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Fifo – Rencontre avec Marc Dozier, co-réalisateur de Frères des arbres

jeudi 8 février 2018

Marc Dozier est le co-réalisateur de Frères des arbres, qui a déjà remporté sept prix dans différents festivals.

Marc Dozier est le co-réalisateur de Frères des arbres, qui a déjà remporté sept prix dans différents festivals. (© Christophe Cozette)


Alors que le Fifo a désormais atteint sa vitesse de croisière malgré une pluie persistante, un temps idéal pour voir des films, l’heure est venue pour le public de voter pour leur film préféré mais pas que, Fifo oblige. Alors que la plupart des spectateurs mangent du documentaire en enfilade, tout au long de la journée, d’autres comme Manutea Garcia, ont décidé de travailler grâce aux différents ateliers du festival.

D’autres, peuvent saisir leur chance grâce au stand casting installé autour du paepae d’Henri Hiro pour, qui sait, obtenir un rôle dans une série ou un film tourné au fenua, dans les prochains mois.

Et d’autres spectateurs ou non profitent des différentes rencontres organisées avec les réalisateurs invités. Parmi eux, Marc Dozier, co-réalisateur de Frères des arbres, sélectionné en compétition, véritable petit bijou qui a déjà remporté sept prix depuis sa première diffusion sur Arte. Rencontre avec un “fou des Papous”, comme il le revendique. 

 

 

Parlez-nous du personnage principal, le chef Mundiya Kepanga ?

Il est issu d’une des 800 tribus de Papouasie – Nouvelle Guinée et fait partie d’une communauté de 50 000 individus, qui habite dans les montagnes, à environ 1 000 m d’altitude, loin de la mère. Comme il le dit souvent, il n’aime pas les poissons, les huîtres, les moules. C’est un personnage très étonnant, charismatique, très drôle, philosophe et plein de poésie.

Il y a 20 ans, je suis allé là-bas pour faire des photos, et c’est devenu mon ami. Ensuite, il est venu en France avec son cousin, ce qui a donné un premier film, L’exploration inversée, et il nous est arrivé beaucoup d’aventures et il est devenu le personnage principal de mes films. J’ai l’habitude de dire que c’est ma muse. 

 

 

Il n’est pas seul personnage de ce film. Les arbres tiennent un rôle important.

Les forêts recouvrent environ 70 % de la surface totale du pays. On parle souvent de la forêt primaire d’Amazonie mais elles sont deux ou trois à être considérées comme des forêts primaires. Ce sont des forêts où l’homme n’a pas eu d’impact fort et celle de Papouasie en fait partie. Ces forêts ont beaucoup de valeur à l’échelle de l’humanité.

 

 

Au début, il nous parle de la légende des arbres. Toutes ces tribus ont cette légende.

C’est un film un peu hybride car c’est à la fois un conte, une enquête et un portrait. Mais Mundiya Kepanga est aussi un peu hybride. Il est à la fois très drôle et très sérieux.

Chacune des 800 tribus a sa propre légende du monde, sa cosmogonie. Et la tribu de Mundiya Kepanga, les Hulis, est très proche de la nature et considère que les arbres sont les frères des hommes. Ils pensent qu’il faut prendre soin d’eux car si les arbres disparaissent, il en sera de même pour les hommes.

D’autres tribus partagent cette vision du monde sans doute mais les tribus proches de la mer ou des fleuves ont pour origine du monde, le crocodile, par exemple. Chacun a son mythe originel. 

 

 

Notre vision de la forêt primaire est-elle différente de la sienne ?

Oui. Nous, occidentaux, nous avons une vision de la nature qui est assez romantique, en général. Pour nous qui vivons dans les villes, on doit protéger la nature car on la considère comme un bien commun.

Pour les Papous et les Hulis en particulier, la nature est un bien individuel ou qui appartient à une tribu, avec une vision économique et tout à une valeur. On ne peut pas en profiter, sans avoir une autorisation. On ne peut pas prendre une feuille, une fleur, prendre une photo, sans demander l’autorisation du propriétaire. Quand j’amène des Occidentaux là-bas, je vois vraiment la fracture. 

 

 

Il y a, vers la fin du documentaire, une scène incroyable, fort émouvante, où Mundiya Kepanga parle aux animaux empaillés, au Musée de l’homme, à Paris. Parlez-nous de cette scène.

La scène n’a pas du tout été préparée. Nous sommes allés au musée pour tourner une séquence de deux heures, avec un scientifique, qui parlait des animaux empaillés, de manière scientifique. C’était intéressant mais bon, on a rangé nos caméras, prêts à partir, c’était l’heure du déjeuner.

Et en partant, Mundiya Kepanga s’est mis à parler aux animaux tout seul, en leur disant au revoir, et on a ressorti nos caméras. Et on a suivi Mundiya Kepanga dans les couloirs, qu’il a parcourus deux fois, et cela été tourné en un quart d’heure. C’est la séquence la plus forte, pleine d’émotions.

C’est cela qui m’intéresse dans les films, c’est que Mundiya Kepanga me dise des choses qui je suis incapable de dire. Je ne parle pas aux animaux ; mon imagination n’est pas suffisante. Quand on dépasse l’imagination, on partage vraiment le message de quelqu’un. Ce qui m’intéresse, c’est de me mettre au service de quelqu’un et de sa parole. Et ce que j’aime chez lui, c’est que je ne l’ai jamais vu critiquer la société occidentale. C’est cela aussi qui est intéressant dans sa vision du monde. Frères des arbres est un film sur la déforestation mais qui n’est pas à charge.

 

 

Parlez-nous du tournage…

J’ai eu la chance de tourner avec une équipe formidable même si cela fait un peu cliché. Mais tous les gens qui ont travaillé sur ce film ont mis leur cœur sur la table. Tout le monde s’est mis au service de ce personnage et de son message. L’équipe avait un droniste, deux caméramans, il y a eu quatre monteurs.

On avait un peu de matériel. On a utilisé des systèmes de câbles pour filmer les arbres au plus près, de bas en haut car les drones ne peuvent pas filmer la forêt de si près. Il était important pour moi de voir aussi toute l’équipe brièvement, dans le film. Souvent, on ne montre pas la technique, la façon de faire un film.

On a eu envie de montrer l’équipe pour donner plus de compréhension au spectateur. Et Mundiya Kepanga a suivi un peu chaque étape puisque nous avons tourné un peu partout et c’était pour moi, qu’il fasse partie intégrante de la réalisation du film, outre le fait qu’il soit narrateur du film. Mundiya Kepanga était déjà le narrateur de « l’exploration inversée ».

Il est très intéressant pour moi que le narrateur soit un Papou pour ne pas que cela soit un Occidental qui donne sa vision du monde. Si je vous parle de la déforestation, vous allez entendre des choses que vous savez déjà. Mais si Mundiya Kepanga parle de sa vision de la forêt, c’est différent et cela nous apprend beaucoup, et cela nous pose aussi beaucoup de questions. Sinon, le projet a duré plus d’un an et nous avons tourné environ deux mois et demi.  

 

 

Enlève-t-il sa brindille du nez, avant d’aller se coucher ?

On lui pose souvent la question lorsque nous voyageons. Quand on lui demande pourquoi il porte un bout de bois dans le nez, il regarde la personne et lui demande pourquoi elle porte des boucles d’oreilles, par exemple. Et on lui répond : « Parce que c’est beau ». Et il répond : « Pour moi c’est pareil. Pour vous, des boucles sont un bijou. Pour moi, ma brindille est un bijou ». En général, il l’enlève devant son interlocuteur. C’est quelqu’un de très fin, qui ne sait pas lire ni écrire mais qui comprend parfaitement nos fantasmes des sauvages. Et il en joue. Le sauvage, cela peut être nous; Ce n’est juste qu’une question de point de vue. 

 

Propos recueillis par Christophe Cozette

 

Un festival utile pour l’Océanie mais aussi pour les jeunes polynésiens

Manutea Garcia (à gauche) sur le tournage de sa première fiction, "Jeu du regard", rendu possible grâce au Fifo. (© Christophe Cozette)

Manutea Garcia (à gauche) sur le tournage de sa première fiction, « Jeu du regard », rendu possible grâce au Fifo. (© Christophe Cozette)

Manutea Garcia est réalisateur, scénariste, monteur et metteur en scène. Il n’est pas encore le détenteur d’un grand prix du Fifo, encore moins d’une palme d’or cannoise mais le Festival international du film documentaire océanien, qui fête ses 15 ans aujourd’hui, lui a permis de concrétiser ses rêves. Nous l’avons rencontré hier, sur les lieux du festival, en plein tournage, le premier pour lui. 

Étudiant en troisième année d’informatique à l’université, le jeune homme écrit de tout, depuis des lustres. « C’est mon tout premier film, une fiction, intitulée « Jeu du regard ». J’écris depuis quelques années toutes sortes d’histoires, de fictions, sous forme de poèmes, nouvelles, de romans. Je ne m’arrête pas à un seul format. Je souhaitais commencer à me pencher sur l’écriture de scripts, de scénarios et l’atelier courts-métrages du Fifo est arrivé au bon moment pour me lancer », explique l’étudiant en informatique, passionné par la plume, quel que soit sa taille ou sa couleur.

Le jeune homme a écrit un script via un concours sur internet, l’a envoyé et a été sélectionné par l’organisation du festival. Ravi d’être là, à la Maison de la culture, le « corps » du festival qui l’accueille dont l’ancienne tête (pensante), Heremoana Maamaaahuaiatapu avait imaginé l’existence, Manutea Garcia tâte de la pratique, sous toutes ses formes. « C’est hyper intéressant mais il y a tant de choses à penser, je pense avoir été submergé, au début. Heureusement, j’étais bien encadré », reconnaît l’intéressé.

Depuis le début de ce Fifo 2018, il est à fond. « Mardi, j’étais dans l’atelier d’écriture de scénario, pour peaufiner et réécrire mon script. Aujourd’hui (hier, ndlr), j’étais avec un réalisateur et un preneur de son – respectivement, les responsables de deux autres ateliers du festival, mixage audio et vlogging, Heimana Flohr et Tevai Maiau -, pour m’expliquer tous les rouages », détaille t-il, plein de gratitude. Aujourd’hui, le jeune homme sera conseillé et aidé par le responsable de l’atelier montage alias Nyko pk16. « Je suis vraiment encadré du début à la fin », reconnaît Manutea Garcia. 

 

 

Sa première fiction, sans doute pas la dernière

 

 

L’avenir de son film ? « Je ne sais pas du tout, il paraît qu’il sera projeté mais je n’en sais pas plus, pour le moment. Sinon, il finira sur une belle clé USB. Cela dépendra du rendu du film. Si j’aime le résultat final, je le mettrai peut-être sur Youtube. Si je ne l’aime pas, j’essayerai de l’enterrer six pieds sous terre », avoue-t-il, philosophe.

« Je suis totalement content », lâche Manutea Garcia, sur sa première participation, ici, au Fifo. « J’hésitais au début, cela m’obligeait de sortir de ma zone de confort. Mais au final, je suis super heureux et cela me donne plus d’élan pour l’avenir. Cela m’ouvre de nouvelles perspectives et va me permettre de sortir de l’écriture, pure et simple. Je vais m’intéresser plus à l’image, à la réalisation », nous a-t-il dit, pendant la pause de son tournage, entre deux plans de « Jeu de regard », tourné sur place.

Il n’abandonnera pas pour autant, sa passion, l’écriture mais outre, la réalisation concrète de son premier film, l’expérience qu’il a vécue au Fifo, aura une influence néanmoins, sur son écriture.

« Selon les projets que j’aurai, le tournage par exemple, sur des scènes extérieures imposées, vont nécessité une écriture particulière sur le scénario. Avant, j’écrivais sans contrainte, là, je vais être maintenant, obligé de les intégrer », explique le jeune réalisateur et étudiant. C’est aussi cela le Fifo, ce n’est pas qu’un festival grand public pour y voir d’excellent documentaires océaniens, c’est aussi la possibilité pour de jeunes anonymes d’assouvir leur passion et de leur donner les moyens de, peut-être un jour, réaliser des documentaires polynésiens.

 

 

Christophe Cozette

 

 

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