Fifo – Another Country au paradis

    samedi 6 février 2016

    Vox populi, vox jury. Hier soir, le 13e Festival international du film documentaire océanien, le Fifo, a rendu son verdict, sur la scène du grand théâtre de la Maison de la culture, “maison-mère” du festival, puisque né ici, en 2004.
    Et là, comme de coutume, le public a répondu massivement présent pour cette remise des prix, diffusée pour la première fois en streaming grâce au partenariat de l’OPT.
    C’est au bout de deux heures à peine que le palmarès complet de cette 13e édition a été rendu, en présence bien évidemment de l’ensemble du jury, son président le réalisateur Abderrahmane Sissako, qui a ébloui le public avec son multi-Césarisé Timbuktu, mais aussi par sa gentillesse.
    Et à l’instar du palmarès 2015 qui avait vu attribuer le grand prix à l’étrange Tender, un film australien, le jury de cette édition a quelque peu bousculé les pronostics, ainsi que les différents avis glanés dans les couloirs de la Maison de la culture, tout au long de la semaine.
    C’est donc Another Country, un film australien de Molly Reynolds, d’une durée de 75 minutes, qui remporte la “palme”, le grand prix Fifo-France Télévisions 2016.
    Le héros du film primé n’est pas un inconnu pour certains. En effet, David Gulpilil, comédien aborigène, a joué dans Crocodile Dundee, un film d’aventure australien des années 1980.
    Dans Another Country, avec humour mais aussi dureté, le narrateur partage l’absurdité de cette “ville paumée au milieu de nulle part”, Ramingining.
    Cette ville a perdu toute illusion sur son avenir, les habitants – des Aborigènes de différentes tribus, parqués ensemble – s’acculturant doucement mais sûrement.
    Le film illustre les conséquences du contact (même du Contact, grand prix 2008, au thème identique), et les impacts irréversibles de l’un sur l’autre, le colon et le colonisé.
    Des impacts d’autant plus irréversibles que le colonisé est l’une des plus lointaines civilisations traditionnelles, très peu touchée avant l’arrivée des Blancs.
    Cette “passionnante et révoltante” histoire semble avoir tous les éléments nécessaires, tant au niveau de l’histoire que de la mise en scène, pour avoir convaincu le jury, emmené par le réalisateur mauritanien Abderrhamane Sissako, sensible aux chocs des cultures donc à la préservation des plus “faibles”.

    Hip Hop-Eration, prix du public

    Le jury a également décerné ses “lions” comme à Venise (ou ses “ours” à Berlin) d’argent, de bronze et de aito, à savoir les 1er, 2e et 3e prix spécial du jury, attribués chaque année.
    Dans l’ordre décroissant, les vainqueurs sont The Ground we won, The Price of Peace et Tupaia, quasi un carton plein pour la Nouvelle-Zélande, tous ces documentaires étant maori, seul Tupaia est une coproduction franco-néo-zélandaise.
    Le premier traite du rugby (en noir et blanc), le second traite d’identité et le dernier résonne particulièrement dans les mémoires polynésiennes, car il traite d’histoire, à savoir l’épopée de Tupaia, le “guide” du capitaine Cook.
    Tupaia avait été l’un des coups de cœur de la rédaction et nous lui avions attribué une note de 4,5/5 dans notre cahier spécial de vendredi dernier, publié à l’occasion du festival.
    “Les images belles parfois poétiques” nous avaient séduites et selon nous, aurait sans doute mérité une meilleure place, voire éventuellement le prix du
    public.
    Et ce dernier a également été surprenant dans son choix cette année, contrairement à l’année dernière, où il avait élu Kumu Hina, un film qui avait fait la quasi-unanimité.
    En effet, là aussi à l’inverse des délicats pronostics que nous avions pu émettre, les spectateurs ont voté massivement pour Hip Hop-Eration, lui aussi un film néo-zélandais et lui aussi un film en compétition (le public peut voter pour un film en ou hors compétition contrairement au jury qui ne vote que la catégorie “en compétition”).  
    Hip Hop-Eration a récolté
    170 votes en sa faveur sur plus de 700 bulletins déposés dans les urnes, entre mardi et hier midi et se trouve loin devant le second, qui récolte moins de 100 votes.
    Ce documentaire de 93 minutes était l’un des coups de cœur du comité de sélection, mais n’avait guère fait le même effet sur notre rédaction.
    Nous l’avions trouvé trop long, même si cette histoire atypique ne manquait pas d’humour. En effet, Hip Hop-Eration raconte les tribulations d’une bande de personnes du 3e âge, en course pour un championnat de hip-hop.
    Décidément, après le grand prix 2015 Tender, les matahiapo ont la cote avec ce prix du public attribué cette année à ce film, nettement plus drôle tout de même que le grand prix 2015.
    Voilà, le palmarès est rendu, mais le festival n’est pas terminé car vous avez encore tout ce week-end pour voir, ou revoir, certains des films en compétition et bien entendu, les films primés hier soir et ce, dans l’ensemble des salles de la Maison de la culture.
    Nous aurions aimé retrouver sur le podium, ou dans le cœur du public, les films Aux armes Tahitiens, Une équipe de rêve, Putuparri and the Rainmakers, ou bien encore Le mystère mérou, Te mana o te moana, Totem liberté et Raimana World.
    Mais tel était leur destin respectif, les choix de la raison (du jury) et de la passion (du public) en ont décidé autrement et néanmoins, nous avons passé un excellent Fifo 2015, fait d’une sélection fort variée et de très grande qualité.
    Il n’y manquait peut-être qu’une pincée de polémique, mais plus que jamais, vive le documentaire ! Rendez-vous l’année prochaine, du 4 au 11 février, pour le Fifo 2017.

    Christophe Cozette

    Le palmarès

    – Grand prix Fifo-France Télévisions :
    Another Country, réalisé par Molly Reynolds et produit par Peter Djigirr, Rolf De Heer et Molly Reynolds.

    – 1er prix spécial du jury :
    The Ground we won, réalisé par Christopher Pryor et produit par Deer Heart Films Ltd.

    – 2e prix spécial du jury :
    The Price of Peace, réalisé par Kim Webby et produit par Christina Miligan, Roger Grant et Kim Webby.
    – 3e prix spécial du jury :
    Tupaia, réalisé par Lala Rolls et produit par Oceania Film, Island Film Productions et Polynésie 1ère.

    – Prix du public :
    Hip Hop-eration, réalisé par Bryan Evans et produit par Alex Lee et Paula Jones.

    – Prix du meilleur court-métrage océanien :
    Fixed, réalisé par Codey Wilson et Burleigh Smith et produit par Rob Viney et Burleigh Smith.

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