Fifo- “La télévision de demain” vue par Eric Scherer, directeur de la prospective du groupe France Télévisions 

    samedi 6 février 2016

    Quand on écoute vos interventions, Internet bouleverse aussi la télévision. Qu’est-ce qu’il a d’ores et déjà changé ?
    Trois choses essentiellement sont bouleversées par Internet et le numérique. L’audience, tout d’abord. On ne s’informe plus, on ne se cultive plus et on ne se divertit plus comme avant, notamment les jeunes. Les jeunes ne reviendront pas à la télévision traditionnelle, à la “télé de papa”, à la télé de rendez-vous. Les jeunes consomment ce qu’ils veulent, où ils veulent, quand ils veulent et ça, c’est nouveau.
    Avant, ils regardaient la télé et achetaient une télé, une fois adultes et installés. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas, c’est même nous qui faisons comme eux, c’est nous qui allons sur Facebook, c’est nous qui adoptons leurs comportements. C’est une interaction générationnelle intéressante et même inédite.
    Deuxième point, la télévision n’est plus le premier écran, c’est le mobile, le premier. Tout est en train de basculer sur le mobile et le smartphone. Qui pensait qu’on allait regarder un film entier sur un smartphone ?
    C’est aujourd’hui possible et les jeunes le font. Ils passent, en moyenne, dans le monde, une journée par semaine sur leur mobile.
    En 2015, on a dépassé des seuils importants. L’année dernière, on a passé plus de temps sur son téléphone que devant la télévision. C’est vrai aux États-Unis, c’est vrai en France, c’est en train de devenir vrai partout.
    “Huit milliards de vidéos sont vues par jour sur Facebook. C’est l’équivalent de dix siècles qui sont vus par jour.”

    Troisièmement, on passe de la télévision de rendez-vous à la télé à la demande. Il n’est plus question d’attendre une heure fixe pour regarder un programme, et même de se faire imposer l’heure du programme par quelqu’un d’autre que soi-même.
    La télévision, donc, devient de plus en plus personnalisée, de plus en plus individualisée. On passe des mass media où l’on donnait tout à tout le monde, à des médias de précision, où l’on donne des choses différentes à tout un tas de champs différents.
    Tout cela change beaucoup de choses, notamment des concurrents qui arrivent de l’extérieur du monde de la télévision.
    Le concurrent de Polynésie 1ère, aujourd’hui, n’est pas nécessairement TNTV, mais Netflix, YouTube, Amazon demain, toutes ces nouvelles plateformes qui ont tendance à être très hégémoniques, très puissantes.
    Un exemple, Facebook, il y a deux à trois ans, n’existait pratiquement pas sur la vidéo, aujourd’hui, c’est 8 milliards de vidéos vues par jour sur Facebook. Huit milliards, c’est l’équivalent de 1 000 années, dix siècles qui sont vus tous les jours sur Facebook.
    Snapchat, c’est 8 milliards de vues par jour. Le total fait
    2 000 ans qui échappent à la télévision.
    Nous devons nous réinventer, nous approprier ces nouveaux usages des jeunes qui ne font plus comme leurs aînés.
    C’est une nouvelle syntaxe de narration, un nouveau vocabulaire, une nouvelle grammaire, pour continuer de rester pertinents au niveau des jeunes audiences, sinon il y aura un problème.

    Internet bouleverse tout, l’information, la production également…
    Sur l’information, c’est intéressant, car en 20 ans, tout a changé. Avant, la radio annonçait, la télévision montrait et la presse écrite expliquait. Aujourd’hui, c’est la notification sur son smartphone qui annonce, c’est le réseau social qui montre et c’est la vidéo qui explique, cela change tout. C’est le nouveau schéma de l’information.
    En production, vous pouvez travailler à la télévision, mais filmer avec un smartphone.
    Avec un iPhone, c’est une télévision dans votre poche, qui peut diffuser en direct sur les réseaux sociaux et les plateformes, là aussi, cela change tout.

    “Dans dix ans, nous serons immergés dans l’image, à l’intérieur de l’image. On sera coproducteur des images.”

    Quelle est la grande tendance ?
    Ces plateformes deviennent les nouveaux partenaires, même s’il faut s’en méfier un peu, de distribution de contenus très différents.
    Un peu plus loin, de nouveaux types de narration, de nouveaux médias, avec la réalité virtuelle, l’immersion totale dans l’image à 360°, où c’est vous qui choisissez l’angle à regarder et non le cameraman.
    On regardera différemment l’information, mais aussi le sport, où vous regarderez un match de football du bord du terrain, par exemple.

    L’avenir des chaînes publiques passe-t-il par tout cela ?
    Forcément, les chaînes publiques ont la chance d’avoir un peu plus de marge de manœuvre pour expérimenter et non pas être soumis à la pression du bénéfice net trimestriel. La télévision est l’un des rares secteurs où l’innovation vient du secteur public.
    La haute définition, la 4K, la 8K, sont des innovations des télévisions publiques, qu’elles soient française, japonaise ou américaine.

    On consommera quels types d’images et comment dans dix ans ?
    Dans dix ans, nous serons immergés dans l’image, à l’intérieur de l’image. On sera coproducteur, cocréateur des images que nous regarderons.

    Propos recueillis par Christophe Cozette

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