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Fifo – « Un festival utile » qui « bouge l’âme »

mercredi 7 février 2018

fifo

La traditionnelle photo de la famille du Fifo, si nombreuse après 15 éditions, qu’il manque des membres. (© Christophe Cozette)

La 15e édition du Fifo est officiellement ouverte depuis hier, même si le festival proprement dit a débuté samedi dernier. Depuis hier, 8 heures, les spectateurs sont invités à voter pour le prix du public. Le jury, isolé, présidé par Éric Lavaine, a commencé à découvrir les 14 films en compétition. C’est l’occasion aujourd’hui de découvrir Karim Mahdjouba, réalisateur de Michel Bourez, des racines du surf à la cime du monde, film sélectionné hors compétition.

« Un cri qui vient de l’intérieur. » Le Festival international du film documentaire océanien, plus connu sous le nom de Fifo, qui s’est ouvert hier matin, sous la pluie et sous un chapiteau de la Maison de la culture, aurait pu faire sienne cette chanson de Bernard Lavilliers.

Le mot « cri » a d’ailleurs été prononcé par le président du Pays, Édouard Fritch, présent aux côtés de son vice-président et de son ministre de la Culture, un des pères fondateurs de ce festival désormais bien ancré dans notre océan événementiel.

« Le Fifo est un cri », a donc dit le président, face au jury, aux invités et aux médias alors que le public commençait à déambuler, malgré le temps pluvieux, dans les couloirs de Te Fare Tauhiti Nui, pour dégoter la meilleure séance.

Jeunes et moins jeunes se côtoyaient, pour la première fois cette année, dans les couloirs vite bondés de l’ex-Otac. Ce qui en fait un festival vraiment populaire.

Réunis, ils seront dimanche, en fin de journée, plus de 30 000 dont 8 000 scolaires – soit « tout autant que la population de Wallis-et-Futuna », a rappelé Walles Kotra, cofondateur du Fifo, à la tribune – à avoir foulé le sol du Fifo pour y voir au moins un film. D’autres auront fait le choix de participer uniquement aux ateliers de création qui ont ouvert leurs portes hier.

Fort de succès, populaire notamment, Édouard Fritch, qui a retenu une phrase prononcée lors de la Nuit de la fiction samedi dernier – « Auparavant, la vie avait un goût, aujourd’hui, elle à un coût » –, l’a promis. « Il est temps de solliciter la diplomatie océanienne, pour que nos voisins comme Tonga (et d’autres), soit plus présent au Fifo », a déclaré le président, désormais porte-parole du festival dans la région. « Un festival utile, qui a un rôle citoyen en Polynésie et en Océanie », a dit juste avant, Walles Kotra. Édouard Fritch l’a compris, semble-t-il.

 

« Être dérangé », c’est ça le Fifo

 

Après l’interview du président du jury, Éric Lavaine, que vous avez pu découvrir et lire dans le supplément spécial Fifo paru dans notre édition d’hier, La Dépêche a voulu en savoir plus sur ce qui motive l’intéressé, ce besoin de se faire bouger l’âme.

« Ce qui fait bouger l’âme, c’est quand on est sensible à des destins, des histoires, cela nous renvoie à des choses personnelles, tout en nous mettant à la place des autres. Aujourd’hui, on se concentre plutôt sur une histoire, un personnage, ce qui nous permet, en tant que spectateur, d’être plus en empathie, c’est donc se mettre à la place de l’autre. Chaque destin nous renvoie à notre propre destin. J’aime cette question : Qu’aurait-on fait à sa place ? », a expliqué le président du jury de ce 15e Fifo, en marge de la cérémonie officielle, pour qui « l’humour est une façon de communiquer ».

Le père Christophe, membre du  jury et fifoteur, n’en pense pas moins. « Un film dérangeant mais profond dans la réflexion, cela nous interpelle, surtout moi avec mon statut de prêtre où la mort, on la côtoie, on l’accompagne », considère l’homme d’Église à propos d’un ancien grand prix, Tender (2015), avant de se cloîtrer dans le silence jusqu’à vendredi soir, jury souverain oblige.

Ce dernier, qui n’a quasiment raté aucune édition, prenant ses vacances exprès pour le festival, a confié à La Dépêche que d’autres films l’avaient « dérangé, ce qui n’est pas forcément désagréable ». Nous sommes bien dans un « festival utile », comme l’a prôné Walles Kotra, un des deux papas du Fifo, ambassadeur de France Télévisions ici et ambassadeur du Fifo à Paris. 

Et le public, de 7 à 77 ans, l’a bien compris. Après la ruée des scolaires, lundi, un jour réservé aux collégiens, le public de Tahiti, malgré la pluie battante qui s’est abattue toute la matinée sur la Maison de la culture, s’est rué sur les programmes, pour y faire son choix parmi plus de cinquante films proposés, durant cette semaine.

Dès les premières séances, les premiers bulletins de vote commençaient à remplir le fond des urnes, mises à disposition devant chaque salle, pour élire le prix du public qui sera décerné vendredi soir. Il était encore bien tôt hier pour faire un quelconque pronostic sur le futur chouchou du public, d’autant plus que ce dernier peut le décerner dans trois catégories différentes.

Le jury, quant à lui, s’est isolé, dans une salle de projection dédiée, pour visionner, serein et souverain, les 14 films en compétition qui ont été sélectionnés, cette année. Et, c’est une évidence, les uns comme les autres, public comme jury, auront à cœur de remplir totalement, leur devoir de citoyen. Engagé.

 

 

Christophe Cozette

 

PÈRE CHRISTOPHE

(© Christophe Cozette)

 

PORTRAIT – Karim Mahdjouba, réalisateur de Michel Bourez, des racines du surf à la cime du monde

De gauche à droite, Karim Mahdjouba, réalisateur de Michel Bourez, des racines du sruf à la cime du monde, Michel Bourez et Hinatea Boosie, présentatrice de Waaaaaves et voix off du documentaire en compétition, sur la scène du grand théâtre de la Maison de la culture. (© Christophe Cozette)

De gauche à droite, Karim Mahdjouba, réalisateur de Michel Bourez, des racines du sruf à la cime du monde, Michel Bourez et Hinatea Boosie, présentatrice de Waaaaaves et voix off du documentaire en compétition, sur la scène du grand théâtre de la Maison de la culture. (© Christophe Cozette)

« Ce n’est pas un simple portrait ou un sujet uniquement pour les surfeurs mais un documentaire généraliste. J’ai vraiment voulu raconter une histoire. C’est peut-être cela qui a plu au comité de sélection du Fifo« .

Les deux ont vu juste, Karim Mahdjouba et le Festival international du film documentaire océanien, puisque le second a sélectionné le premier, pour son premier documentaire de 52 minutes, Michel Bourez, des racines du surf à la cime du monde. Pas mal pour une première dont le héros n’est autre que « le numéro 1 », aimé du public qui pourrait en faire son grand prix.

« Michel, c’est le numéro 1, c’est le meilleur représentant de Tahiti à l’étranger, tous domaines confondus, c’est lui qui a la plus grande visibilité, j’en suis persuadé », confie le jeune réalisateur de 42 ans, au sujet de son doc. 

« C’est un gars attachant, d’une sincérité incroyable. Ce qui me fait déclencher le doc, c’est que je pars en 2016 à Fidji le suivre, puis à Hawaii, sur un coup de tête et il gagne la Pipe Masters. Je voulais faire un 26 minutes mais sa victoire à Hawaii me pousse à faire un 52 minutes. » Le premier pour le réalisateur. Et pour une première, c’est plutôt un coup de maître, même si l’intéressé se considère comme un apprenti – averti – de l’image.

« Quel que soit ce que je fais, l’écriture est à la base de tout, même pour des concepts, des projets », explique le fan de glisse, qui a fait ses armes journalistiques dans le sport. 

« Les documentaires, le reportage, c’est avant tout de l’écriture. Je regarde bien plus l’histoire dans un film, par exemple, que les images. Les images sont la cerise sur le gâteau mais ce qui m’intéresse, c’est l’information, je suis journaliste. Ce sont les images qui illustrent ton propos, c’est l’histoire qui fait la différence. Et tout démarre dans les 90 secondes. »

 

 

Des racines du journalisme à la sélection au Fifo

 

 

En fac de lettres mais plutôt en mode « colonie de vacances » en seconde année, en 1996, il « pige » comme on dit dans le jargon journalistique, pour le Midi libre, un quotidien de la presse régionale du sud de la France, en tant que correspondant de rubrique, et se spécialise dans les sports un an plus tard.

C’est entouré de journalistes, qu’il apprend à écrire. « Il m’a fallu deux ans pour apprendre à écrire un article structuré. Je le dois à mes confrères qui étaient aux petits oignons avec moi », reconnaît l’autodidacte.

En 1998, il part à l’armée, refuse les commandos et va au Sirpa, à Paris, le service de communication des armées. Ensuite, il passe pigiste pro près d’Avignon mais, « fiu », il décide de faire le tour du monde.

Avec un ordinateur et son bodyboard, il prend un aller simple pour La Martinique, puis les États-Unis, mais ne prend que des photos. Pas encore de caméra.

« La glisse, elle arrive quand je suis jeune en faisant du skimboard, à faire des tricks au bord de l’eau », se souvient le créateur de Waaaaaves sur TNTV. « Je me souviendrai toujours de ma première vague, c’était à Valras, je n’oublierai jamais cette sensation de vitesse, tout est parti de là. »

Dès 1998, il suivait les compétitions de surf dans l’Hexagone, ce qui lui a donné envie de voyager. Mais le déclic lui vient lors d’un reportage, où il découvre un reportage avec le magazine Surf session, traitant d’un « surf trip » au Costa Rica. 

« Je me suis demandé ce que je faisais ici (en France), cet article a été une révélation », s’est souvenu le jeune réalisateur. En voyageant, il fait des rencontres, au Brésil en Amérique du Sud ou en Nouvelle-Zélande, où il rencontre la culture polynésienne, puis en Australie et en Indonésie. De retour dans l’Hexagone, il lance un magazine sur la glisse, One again, puis repart en Australie.

« Là, où je vais, il faut qu’il y ait des vagues », reconnaît l’intéressé. En 2012, il arrive au fenua, travaille à La Dépêche de Tahiti pendant plus de deux ans, et surfe bien sûr. « Ma première vague, c’était à Sapinus, avec le fils d’Aroma Salmon », se souvient Karim Mahdjouba, qui a tourné, avant son doc sur Michel Bourez, un 13 minutes sur Tikahiri au Japon, diffusé sur TNTV. C’est au sein de cette chaîne, qu’il manipule la caméra.

 

 

Michel Bourez, une évidence

 

 

Et puis, « TNTV cherche du monde et je me forme pendant quelques semaines, et je pige pour la chaîne en 2015, et je fais mon premier reportage sur Michel Bourez, en métropole ».

L’idée de Waaaaves est née à ce moment-là. Aujourd’hui, Waaaaaves entame sa troisième saison et va passer le cap des 100 émissions, dans quelques semaines. Ce fut une formation en accéléré. « Waaaaaves, c’est du reportage, je sais faire », explique-t-il, passant du format 1’30’’ au format 13 minutes, et s’attaque au montage, à la bande-son, au générique… bref, à tout.

 « Il suffit de savoir où l’on va, c’est l’écriture qui me conditionne », explique Karim Mahdjouba, qui a aussi coécrit Ohipa maitai, toujours pour TNTV.

Il garde son œil de journaliste, toujours en mode reportage et se retrouve avec 120 gigas de rush de Michel Bourez et interviewe l’entourage du champion. Des racines du surf à la cime du monde prend forme et est diffusé en deux parties, et se retrouve sélectionné hors compétition au Fifo, une première pour une première.

« Je ne pensais pas être sélectionné. Mais quelle satisfaction, c’est une certaine forme de reconnaissance », avoue le journaliste dans l’âme, fan de Molière et de ses dialogues.

Le tournage s’est étalé sur 18 mois et a pu se faire grâce au soutien d’Air Tahiti Nui, de la World Surf League et de TNTV. « C’est tout de même le truc le plus difficile que j’ai fait, pour le moment ». Être au Fifo, et surtout recueillir l’avis du public, une autre première pour lui. « Avec le recul, je me dis qu’il y a des imperfections même si je suis satisfait d’être arrivé au bout », confie-t-il, alors qu’il avait déjà pitché au Fifo, sur un autre projet.

Aujourd’hui, c’est un autre projet d’envergure qui fait marcher Karim Mahdjouba, l’homme multi-casquettes, de journaliste à réalisateur-producteur. Mais où s’arrêtera-t-il ?

 

 

Christophe Cozette

 

michel bourez karim mahdjouba

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