Fillon met en cause Hollande

    vendredi 24 mars 2017

    fillon

    François Fillon était hier soir l’invité de L’Émission politique sur France 2. (Photo : Thomas Samson/AFP)

    La fin de la campagne se jouera donc affaires contre affaire. C’est en tout cas le terrain sur lequel François Fillon s’est résigné à jouer son va-tout, hier, pour tenter d’échapper à ce qu’il appelle la “machination” montée contre lui.

    Invité de L’Émission politique de France 2, le candidat de la droite s’est appuyé sur les “allégations”, selon sa formule, des journalistes Didier Hassoux, Christophe Labbé et Olivia Recasens, dans leur livre Bienvenue Place Beauvau, pour demander “solennellement” l’“ouverture d’une enquête” sur un possible “scandale d’État”.

    “On cherchait un cabinet noir, on l’a trouvé, en tout cas à travers ces allégations”, a-t-il affirmé, en soulignant que les auteurs étaient “très loin” d’être ses “amis”, “puisque deux d’entre eux sont des journalistes au Canard enchaîné”. La troisième est une journaliste indépendante.

    “Vous avez aujourd’hui des journaux qui reçoivent des documents quarante-huit heures après qu’ils ont été saisis, par exemple dans mon bureau à l’Assemblée nationale, a expliqué l’ex-premier ministre. Qui leur donne ces documents ? Des services de l’État. Et vous pensez que ces services de l’État le font sans être couverts par leur hiérarchie ?”

    Prévenant : “Je vais mettre en cause le président de la République”, il a expliqué que le livre racontait “comment François Hollande fait remonter toutes les écoutes judiciaires qui l’intéressent directement à son bureau, ce qui est une illégalité totale, comment il est branché directement branché sur Bercy, sur Tracfin, sur des informations qui lui sont apportées en permanence, comment il est au courant des moindres faits, des moindres filatures, y compris concernant son ancien premier ministre Manuel Valls”, explique François Fillon.

    Dans leur livre, selon les bonnes feuilles publiées par Valeurs actuelles, les journalistes écrivent : “Pour orchestrer les affaires judiciaires, il existe une mécanique complexe aussi efficace que redoutable. Hollande a su en tirer profit.”

    “Si ce qui est écrit dans ce livre est vrai, je pense que dans l’histoire récente de la V” République, un chef d’État n’est jamais allé aussi loin dans l’illégalité, la prise de pouvoir sur des services sur lesquels il ne devrait pas avoir autorité”, a-t-il lancé, en ajoutant : “Quand je vois qu’en deux heures on a ouvert une enquête sur l’emploi de ma femme. Je pense qu’en quelques jours on peut ouvrir une enquête sur un livre qui accuse gravement le chef de l’État.”

    Avant de mettre en cause François Hollande, le candidat de la droite avait proclamé : “Je suis honnête, profondément honnête, et jamais je n’ai pris de décision contraire à l’intérêt général.”

    Il a fait un nouveau mea culpa, cette fois pour avoir accepté les costumes que lui a offerts Robert Bourgi.

    “C’est un très vieil ami pour lequel j’ai de l’affection”, a-t-il assumé, qualifiant l’homme d’affaires libanais d’“homme qui vaut mieux que la réputation qu’on fait de lui”. “Ces costumes, j’ai eu tort de les accepter. Je vois que ça a choqué beaucoup de gens. J’ai fait une erreur de jugement et donc je les ai rendus à celui qui me les a offerts tout lui conservant mon affection”, a-t-il expliqué. À la demande de David Pujadas, il a précisé qu’il avait porté les trois costumes. Il a aussi ajouté que la maison Arnys, où Robert Bourgi les a achetés, était fréquentée par d’éminents socialistes, parmi lesquels François Mitterrand, à propos duquel il a glissé : “Je ne suis pas sûr qu’il ait souvent payé des costumes.”

    En parlant des “torrents de boue” qui se déversent sur lui depuis deux mois, le candidat de la droite a confié : “Ça m’a fait souvent penser à Pierre Bérégovoy. J’ai compris pourquoi on pouvait être amené à cette extrémité.” L’ancien Premier ministre, mis en cause dans une affaire de prêt sans intérêt, s’est suicidé le 1er mai 1993.

    Cette allusion a mis hors d’elle Christine Angot. L’écrivain était “l’invité surprise” de l’émission. “Le pompon de toute cette histoire, c’est le coup de Bérégovoy, s’est-elle exclamée. Ça, ça ne passe pas ! Est-ce que vous nous faites du chantage au suicide ?” Affirmant : “C’est pas un dialogue, on ne peut pas dialoguer avec des gens comme vous”, Angot s’en est prise aux soutiens de François Fillon assis dans le public, qui s’en sont indignés. L’Émission politique a failli tourner au pugilat. À tel point que David Pujadas s’est senti obligé de faire un rappel à l’ordre, tout en affirmant que l’écrivain s’était contentée d’exercer sa “liberté” en refusant les règles élémentaires du débat.

    Aurélie Filippetti est revenue à la charge plus tard dans l’émission, sur un ton compatible avec le dialogue démocratique.

    “Si on était en Allemagne, vous ne pourriez pas être candidat parce que vous êtes mis en examen”, lui a lancé l’ancienne ministre socialiste de la Culture. “Si on était en Allemagne, je ne serais pas mis en examen parce que Mme Merkel ne manipule pas la justice”, lui a répondu le candidat, sûr de lui.

    Selon le sondage réalisé par Harris Interactive durant l’émission, François Fillon n’a convaincu que 28 % des Français en lançant ses accusations à l’encontre du chef de l’État. C’est 10 points de moins que lors de son précédent passage en octobre. En revanche, il a gagné six points d’appréciations positives chez les sympathisants de droite en passant de 60 à 66 % de convaincus. C’est l’électorat qu’il veut dissuader de voter Marine Le Pen ou Emmanuel Macron dans un mois.

     

    AFP

     

     

        Edition abonnés
        Le vote

        Recensement : Êtes-vous prêt à répondre à toutes les questions même intime malgré une garantie de l'anonymat ?

        Loading ... Loading ...
        www.my-meteo.fr
        Météo Tahiti Papeete