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Fléau de l’ice : le monde du sport n’est pas épargné

mercredi 21 novembre 2018

ICE DR

 

Les ravages de l’ice ne sont plus à démontrer. On découvre petit à petit que des acteurs du sport local peuvent être mêlés aux affaires d’ice, qui font souvent la une de la presse.

Dans notre édition d’hier, nous évoquions le cas de Maitai Danielson, rameur de Matairea Hoe, qui aurait joué les intermédiaires pour l’un des gros bonnets du trafic d’ice en Polynésie française, Tamatoa Alfonsi. Trois mois auparavant, en août, dans l’affaire dite “Sarah Nui”, un ex-président de club de futsal avait été arrêté pour trafic de stupéfiants et association de malfaiteurs. À ce jour, au niveau du système sportif, des contrôles antidopages sont régulièrement mis en place au cours des grands événements organisés par les différentes fédérations.

Selon le médecin du sport de la direction de la Jeunesse et des Sports, Pierre Aufrere : “Il y a bien une cellule antidopage, mais ça ne fait pas partie, je pense, des substances recherchées dans les tests usuels. Il y a des répercussions, c’est sûr, mais pas plus que pour quelqu’un de non-sportif. C’est quelque chose d’interdit, mais pas que dans le domaine sportif. Du coup, ça relève plus du judiciaire”.

Les instances fédérales paraissent un peu désarmées face à ce fléau qu’elles ne maîtrisent d’aucune manière. Lors des contrôles antidopage, c’est surtout le paka qui est le plus recherché, car il s’agit de la substance la plus répandue. Pour l’ice, je pense que c’est aux autorités de la douane d’être plus vigilants”, confie Rodolphe Apuarii, président de la Fédération tahitienne de va’a.

Pourtant, en poursuivant notre investigation, certaines sources n’ont pas manqué de rapporter que plusieurs rameurs sociétaires de grandes équipes étaient consommateurs de ce produit prohibé.

 

Problème sociétal

 

L’ice est présent dans toute la Polynésie, pas forcément dans le va’a. Je pense qu’il y en a dans tous les sports, car un individu reste un individu. Les gens qui trafiquent ou consomment savent où ils mettent les pieds !”, se défend le président du va’a. Inquiet de l’image donnée à la discipline par ce genre de sportifs drogués ou trafiquants, Rodolphe Apuarii insiste sur le fait qu’il est surtout question d’un problème sociétal : “Tous les dégâts engendrés par cette drogue vont se répercuter sur la CPS, qui devra, à un moment, prendre en charge ces patients”.

À ce jour, les fédérations, notamment celle du va’a, n’ont pas de projet de contrôle de cette drogue dure. “On laisse les autorités faire leur travail car à notre niveau, on n’a pas le droit de rentrer dans le système de chacun. Ce n’est pas à nous, petits présidents de fédération, de faire le travail du Pays”, conclut Rodolphe Apuarii.

Contactés sur le sujet, la direction de la Jeunesse et des Sports et le ministère de la Santé et des Sports n’ont malheureusement pas trouvé le temps de répondre à nos questions.

Vaitiare Pereyre-Gobrait

 

Réactions

Hier, mardi, La Dépêche de Tahiti s’est rendue dans les rues de Papeete pour recueillir les réactions des passants face à ce fléau, mais le sujet est encore tabou et les langues ont souvent du mal à se délier… Directement concernée ou bien concernée par le biais d’amis ou de membres de la famille, la population, pourtant au courant de ce qui se passe, a du mal à s’exprimer. La peur de juger l’autre, celle d’être jugée, de montrer du doigt ou de blesser l’entourage, poussent les gens à se taire. Aussi, sur une trentaine de personnes, une dizaine ont dit quelques mots sur ce fléau.

 

Denise Panai, retraité, 63 ans

Les sportifs sont attirés par l’argent facile”

Je pense qu’aujourd’hui les sportifs sont attirés par l’argent facile. L’ice, c’est une drogue très dangereuse et qui est aussi très bien cachée. Honnêtement, je trouve ça choquant, car la guerre des présidents des clubs et des fédérations, c’est de ne pas voir les sportifs tomber dans la drogue. Ils doivent être saints de corps et d’esprit pour montrer l’exemple.”

 

 

Erena Roe, animatrice, 30 ans

Ça détruit le cerveau”

Tout ce qui se passe est vraiment mauvais. Les sportifs ne devraient pas consommer de produits dopants et encore moins de l’ice. C’est un peu une manière de tricher. Ça détruit le cerveau, mais aussi ta vie en général. Je ne trouve plus ça choquant, car j’en vois tous les jours qui vendent ou consomment. Après, ça ne me concerne pas, mais c’est présent partout !”

 

 

Henri Leduc, PDG de l’huilerie de Tahiti, 56 ans

Le sport, c’est pour éviter de tomber dans la drogue”

C’est vraiment triste, car on attend des sportifs qu’ils fassent des performances honnêtement. Maintenant, je ne sais pas si l’ice va leur permettre de faire de meilleures performances ou si c’est parce que c’est une histoire de business. Mais, dans les deux cas, c’est quelque chose de très triste. Si c’est un sportif qui doit donner l’exemple comme un entraîneur par exemple, c’est la pire situation qu’il puisse y avoir, car il doit être un modèle pour les jeunes. Normalement, le sport, c’est pour éviter de tomber dans la drogue et le paka et si, même dans le milieu sportif, on retrouve ce genre de chose, c’est encore une fois vraiment triste.”

 

 

Nicole Burns, comptable, 34 ans

Ils sont censés prôner la santé”

C’est décevant de la part de sportifs, car le message qu’ils véhiculent, surtout si ce sont des sportifs connus, est contradictoire avec l’image qu’ils donnent. Ils sont censés prôner la santé, mais c’est surtout la consommation de la drogue et la commercialisation de la drogue que je vais retenir. Je ne connais pas ce que peut apporter l’ice au niveau des performances sportives, mais je pense que c’est surtout une question de business.”

 

 

Jean- Jacques Divo, enseignant, 50 ans

Le dépistage est important pour cataloguer ces gens-là”

Je suis tout à fait contre les gens du milieu sportif qui consomment de l’ice. À la base, ce n’est déjà pas bon, mais en fin de compte pour les sportifs qui essaient de se surpasser, c’est une manière de pallier aux difficultés. Je pense qu’ils y ont facilement accès, mais ce n’est vraiment pas bon pour la suite. Le dépistage est important pour cataloguer ces gens-là. Ça ferait certainement comprendre à tous les autres sportifs que ce n’est pas une bonne chose.

 

 

Loïc Wiard, chef d’entreprise, 46 ans

C’est une véritable plaie pour les sportifs”

Le fait que l’on trouve de plus en plus d’ice en Polynésie, c’est quelque chose de triste. C’est une véritable plaie pour les sportifs, mais aussi pour les enfants et les adultes en général. Les conséquences sur la vie de tous sont vraiment importantes. Il y a toujours eu des gens qui se dopaient. Pour ma part, j’en ai entendu parler dans la rame, même si après, c’est difficile de dire dans quelle mesure, c’est réellement le cas, mais il y a toujours eu du dopage. D’après ce que j’ai compris, ça excite pas mal et ça donne beaucoup d’énergie aux consommateurs. Il faudrait faire des contrôles ! Ça coûte cher, mais à un moment donné, si on veut avoir un sport propre, il faut investir dans le contrôle.”

 

 

Matai Reubena, auxiliaire de vie social, 26 ans

Ils montrent le mauvais exemple à la jeunesse”

Je pense que chacun a sa vie, chacun a son opinion et s’ils se sont lancé dans ce genre de chose, c’est qu’ils ont leurs raisons. Ça doit certainement les aider au niveau de leur performance sportive car quand j’entends parler de cette drogue et de son effet, ça doit peut-être jouer en leur faveur. Personnellement, je trouve ça pas normal, car ils montrent le mauvais exemple à la jeunesse. Je pars du principe que quand tu pars dans le monde du sport, il faut y rester et ne pas s’orienter vers autre chose.”

 

 

Bérangère Dana, cadre infirmière

Ce n’est pas beau à voir”

Ce n’est pas forcément un bel exemple à donner à notre jeunesse polynésienne surtout que l’on essaie de les éloigner de tous les produits néfastes à travers le sport. Dans un sens, je comprends à peu près le processus, car ces sportifs sont sûrement habitués à prendre des substances pour se booster. L’ice pour eux, c’est probablement une marge de plus, mais ce qui est sûr, c’est que ce n’est pas beau à voir. C’est choquant, car quand tu es sportif, tu te dois de vivre sainement et de bien dormir par exemple. Mais quand tu vois certains sportifs comme les culturistes par exemple quelque part, je me dis que c’est simplement l’escalade de ces substances chimiques. C’est malheureusement une suite logique…

 

 

Heimata Teauroa, agent de bureau, 42 ans

Ils mettent en péril notre réputation”

C’est désolant ! Nous les Polynésiens on a la réputation d’être des aito et quand tu vois ça, c’est juste triste. Ils mettent en péril notre réputation et notre jeunesse. Il faudrait les punir sévèrement pour qu’ils se rendent compte que c’est dangereux.”

 

 

Wilfried Jonhston, entrepreneur, 24 ans

Il va falloir redoubler de vigilance”

L’ice prend beaucoup d’ampleur au fenua. Et, malheureusement, ça peux toucher tout le monde même des personnes que l’on ne s’attend pas à retrouver dans ce milieu-là. Il va falloir redoubler de vigilance et faire beaucoup de prévention. Il faut parler des dangers de cette drogue qui fait le bonheur financier de certains et soumettre tous les sportifs à un contrôle médical annuel.”

Propos recueillis par V.P-G.

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