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La “fin des haricots” pour les disquaires de Papeete

mercredi 20 décembre 2017

Le rayon CD d'une enseigne de Papeete qui a depuis, quelques années, disparu (Archives LDT).

Le rayon CD d’une enseigne de Papeete qui a depuis, quelques années, disparu (Archives LDT).

 

 

 

 

 

 

 

À l’approche de Noël, La Dépêche de Tahiti est partie à la recherche d’une boutique de disques à Papeete. Bilan : le métier de disquaire n’existe plus, les rares points de vente encore existants ne font qu’écouler de vieux stocks peu actualisés. Les disquaires ont été rendus inutiles par l’arrivée d’Internet et des réseaux sociaux qui ont raccourci le circuit de distribution.

Inutile de chercher un disquaire à Papeete pour vos cadeaux de Noël. C’est officiel : le métier a disparu à Tahiti. Les rares points de vente de CD encore existants écoulent essentiellement de vieux stocks.
Le compact disk en lui-même n’a pas disparu. C’est le vecteur de la distribution qui a changé : les plateformes numériques ont remplacé les magasins de disques. “Et les artistes locaux vendent leurs CD principalement lors de leurs concerts”, assure Teraiapiti Isabel-Céran, le patron de Digital Distribution Tahiti (voir ci-contre).
La vente directe ! C’est la révolution qu’ont permis Internet et les réseaux sociaux. Vous voulez acheter l’album de Vaiteani et Luc : le plus simple est encore d’aller sur leur page Facebook à la rubrique boutique. Vous cherchez à offrir le coffret des 100 plus belles chansons de Johnny Hallyday : la seule solution, depuis Tahiti, est de commander en ligne. Ces objets ne sont pas disponibles dans les rares points de vente de disques survivants à Papeete.
Balayés par Internet dans les années 2000, les magasins de disques du fenua ont mis la clé sous la porte ou sont sur le point de le faire. En ville, Tahiti Music, rue du Maréchal-Foch, a laissé sa place en 2013 à un magasin d’alimentation. En face du marché, Pedron Music a encore un stock de vieux CD et même des cassettes audio des années 1990. Mais le patron ne fait plus de réassort “sauf sur commande, mais sinon ça ne sert plus à rien”, dit-il. On y trouve le dernier album de Takanini, Ata Kua, au milieu d’un océan de souvenirs.
Rue Paul-Gauguin, Mac Music Paradise a un rayon de musique polynésienne. Là encore, plus vraiment d’actualité. Le propriétaire, Macair Lai, un ancien producteur, a baissé les bras : “C’est la fin des haricots. Je vends tout mon catalogue : 200 albums de musique locale. Encore deux ans et il n’y aura plus de CD dans ce magasin. Je vais faire autre chose : du téléphone portable, des accessoires…”
Enfin, le disque a quasiment disparu des grandes surfaces. Chez Odyssey et Carrefour Punaauia, les espaces dédiés à la musique sont désormais réduits. Et il n’y a plus un seul CD dans les magasins Carrefour de Faa’a, Arue et Taravao.

 

“Aujourd’hui, YouTube est la 1re plateforme”

Le marché physique a laissé la place au marché numérique. Après l’explosion du piratage sauvage dans les années 2000 – “tout le monde copie comme il respire”, résume Macair Lai –, la consommation augmente désormais sur les plateformes légales. À partir de 2008, les premières offres légales sont apparues : iTunes, Deezer,
Spotify…
“Aujourd’hui, YouTube est la première plateforme de consommation de musique, à Tahiti comme partout dans le monde. Spotify marche bien aussi et les Polynésiens y sont de plus en plus présents”, assure Teraiapiti Isabel-Céran, qui accompagne les artistes dans leur communication digitale.
Pour ce spécialiste du marché de la musique, l’enjeu est désormais d’organiser la numérisation du patrimoine musical polynésien. “Quand les producteurs locaux ont abandonné les uns après les autres, dans les années 2000, ils ne sont pas occupé de ça. Aujourd’hui, les catalogues de variété locale des années 70, 80, 90, ils sont un peu nulle part sur Internet”, regrette-t-il.

Benoît Buquet

 

 

 

Le retour du vinyle à Papeete

Teraiapiti Isabel-Céran, s’installe comme disquaire indépendant spécialisé dans le disque vinyle.  Sa boutique, Atomi Records, ouvre mercredi,  rue Albert-Leboucher à Papeete (photo DR).

Teraiapiti Isabel-Céran, s’installe comme disquaire indépendant spécialisé dans le disque vinyle.
Sa boutique, Atomi Records, ouvre mercredi,
rue Albert-Leboucher à Papeete (photo DR).

 

Dans ce contexte déprimant pour le métier de disquaire, Teraiapiti Isabel-Céran fait un pari fou. Ce passionné de musique, déjà créateur de Digital Distribution Tahiti, va ouvrir demain une boutique de disques vinyles, Atomi Records, rue Albert Leboucher à Papeete.
Il annonce “400 références la première semaine, 700 la deuxième semaine, et à terme entre 1200 et 2000 références disponibles dans le magasin”, avec “un réassort hebdomadaire”. Il devrait aussi proposer des platines et des CD de musique locale.
Teraiapiti veut que son magasin soit “un lieu pour prendre le temps de s’asseoir et de découvrir des musiques, avec des points d’écoute dans le magasin”. Il y croit dur comme fer : “Avant 2012, le vinyle représentait moins de 1 % du marché physique de la musique dans le monde. Aujourd’hui, c’est 4 %, analyse-t-il. À Tahiti, il y a quelques consommateurs qui ont de très belles collections, et plusieurs enseignes vendent des platines régulièrement : Carrefour, Vodafone, Tesa. Il y a une niche.”
Atomi Records ne proposera que du neuf : “Pas de vente d’occasion : c’est un marché où les prix s’enflamment et l’argent ne revient qu’aux collectionneurs. Alors qu’avec les disques neufs, une partie de l’argent revient aux artistes.”
Comme la fabrication de vinyle n’existe pas à Tahiti, il ne proposera pour la musique locale que des disques compacts. Mais il “espère bien arriver à produire un peu de vinyle local, notamment presser à nouveau des disques de Tahiti d’antan”.

Désiré Teivao
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