Fifo – Rencontre avec Nicole Ma, réalisatrice de Putuparri and the Rainmakers

    jeudi 4 février 2016

    C’est l’un de nos coups de cœur de ce Fifo. Un magnifique documentaire au travers duquel on découvre l’histoire de Kurtal, un point d’eau dans le grand désert australien, le combat de Spider et Dolly pour récupérer leur terre et y faire revivre la tradition des faiseurs de pluie, et de Tom Putuparri Lawford, leur petit-fils, à la dérive à cause de ses problèmes d’alcool, qui reprend pied en s’ancrant dans sa culture.  Putuparri and the Rainmakers est une grande et touchante aventure qui s’étale sur plus de 20 ans. Nous avons souhaité rencontrer sa réalisatrice, Nicole Ma, pour avoir des nouvelles de tout ce petit monde.

    Il faut qu’on sache : sont-ils vraiment des faiseurs de pluie ?
    Ils le sont ! Enfin… je ne peux pas me prononcer au sujet de la jeune génération, mais concernant Spider, s’il veut faire tomber la pluie à Kurtal, il y arrive. Il commence par mettre le feu à la végétation pour annoncer leur venue à l’esprit du serpent qui habite le trou d’eau. Et dans leurs croyances, l’esprit peut sentir qui arrive à travers la fumée. Ensuite, il se met à chanter pour l’esprit et si l’esprit du serpent est heureux, il pleut. Et l’esprit était toujours heureux de le voir ! Après, c’est peut-être une coïncidence, mais en tout cas, moi, j’y crois. Et puis, c’est tout à fait sensé car si tu vis dans un désert, il vaut mieux être un faiseur de pluie, c’est la seule façon de rester en vie.

    Qu’en est-il aujourd’hui du combat de Spider et Dolly pour récupérer leur terre ?
    Ils attendent encore de la récupérer. Mais ce n’est pas primordial, parce qu’il s’agit uniquement d’un bout de papier. Qui s’installerait là-bas ? Personne. C’est dans un désert au milieu de nulle part… Spider le dit dans le film : il ne l’a jamais vraiment perdu, c’est juste le gouvernement qui pense qu’elle ne lui appartient pas. Et c’est le problème en Australie, tant qu’on ne reconnaîtra pas que les Aborigènes étaient là avant, rien ne changera et ces combats au sujet des terres et autres problèmes ne s’arrêteront jamais. Mais l’Australie a peur de le reconnaître parce que les villes comme Melbourne ou Sydney sont déjà bien installées, ça poserait problème pour les leur rendre.

    Comment se portent Spider et Dolly ? Sont-ils toujours vivants ?
    Spider est toujours vivant. Malheureusement, Dolly est décédée fin décembre, il y a seulement quelques semaines. Ses funérailles sont pour bientôt. Ce documentaire représentait énormément pour elle. Elle a été la première à comprendre qu’il s’agissait d’un bon moyen de transmettre les traditions orales aux plus jeunes. Et avant qu’elle ne meure, elle a tenu à apposer sa signature, un simple X, sur un contrat disant que nous pouvons continuer à montrer le film. Parce que dans la culture aborigène, quand une personne meurt, on ne montre plus son visage. Mais elle voulait qu’on continue à montrer aux gens leur histoire.

    C’est triste… qu’en est-il de Tom ?
    Tom voulait venir mais il lui incombait une lourde tâche : initier les jeunes garçons aux choses sacrées. C’est quelque chose qu’ils font chaque année de décembre à février, mais je ne sais pas réellement ce qu’ils font parce que je suis une femme et que c’est une activité d’hommes. En Australie, les Aborigènes ont des activités réservées aux hommes et d’autres réservées aux femmes. L’un ne peut pas savoir ce qu’il se passe chez l’autre et vice-versa. D’ailleurs, mon film est une affaire d’hommes. Toute la cérémonie qui a lieu à Kurtal est réservée aux hommes, donc je n’ai pas pu filmer cette partie. J’ai dû prendre un cameraman. Mais bizarrement, le montrer à l’écran à un public de femmes ne les dérange pas.

    Qu’est-ce qui attend ce film après le Fifo ?
    Putuparri and the Rainmakers est actuellement diffusé au cinéma en Australie et passera à la télé en mars. Maintenant que nous avons quasiment terminé de le diffuser en Australie, on peut s’attaquer aux festivals internationaux, d’où notre présence au Fifo. Mais ce film est également un moyen pour nous de récolter des fonds afin de construire, en hommage à Dolly, un centre culturel à Fitzroy Crossing pour la jeune génération et aussi pour héberger des archives parce que tout le monde veut voir les films que j’ai. Putuparri n’est qu’une infime partie de toutes les séquences de films que j’ai. Donc nous avons vraiment besoin de créer ces archives.

    Putuparri a l’air d’être bien plus qu’un film pour toi…
    C’est une responsabilité. À l’image de Tom qui a la responsabilité du point d’eau de Kurtal, j’ai la responsabilité de tous ces films. Je dois les leur rendre afin que la jeune génération puisse les utiliser. Et je dois également trouver un moyen de faire en sorte qu’ils en prennent soin et que ça ne se perde pas.

    Propos recueillis par Vaiana Hargous

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