informent le client. L’affichette “perles en plastique” trône sur les rayonnages. L’escroquerie commence lorsque le vendeur vous laisse croire que ce sont d’authentiques perles de culture. Et c’est bien ce qui est arrivé à deux couples d’Américains en escale à Papeete. “Un premier couple a payé 90 000 Fcfp, le second 150 000 Fcfp… Les perles étaient fausses.
Un collier de pacotille vendu 150 000 FCFP à un touriste !
Ils sont repartis chez eux avec cette histoire à raconter dans leurs bagages… Imaginez l’impact en terme d’image”, confie un professionnel du tourisme au fait de l’arnaque. “Des touristes escroqués avec des perles en plastique, ça fait tache ! Il est temps, urgent même, de sensibiliser tous les vendeurs à cette cause. Ceux qui se sont fait avoir vont le faire savoir ! On imagine sans peine ce bon coup de pub pour le fenua.” Dans les deux escroqueries relatées, il n’y a pas eu de dépôt de plainte. “Les victimes sont des touristes, l’un des deux couples s’est rendu compte du subterfuge et a été remboursé à l’amiable, le commandant du bateau serait intervenu”, raconte cet autre témoin catastrophé par “ces actes de délinquance”. “En terme, d’image, c’est effroyable. Il n’y a pas que les perles en plastique qui font du tort au marché, mais les rebuts aussi. Montés en sautoirs ou en bracelets, ils donnent une mauvaise image de la qualité des perles de Tahiti qui sont pourtant les plus belles du monde”, complète enfin un bijoutier de la place qui préfère conserver l’anonymat comme l’ensemble de nos témoins d’ailleurs… le sujet est sensible. Selon nos informations, ce procédé, qui consiste à mélanger ou remplacer des perles en plastique dans des bijoux, s’est intensifié ces six derniers mois. Il ne s’agit apparemment pas d’un vaste réseau d’escrocs en bandes organisées, mais le fait de petits marchands qui tentent d’arrondir leurs fins de mois. De petits profits aux conséquences désastreuses. Effet papillon garanti ! “Ces petites arnaques discréditent tout un secteur d’activité déjà affaibli par une crise économique sans précédent. Les perliculteurs sont les premières victimes de ce trafic”, ajoute une vendeuse en bijouterie navrée d’assister à ce trafic.
“La perle noire de Tahiti qui s’échangeait à près de 4000 Fcfp le gramme, il y a dix ans, se monnaie aujourd’hui à 400, voire 200 Fcfp pour des perles moyennes”, déplorait récemment le ministre des Ressources de la mer conscient du problème. “La réglementation est en train d’évoluer”, notait Teva Rohfritsch, lors de la visite de chantier de la future maison de la perle. “Je vais présenter à l’Assemblée une série de lois de Pays qui va contraindre les perliculteurs à passer par la Maison de la Perle.” Les particuliers pourront aussi faire expertiser leurs perles dans cette structure. Ces mesures résoudront-elles le fléau de la vente de fausses perles et de rebuts au marché ? Pas sûr. Il faudrait accroître les contrôles et verbaliser suffisamment les fraudeurs pour les dissuader de recommencer. “En août dernier, la loi sur l’importation des imitations de perles a été élargie aux perles en plastique, ce qui devrait limiter l’entrée de ces intruses au fenua”, nous indique le service de la Perliculture qui a accepté, exceptionnellement, de passer au contrôle-qualité nos perles achetées au marché. Après l’examen visuel, la pesée, c’est le rayon X qui a démasqué l’imposture… Les deux paires de boucles d’oreilles vendues pour des perles de Tahiti montées sur plaqué or, sont d’authentiques perles de plastique sur métal doré !
Cl. Chunlaud
Les perles d’imitation, c’est quoi ?
Les perles d’imitation sont des “perles artificielles et manufacturées”. En tant que telles, elles n’ont aucune valeur de gemme. La perle d’imitation peut être faite à partir du verre, de la céramique, de coquille, de nacre concassée ou même de plastique. Ensuite, elle est enduite de vernis coloré et/ou d’autres matières afin de reproduire l’effet d’une véritable perle en cherchant à s’approcher du lustre et de “l’iridescence”. En France, comme dans beaucoup de pays dans le monde, vendre ces perles sans qu’elles soient parfaitement identifiées en tant qu’imitation est considéré comme une pratique commerciale frauduleuse. K Sources : PerleTV Contrôle qualité au service de la perliculture
Verdict : 100% toc !
Pour vérifier la qualité de nos perles, nous sommes allés au Service de la perliculture qui – exceptionnellement et fort gentiment – a accepté de les contrôler. Après l’examen à l’oeil nu, couleur, taille, poids, rien de notable, ce sont les rayons X qui clameront la vérité : du toc !
À droite, une authentique : on voit très bien la densité de la perle, un anneau plus clair à l’extérieur, c’est la nacre. À gauche, notre boucle d’oreilles achetée au marché : pas de densité ! C’est du plastique... bien imité.

Par ldpdt, novembre 08, 2009
Pourquoi peut-on le faire maintenant
Encore le nouveau Gouvernement je suppose qui pour des raisons d'électorat veut faire plaisir à tout le monde et en particulier aux faussaires,
Par ldpdt, novembre 08, 2009
Par Le vieux, novembre 08, 2009
D’ici a ce que les fausses soient plus chers que les vraies !
Hé, si cela ce trouve. Les fausses sont encore plus belles que les vraies.
Je rassure au passage ce professionnel du touriste qui s’inquiète de l’impact en termes d’image de la Polynésie. S’il n’y avait que les fausses perles qui donnaient un impact négatif de la Polynésie ce serait heureux.
Hélas, trois fois hélas il y a tout le reste.
Les prix complètements délirants qui n’ont plus aucun sens, les saletés les immondices au bord des routes rarement nettoyées, et l’impression de déranger continuellement la population et les professionnels du tourisme en particulier. Sans parler de l’insécurité, des regards haineux, les ricanements et les gestes déplacés de nombreux jeunes plus ou moins ivres et stones sur les places de Papeete sont beaucoup plus catastrophiques pour l’image de ton pays que les trois fausses perles retrouvées dans ta soupe.
Par Aganice, novembre 08, 2009
Par Lachiche, novembre 08, 2009
Par coolman, novembre 08, 2009
les prix augmentent à la tête du client...
lamentable et petit.
Par Le Concombre Masqué, novembre 08, 2009
Par heremoana, novembre 09, 2009
Par Gabriel, novembre 09, 2009
Par Gabriel, novembre 09, 2009
Par Les bon Vieux Temps, novembre 09, 2009
Tahiti se degrade et emmene sa population. Est ce qu'on va vraiment mettre la faute sur le marchand qui veut arrondir ses fin de mois, payer son loyer et nourrir sa famille? ou mettre en faute sur notre situation economique dans laquelle les politiciens nous mette a cause du MONOPOLE qu'ils veulent garder. Pourquoi un seul fournisseur de marchandise??? pourquoi un seul fournisseur internet? pourquoi un seul fournisseur de telephone? pourquoi est ce que les permis sont refuses quand quelqu'un essaye d'emmener la competition?? est ce que le gouvernement embauche une partie des benefices en guarantissant le monopole???
Par mike chant, novembre 09, 2009
Par bérézina, novembre 09, 2009
Certains prendront toujours les touristes pour des pigeons et des gogos.
On y vends également de magnifiques objets "évocateurs" fabriqués en Indonésie ou ailleurs, qui dispensent une si belle image de l'artisanat local...
Il serait bon de faire un peu de "ménage" et de redorer le blason du marché.
Parahi
Par tauarai, novembre 09, 2009
Maison d ela perle qui de plus airait été construite sans PC ?
@mike chant
Il ne faut pas rêver que veut-tu que les agents de ce service là contrôle ?
même s'ils étaient assermentés, la règlementation dans ce domaine là n'existes pas et c'est fait exprès, si ces perles se vendent c'est avant tout parce qu'on les a laisser rentrer sur le territoire frauduleusement ; théoriquement c'est à la douane de saisir puisqu'il s'agit de fausses perles qui n'ont doublement pas de raison d'entrer dans le pays... non ?
Nous parlons bien de contrefaçons n'est-ce pas ?
si le touriste est arnaquée, le pays l'est tout autant ; sans compter les dégâts causés à l'image de la perle bien sûr.
On contrôles bien les conteneurs de marchandises pour s'assurer des fraudes, les passagers lorsqu'ils ont le malheur de vouloir faire du shopping à l'étranger. Alors pourquoi pas ceux là ?
Alors messieurs les douaniers, vous attendez quoi ? Pas assez de valeurs commerciale donc marchande dans ce genre de saisie ?
Ah oui c'est vrai vous n'avez rien à y gagner financièrement donc quel intérêt ?
pärahi
Par ldpdt, novembre 09, 2009
Le gouvernement lui aussi ne pense qu'aux entrées en taxes que cela rapporte.... les touristes on s'en fou....vive les soussous
Par rachid, novembre 09, 2009
Par guys, novembre 09, 2009
Et les faux ministres ? Et les faux présidents ? Et les faux représentants, à l'assemblée de Polynésie, c'est autorisé ?
Par momon, novembre 10, 2009
Par frannie, novembre 12, 2009
De colère j'ai découvert le site Ke's qui vend des perles sur internet. Ils ont une boutique à Toulouse et vendent un peu de perles de tahiti (il ne le marquent même plus) et de la perle noire d'eau douce chinoise. Elle est peut être de moins bonne qualité mais elle prend doucement la place de la perle de Tahiti partout en métropole.... Pourquoi dire que la perle s'est éffondrée alors qu'aucun magasin ne répercute la chute? La perle est horriblement chère au fenua et même en métropole.
Par Fareofe, novembre 12, 2009
Le produit le plus beau de nos îles doit être protégé.
Le commerce de la perle doit servir à tous, et pas seulement à quelques privilégiés, mais les qualités et provenances renseignés et annoncés par des personnes averties et honnêtes qui perdraient leur capacité à la première fraude.
La nature des produits, ainsi que leur provenance devraient être affichées.
La mairie de Papeete reçoit les taxes des vendeurs de fausses perles qui ont des stands au marché, ce qui signifie qu'elle est complice.
Par manong, novembre 12, 2009



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