Fifo – Les films en compétition, nos avis

    lundi 1 février 2016

    Pour cette nouvelle édition du Fifo, La Dépêche de Tahiti a voulu se prêter au jeu des critiques. Ces avis ne sont qu’une opinion personnelle des journalistes qui les ont écrits et n’engagent qu’eux. Ils ne sont aucunement représentatifs de l’opinion jury ou de l’organisation du Fifo. Ils servent surtout à lancer le débat que vous pourrez alimenter durant le Fifo en nous envoyant vos propres critiques de film par mail à redaction@ladepeche.pf ou via notre page Facebook La Dépêche de Tahiti.

    Toute le programme et les horaires des films dans le document ci-dessous :

     

    Putuparri and the Rainmakers

    95 min – Australie – 2015
    Réalisation : Nicole Ma
    Projections : le 2 (9h) et le 5 (13h) au petit théâtre, le 3 (18h)
    au grand théâtre

    Le pitch : Tom Putuparri Lawford est un Aborigène pris entre le monde moderne et sa communauté.

    Notre avis : C’est un magnifique documentaire qui nous est livré ici. L’histoire de Kurtal, un point d’eau dans le Grand Désert de sable de sable australien ; l’histoire du combat de Spider et Dolly pour récupérer Kurtal au nom de leur tribu et y faire revivre la tradition des faiseurs de pluie ; l’histoire de Tom, leur petit-fils, à la dérive à cause de ses problèmes d’alcool et qui reprend pied en s’ancrant davantage dans sa culture. Putuparri and the Rainmakers est une grande et touchante aventure qui s’étale sur plus de vingt ans. Une histoire pleine d’espoir dans laquelle les personnages nous embarquent très rapidement : on rit avec eux, on pleure avec eux, on s’insurge avec eux, on retient notre souffle avec eux…
     

    Vision in the Dark : The Life of Pinky Thompson

    76 min – Hawaii/États-Unis – 2014
    Réalisation : Ty Sanga
    Projections : le 2 (20h40), le 3 (15h40)
    et le 7 (10h) au grand théâtre, le 4 (10h45) au petit théâtre

    Le pitch : Au retour de la Seconde Guerre mondiale, Pinky Thompson, Hawaiien, a œuvré pour améliorer les conditions de vie des enfants et donner aux Hawaiiens leur place dans la société locale et américaine.

    Notre avis : C’est là un bel hommage. À mesure que l’on découvre l’histoire de Pinky Thompson se profile également le portrait d’une société hawaiienne, bien loin du cliché touristique. Une partie du film est dédiée au renouveau culturel que Pinky Thompson aura insufflé à l’archipel, notamment au travers de la pirogue Hokule’a. Les images sont léchées et l’histoire est bien racontée, le seul bémol réside dans la bande-son à l’américaine qui tente trop souvent d’accentuer et d’amplifier les émotions.

    The Ground We Won

    91 min – Nouvelle-Zélande – 2015
    Réalisation : Christopher Pryor
    Projections : le 2 (13h) au grand théâtre, le 3 (8h)
    et le 4 (18h) au petit théâtre

    Le pitch : L’univers masculin d’une communauté rurale néo-zélandaise est observé à travers les pratiques et les rituels de son club de rugby.

    Notre avis : Voilà un documentaire qui sent bon la sueur, la bouse et la bière car The Ground We Won met en scène une équipe de rugbymen amateurs puisqu’agriculteurs en Nouvelle-Zélande. Les héros “ne savent pas trop pourquoi ils jouent au rugby” mais ils le font de jour, de nuit et même sous la pluie.
    Entièrement filmé en noir et blanc, ce documentaire, un peu long, bénéficie d’une très belle lumière, mais ce choix artistique donne un côté tragique à un sujet qui ne l’ait pas vraiment.
    Quelques beaux portraits comme ce père célibataire et ses jumeaux ou Peanut, le aussi boxeur, porté sur l’alcool. Quelques tranches de rigolade, bien filmées de manière intimiste apportent joie à ces éleveurs parfois si tristes et si seuls.
    À voir pour comprendre pourquoi les All Blacks sont champions du monde.

    Aux armes Tahitiens

    90 min – Polynésie française – 2015
    Réalisation : Jacques Navarro-Rovira
    Projections : le 2 (18h), le 3 (13h) et le 7 (11h25) au grand théâtre
    et le 4 (8h) au petit théâtre

    Le pitch : Le film retrace le parcours des Tamarii volontaires pendant la Seconde Guerre mondiale.

    Notre avis : “L’armée allemande n’a pas gardé un très bon souvenir de ces Tahitiens”, qui pourtant “étaient loin de se douter qu’ils mettaient le pied en enfer” reconnaissent les survivants. Aux armes Tahitiens dispose de toutes les armes pour emporter une victoire, soit un Grand Prix soit celui du public. Les illustrations sont de qualité, le montage alterné de qualité et l’on ne voit pas le temps passé. L’histoire plus que riche est truffée d’anecdotes, la plupart méconnues. Le pari de la double voix off (une historique, l’autre plus “romantique”) était risqué, mais il est une incontestable réussite pour nous décrire ce bataillon du Pacifique. Le texte, inspiré par Tararo Tainui (1906 Tuamotu – 1942 Bir Hakeim), porte le film à la mise en scène impeccable. Un formidable devoir de mémoire.

    Une équipe de rêve

    95 min – France – 2015
    Réalisation : Mike Brett and Steve Jamison
    Projections : le 2 (15h40) au grand théâtre,
    le 3 (10h40), le 4 (20h30) et le 6 (13h) au petit théâtre

    Le pitch : Après une défaite historique 31-0 contre l’Australie en 2001, l’équipe de football des Samoa américaines à la recherche de sa première victoire en match officiel.

    Notre avis : C’est l’histoire ou plutôt les histoires de “la pire équipe du monde de football”, celle des Samoa américaines qui en dix-sept ans de compétitions internationales n’a pas gagné un seul match. Ce documentaire est un vrai coup de cœur. Porté par une bande originale de qualité, idéalement choisie selon le rythme donné à l’image, Une équipe de rêve joue sur les ralentis afin de donner du suspense, ce qui est plutôt rare. Ce long, mais savoureux hymne à la vie, est porté par des valeurs polynésiennes, mais aussi humanistes et universelles.
    Que dire sur cet amour du “sport à l’état pur”, de ce coach très rock’n’roll, venu des Pays-Bas, papa orphelin de sa fille venu pour faire gagner cette équipe, de cette foi dans ces joueurs océaniens, de leur abnégation et de ce transgenre, le premier a participé à une compétition de football officielle, qui “court comme une fille” et qui tacle comme un Laurent Blanc et qui sauve la première victoire de son équipe ? Tout simplement du bonheur et de l’émotion à l’état pur, où le spectateur oscille entre joie et larmes et se retrouve à partager ses sentiments avec ces joueurs grâce à une mise en scène irréprochable.
    Un des plus forts coups de cœur de la rédaction, sur le podium logiquement.

    Prison Songs

    56 min – Australie – 2015
    Réalisation : Joshua Gilbert
    Projections : le 2 (19h40), le 3 (14h40) au grand théâtre
    et le 4 (9h40) au petit théâtre

    Le pitch : Berrimah est un centre pénitentiaire où sont enfermés 800 prisonniers, hommes et femmes, à 80 %, des Aborigènes. Un docu-musical chargé de vérités et d’émotions.

    Notre avis : Les détenus qui chantent pour ne pas mourir d’une certaine façon nous offrent quelques portraits intimistes intéressants, mais malgré une durée raisonnable, Prison Songs est trop “clipé”, faisant perdre ainsi de la crédibilité aux personnages donc au film. Les séquences chorégraphiées et chantées, trop nombreuses, semblent toutes avoir été réinterprétées, donnant ainsi à ces détenus aux longues peines, un petit côté sympathique qui nous laisse un goût amer voire de gêne. Ce trop fort côté “tout le monde, il est beau, tout le monde il est gentil” prend le dessus sur le côté tragique des parcours de ces détenus, pourtant tiraillés par de vraies questions existentielles. On a beau “rentrer dans cette prison et en ressortir mort”, on ressort plutôt déçu de Prison Songs.

    Hip Hop-eration

    93 min – Nouvelle-Zélande – 2014
    Réalisation : Bryn Evans
    Projections : le 2 (10h45), le 5 (14h40) au petit théâtre
    et le 3 (20h) au grand théâtre

    Le pitch : Qui dit que votre grand-mère ne peut pas être une star du hip-hop ? Pas les Néo-zélandais.

    Notre avis : Hip Hop-eration raconte une belle et drôle d’histoire, celle d’un groupe de personnes du 3e âge qui trouve dans le hip-hop, un moyen de gagner du temps sur la mort. Managée “par la pire chorégraphe au monde”, la troupe de “petits vieux” n’hésite pas à se déhancher comme Michael Jackson, main dans l’entrecuisse ou à danser comme Joey Starr.
    Il y a du Tender – Grand Prix 2015 – dans ce film. Quelques moments nostalgiques viennent ponctuer le film. De trop longues séquences au téléphone, des portes qui s’ouvrent et se ferment n’apportent rien et leur absence aurait donné du rythme au film. Le plus joli moment est sans doute celui de ce crew qui en rencontre un composé de jeunes, épatés par les papys et mamies. “On est vieux, mais on aime prendre des risques”, déclare un des héros de Hip Hop-eration. Respect, ce doc mérite votre attention.

    Le salaire des profondeurs

    51 min – Nouvelle-Calédonie – 2015
    Réalisation : Dominique Roberjot et Christine Della-Maggiora
    Projections : le 2 (14h40) au grand théâtre,
    le 3 (9h40), le 4 (19h30) et le 7 (16h30) au petit théâtre

    Le pitch : “Je suis fidjien et j’ai 20 ans…” Dans ce film, la voix du narrateur nous emporte à travers son récit, dans l’histoire de centaines de pêcheurs à Fidji.

    Notre avis : Le salaire des profondeurs, le plus court des documentaires de la sélection, ne manquera pas de parler aux spectateurs.
    Le sujet traite principalement de la pêche aux rori qui connaît un bel essor à l’exportation à Fidji.
    Cette pêche au salaire attrayant (jusqu’à 100 dollars le kilo) pousse les pêcheurs à descendre parfois jusqu’à 80 mètres. La mise en scène simple, sans aucun effet, laisse la part belle aux témoignages des pêcheurs empreints de religiosité, mais néanmoins fatalistes face à cet eldorado, au goût amer. Outre un désastre écologique en devenir, ce doc illustre un désastre humain.

    Tupaia

    52 min – Polynésie française/Nouvelle-Zélande – 2015
    Réalisation : Lala Rolls
    Projections : le 4 (18h55) et le 7 (9h) au grand théâtre, le 5 (9h25) et le 6 (9h30) au petit théâtre

    Le pitch : Nous connaissons tous le capitaine Cook, mais qu’en est-il du navigateur tahitien Tupaia qui contribua à faire de son voyage en Nouvelle-Zélande une réussite ?

    Notre avis : Qu’il est bon de voir un film comme celui-ci ! De voir porter à l’écran l’histoire méconnue, voire inconnue d’un héros tahitien ! D’autant que le rendu est passionnant, captivant, parsemé d’humour et de tendresse. Tourné en Angleterre, en Nouvelle-Zélande et en Polynésie, le film nous montre progressivement qui était Tupaia et ce qu’il a accompli ; du point de vue des Maori, mais aussi des Tahitiens. Le premier contact entre les Maori et l’équipage du capitaine Cook, reconstitué pour les besoins du film, est juste poignant. Et le haka guerrier qui s’ensuit donne la chair de poule. Les images sont belles, parfois même poétiques. À voir !

    Another Country

    75 min – Australie – 2015
    Réalisation : Molly Reynolds
    Projections : le 4 (17h30) au grand théâtre, le 5 (8h) et le 6 (8h)
    au petit théâtre

    Le pitch : Comédien australien et aborigène, David Gulpilil raconte l’histoire de ce qui est arrivé lorsque le mode de vie de son peuple a été interrompu par celui des “blancs”.

    Notre avis : L’acteur aborigène de Crocodile Dundee partage avec le spectateur – tantôt avec humour, tantôt avec dureté – la situation complètement absurde de Ramingining, une ville paumée au milieu de nulle part, où ont été parqués des Aborigènes de différentes tribus. Un lieu sans aucune perspective d’avenir pour ses habitants qui s’acculturent petit à petit. Le point de vue de David Gulpilil sur certaines problématiques liées au contact et à l’adoption du mode de vie du colon peut facilement faire écho ici, quand bien même notre situation est – et de très loin – bien meilleure que la leur. Une histoire aussi passionnante que révoltante.

    The Price of Peace

    86 min – Nouvelle-Zélande – 2015
    Réalisation : Kim Webby
    Projections : le 4 (20h20) au grand théâtre,
    le 5 (10h25) et le 6 (10h30) au petit théâtre

    Le pitch : L’histoire de Tame Iti, militant maori, pendant sept ans, allant des raids de la police antiterroriste dans sa communauté, de son emprisonnement, jusqu’à la signature d’un “traité de paix” entre sa tribu Ngai Tuhoe et la Couronne.

    Notre avis : Il est des films dont on ne sait trop quoi penser… The Price of Peace en fait malheureusement partie. D’un côté, on a Tame, un militant que les Maori semblent apprécier et soutenir, mais qui ne fait pas le même effet à l’écran ; d’un autre, on nous parle de camps d’entraînements, pour lesquels Tame et d’autres militants ont été suspectés de terrorisme, mais on n’en saura pas plus. S’ajoutent une discrimination envers les Maori qui remonte à 1865, le procès de Tame, sa découverte de l’art en prison, sa sortie et enfin des excuses de la Couronne pour l’incident historique de 1865, et de la police à la famille de Tame. Le sujet est grave et d’un intérêt certain, mais la sauce ne prend pas…

        Edition abonnés
        Le vote

        Allez-vous voir Vaiana ?

        Loading ... Loading ...
        www.my-meteo.fr
        Météo Tahiti Papeete