Fiji, le père du island reggae

    jeudi 31 mars 2016

    Fiji… Les non-initiés ne verront là que le nom d’une île du Pacifique orthographié en anglais. Mais les passionnés d’island reggae – également appelé reggae hawaiien –, sauront qu’il s’agit là d’un invité de marque que Tahiti accueille ce soir en concert. Car Fiji n’est nul autre que le pionnier, pour ne pas dire le créateur du genre : une fusion de reggae classique, de hip-hop, de R’n’B et de jazz.
    Certains se rappelleront sûrement avoir écouté en boucle et probablement même dansé, il y a vingt ans déjà, en soirée comme en journée, sur des morceaux comme Sharing The Night Together ou encore Naughty Girl. Eh bien c’était lui, Fiji, ouvrant par la même occasion une voie musicale à de nombreux autres artistes.
    Mais au sujet de sa longue et prolifique carrière, il ne s’étendra pas.
    “Il n’y a pas grand-chose à dire, si ce n’est que je suis reconnaissant et honoré de toujours pouvoir faire ce que j’aime aujourd’hui. C’est une vie très dure pour n’importe qui lorsqu’on choisit de créer son propre emploi. Donc je suis vraiment reconnaissant de pouvoir vivre de la musique. J’aurais pu très mal tourner si la musique n’avait pas été là.”
    Lorsque Fiji ne chante pas ou ne compose pas ses propres chansons (il a dix albums à son actif), il aide la nouvelle génération d’artistes à faire un bond en avant dans leur carrière. Comme ça a été le cas notamment avec J-Boog, venu l’an dernier en concert au fenua. “Je pense que c’est ma kuliana, ma responsabilité en hawaiien”, explique-t-il.
    “Tout comme ça a été la responsabilité de mon frère Danny, de The Mana’o Company, de m’aider à lancer ma carrière quand j’étais jeune. J’espère seulement que la nouvelle génération fera de même avec la suivante, parce qu’il y a encore trop d’égoïsme dans cette industrie. Mais en tout cas, j’aurai fait ma part.”
    Quand on lui demande de nommer quelques autres artistes qu’il a aidés, sa réponse est catégorique : “Non”. “Je ne veux pas faire ça, ça impliquerait que je les compte et que je me donne du crédit pour leur succès. Mais ma démarche a simplement été de les aider, comme moi on m’a aidé quand j’étais jeune et perdu. Ils ne me doivent rien. Ces gamins voulaient juste faire de la musique. À la base, je devais seulement les enregistrer et puis j’ai fini par devenir un coach de vie. En plus de leur apprendre la musique, je leur enseigne la responsabilité qu’ils portent en tant qu’artistes et surtout en tant qu’artistes autochtones. Je suis très pro- autochtones, kanaka comme on dit. Je parle couramment ma langue maternelle, le fidjien, et quelques autres langues du Pacifique. C’est très important pour moi.”
    Depuis six ans maintenant, Fiji se bat contre la goutte et il se déplace en fauteuil roulant depuis près de quatre ans.
    “Je ne peux pas trop marcher, la maladie a atteint mes pieds, mes genoux, toutes mes articulations”, confie-t-il. “Mais je n’ai pas arrêté de boire, donc c’est aussi de ma faute… C’est douloureux, mais quand je suis sur scène, c’est comme si mon corps combattait cette douleur. (Son visage s’illumine) Vous savez, la musique vous donne une tout autre perspective, c’est une responsabilité. Ma performance n’est plus aussi énergique qu’avant parce que je dois tout de même m’asseoir sur un tabouret, mais le public doit s’attendre à un très beau concert parce que je me donne toujours à fond. Je donne tout, et si je meurs ce soir, eh bien que Tahiti soit bénie !”

    Vaiana Hargous

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