Rencontres
Dans notre édition du vendredi 30 octobre, nous avons publié la rédaction d’une adolescente de quinze ans qui décrivait les conditions de vie au quartier “Kosovo”, texte qui avait précédemment circulé sur internet et y avait provoqué l’indignation de tous les internautes comme de tous les lecteurs de notre journal. Nous avions rencontré cette jeune fille qui nous confirmait les descriptions terrifiantes qu’elle faisait pour en être bien l’auteur. Une question nous préoccupait : qui coupait l’eau à ces gens qui se plaignaient de n’en disposer parfois qu’une heure par jour ?
Puisqu’il avait de l’eau à certaines heures, et que la résidence au-dessus pouvait remplir sa piscine, ce n’était probablement pas le réseau qui était en cause mais quelqu’un… Nous sommes retournés plusieurs fois sur l’ancien cinéma drive-in au-dessus de l’ancienne gendarmerie Bel-Air et avons rencontré plusieurs habitants qui se sont décidés à parler, tellement la situation est invivable. Et durant ces entretiens, ne leur demandez pas à aller aux toilettes s’il vous en prend le besoin, “ça fait honte”, mieux vaut aller vous soulager “dans la nature”. Comme le décrivait la jeune fille, les cabines à fosses ne sont en effet ni vidées ni nettoyées, il faut s’armer d’un tuyau d’arrosage, mais comme il n’y a pas d’eau tout le temps…Une longue suite d’errances de refuges en refuges, une “réfugiée de l’intérieur” en quelque sorte, comme tous ceux d’ici.
Se promener au quartier “kosovo”, c’est d’abord sympathiser avec de nombreux chiens en liberté qui vous accueillent en se précipitant sur vous en aboyant et vous avez intérêt à avoir “le contact” avec eux, certains sont des pitbulls… Alors vous pourrez rire avec les enfants qui jouent avec tout et n’importe quoi, les pieds nus sur le parquet non poncé sous le grand barnum ou dans leurs baraques, ou sur les graviers du terrain asphalté alentour. Je parlais avec Tatie Ruita et j’enregistrais ses aventures. Elle me racontait sa vie ici et comment elle en était arrivée là, depuis son départ des Vanuatu après l’indépendance. Une longue suite d’errances de refuges en refuges, une “réfugiée de l’intérieur” en quelque sorte, comme tous ceux d’ici. Il y avait autour de la table, pendant que nous mangions un ananas qu’une marchande ambulante m’avait vendu, une jeune femme enceinte de neuf mois, qui allait accoucher d’un garçon la semaine d’après et deux enfants qui se servaient d’un téléphone portable comme console de jeu, la seule fonction qui lui restait.
Alors j’ai entendu des insultes proférées en tahitien. Mon photographe s’était éloigné pour réaliser l’image d’une cabane dont l’entrée était condamnée par des empilements de chaises. “Pour ne pas qu’on la squatte, depuis qu’elle était libre”, nous avait-on expliqué. Intuitivement, il est revenu vers la baraque où nous étions. Les deux types sont arrivés juste derrière lui en gueulant. On nous avait reconnus. L’altercation a commencé. Violente. L’un des deux était armé d’une chambre à air découpée sur toute sa longueur, repliée et entortillée sur elle-même. Il tapait sur la machine à laver, le cadre de l’entrée et sur la table pour nous effrayer. Il la tendait, puis la relâchait. L’autre aboyait. C’était un géant au coup de taureau, à la mâchoire carrée, le crâne rasé couvert d’un bandana, des lunettes noires, un gilet sur lequel était cousu le sigle des SEP, le Service de l’Équipement du Gouvernement.
“Toi, t’arrêtes de prendre des photos ou tu vas te rappeler ce qu’on fait des merdes de journalistes ici…”
“On veut pas de journalistes ici. Pour que vous racontiez vos conneries. On ne critique pas les GIP. Si tu parles mal du GIP, j’te cogne… Toi, t’arrêtes de prendre des photos ou tu vas te rappeler ce qu’on fait des merdes de journalistes ici…” “Ici, c’est privé, c’est à nous, c’est au GIP.”
Je lui rappelle que le GIP est dissous depuis quelques années et qu’on est sur un terrain du territoire. “Aita”, s’entête- t-il. De qui prend-il ses ordres ? “Du Président”. “Ces gens-là sont chez nous. C’est nous qui payons…” hurle-t-il pendant que l’autre continue son cinéma avec son tendeur.
J’ose avancer vers la brute, je suis en colère : “C’est pour ça que vous leur coupez l’eau ?” Ca paye : “e, c’est nous qui payons le loyer, l’eau et l’électricité, ils sont chez nous ! Tirez-vous !”, lâche-t-il. “e”, ça veut dire oui… Mon photographe avait fait semblant d’éteindre son appareil, en réalité, c’était seulement l’écran. A chaque bouffée de sa cigarette, discrètement, il shootait. Sur la table, derrière le rice-cooker, il y avait mon petit enregistreur numérique qui a superbement fonctionné. Les fichiers sont en sécurité quelque part dans l’internet profond. Après les dernières insultes et les dernières provocations, quelqu’un est venu chercher ces gaillards avec un gros 4x4. Ils sont montés à bord en se marrant et ont démarré sur les chapeaux de roues, projetant des graviers sur la bâche de l’entrée. Ca n’a blessé personne, ni la tatie, ni la jeune femme enceinte, ni les enfants. Plus personne ne pleure, on a aussi l’habitude de ça au “Kosovo”. A feruri na mua a’e, ‘aore ra mamu… (réfléchissez d’abord, ou taisez-vous)
Texte lili Oop, Photographies Paskua

Par Noa, novembre 12, 2009
Par francis, novembre 12, 2009
MENACES et INTIMIDATION.
Et qu'est ce qu'ils leurs font aux journalistes les G I P ? Même dissous sur le papier, il en reste quelques uns nostalgiques de l'ancienne gouvernance ? Il faudrait leur demander quelques détails, à ces gros bras. Le "KOSSOVO" d'Outumaoro serait-il toujours une zone de NON-DROIT ?
Messieurs et mesdames les chargés du contrôle de la légalité, OPJ et autres responsables :
- Attention à ne pas laisser leur laisser le champ libre car dès fois qu'ils cogneraient trop fort "des m.....s de journalistes" là bas !!! On aurait pas fini d'en parler.
CALMOS.
Le débat est lancé, surtout "qu'il y avait un petit enregistreur numérique qui a superbement fonctionné... et que Les fichiers sont en sécurité quelque part dans l’internet profond."
Le n° du véhicule, vous l'avez aussi ??? Lili Oop et Paskua restez prudents... car leurs propos ne sont certainement pas anodins. A moins qu'il ne s'agisse de frimeurs...
“On veut pas de journalistes ici. Pour que vous racontiez vos conneries. On ne critique pas les GIP. Si tu parles mal du GIP, j’te cogne… Toi, t’arrêtes de prendre des photos ou tu vas te rappeler ce qu’on fait des merdes de journalistes ici…” “Ici, c’est privé, c’est à nous, c’est au GIP.”
Par Hina, novembre 12, 2009
Par JC, novembre 12, 2009
Il y a plus de 30 ans, VAT pistonné les cheveux aux épaules, il ne resta (par hasard) que moi à charger d'une étude sur les "taudis" de Papeete (Taunoa, Colline des oiseaux, Mission, ...). Travail classique d'urbanisme préliminaire où les doléances étaient des plus légitimes et modestes : de l'eau courante et des blocs sanitaires "décents".
Que d'illusions j'avais ! Mon étude fut remisée dans je ne sais quelle armoire poussiéreuse ...
Aujourd'hui cela n'a guère changé, toujours pas d'assainissement (cela "les" fixerait !) et l'eau est "piquée" sur des conduites passant à proximité. Le loyer de quelques mètres carrés de terre battue est énorme pour qui n'a rien et des bouches à nourrir.
("Oui il y a toujours à manger, il suffit de cueillir !" Facile, mais le uru à chaque repas ... essayez? )
Oui, l'emplacement dans un bidonville "à Capitale" est LOUÉ ! Cher !
QUI sont les loueurs et, ou, propriétaires des terres ? (ça je l'ai su, et cela m'a valu des ennuis du monde "cultuel" si pieux local: "c'est qui ce COMMUNISTE ?" fut demandé à mon chef-de-service)
Est-ce toujours pour cela qu'en 30 ans rien n'à changé ?
...
Un "gang" nouveau ces "GIP" ?
...
Merci à vous Lili et Paskua, de dénoncer ce mal-être (entretenu mais) bien caché !
Par LOLO, Tahiti Herald Tribune, novembre 12, 2009
Par heiata, novembre 12, 2009
Par Matauri, novembre 12, 2009
Pourquoi n'y a-t-il pas eu d'accroche en Une pour cet article, sincèrement ?
Par joelle, novembre 12, 2009
`merci lili
Par haeremua, novembre 12, 2009
E mea c'est quoi ce truc et oui l'endroit que vous appelez Kosovo se trouve à Punaauia. Pis après il n'y a pas de KOSOVO à Tahiti
Et le GIP ça n'existe plus ça certain, non ?????
Ceux qui vont montrer à chaque fois la misère des autres, j'aimerai bien un peu qu'il montre leur vie à eux....Non mais....
En plus, allez interoger une dame qui est partie de chez elle en plus le comble c'est une île qui est déjà en indépendance.....( y'aurait il pas déjà une marque de différence là en rappelant que le vanuatu est indépendant)
Et bien pour cette dame, je suis désolé de le dire, pourquoi n'être pas resté au vanuatu, cela aurait toujours été plus vivable que d'être dans un quartier appelé KOSOVO
Pis après, que font ils eux pour s'en sortir? Voilà ma question.
Que font ils eux pour s'en sortir?
Quelqu'un peut il me répondre?
On accuse à tout va une tierce personne mais eux la qui vivent dans ces conditions que font ils pour s'en sortir?
Et l'eau ça se paye et il faut la payer? Moi je la paye pourquoi ils ne la payeraient pas, pour quelles raisons ?
Merci
Parahi anae
Par vai, novembre 12, 2009
Attention à vous lili et paskua. Merci pour votre article et pour tout ce que vous étes en train de dire. Merci pour ces gens et pour notre pays. J'ai peur, mais il ne faut pas avoir peur, nous devons étre tous avec vous.
Par tavita, novembre 12, 2009
avec tous mon respect ... Paskua,...
D.. bénisse on est pas en Palestine et la misère est moins pénible a Tahiti. le feu d'aujour'hui ce n'etait pas les voitures qui brulent, n'y meme les reserves d'essence de Motu uta. Ce n'etait q'un manque d'extincteur approprié! soyons logique. si Lili et paskua n'avaient pas foutu un p'tit coup de projècteur ... le Kosovo resseblera petit a petit a Tahiti...
Tavita;
ps: cela dit, quand on a plus de solution, un Mur ou une Montagne sont les bien venue.
Par youen, novembre 13, 2009
merci lili oop et paskua!
Par Korotiriti, novembre 13, 2009
Mais je suis restée debout. La Misère mais debout !
Ce que vous décrivez là, Lili et Paskua, est bien pire. C'est le stade de la misère ou des brutes vous obligent à baisser la tête !
C'est inacceptable !
Ceux qui se gargarisent des mots "culture polynésienne" devraient se rendre compte, maintenant que le lion est en cage, qu'ils se doivent d'aller détruire ces camps de concentration indignes !
Nous ne voulons pas savoir si le problème vient d'une commune, ni de quelle commune, nous voulons juste que ce soi-disant gouvernement se prenne par la main et aille ce week end, tous ensemble régler le problème. Et si ils ont peur des gros bras, qu'ils nous le disent. Nous viendrons les accompagner !
Par Ledire, novembre 13, 2009
Vous leur avez fait de la promo dans le journal, maintenant allez voir les "cops" - direct !!!
Ca va les calmer, l'uniforme !
Et bravo !
Par JC, novembre 13, 2009
Coté mer où est projetée une voie de liaison Maeva/Carrefour, avec du terrain à immeubles spéculable à souhait, de nombreux bidonvilles existent aussi. Quelles conditions, quels "loyers", bref quels gangs ou maffias régissent ces taudis là ?
Les mutois (5) bloquant le rond point de Taina chaque après midi, en créant un embouteillage monstrueux à celui de Kosovo/Maeva, ne reconnaissent pas ce quartier comme étant de la commune car aucun pandore municipal n'y est pour y réguler la circulation. Lolo tu dois avoir raison !
Hier encore je leur demandais d'y envoyer quelqu'un, réponse: "circulez !" j'ai circulé, mais ils comprennent parfaitement ce que je pense derrière mon pare brise à chaque passage obligé par la boucle d'1/4 d'heure Taina/Kosovo/Mairie pour aller sur Paea depuis Lotus !



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Je suis effarée de lire cet article. Dans quel monde vivons nous ? Donner une petite parcelle de "pouvoir" à un homme, il s'en sert pour asservir les autres.
Il faut que cela cesse immédiatement. Que faut il faire ?
Ecrire au chef de service et au Président, porter plainte collectivement ? Constat d'huissier ?
Aller ensemble sur place ? J'aime assez l'idée. Ne laissons pas toutes ces familles ainsi, portons leur assistance de suite et si les ex GIP sont coupables qu'ils payent.