Florence Arthaud, à la fois « Fiancée » et pirate (vidéo)

    mardi 10 mars 2015

    « Je ne suis jamais restée sédentaire si longtemps. J’aimerais bouger. Je me verrais bien plus tard au cap Creus [au nord de Barcelone], le cap Horn de la Méditerranée. Avoir une maison de villégiature, un ou deux hectares pour poser mes bourricots, m’habiller en veuve et aller au marché avec ma canne. Faire mon repentir. C’est mon côté judéo-chrétien. Et puis alterner avec une cabane en Polynésie, un millier d’îles sur le plus grand océan du monde… » témoignait Florence Arthaud au JDD (Journal du Dimanche) en 2010 alors qu’elle arrêtait définitivement la compétition.
    Elle faisait partie de ses navigateurs en quête perpétuelle de grands espace, libre et entière.
    L’image est gravée dans toutes les mémoires: en gagnant la Route du Rhum 1990 au nez et à la barbe de certains des meilleurs skippers au monde, Florence Arthaud avait entrouvert aux femmes l’univers très macho de la course au large.
    « C’est une fille qui a su s’imposer dans un monde très masculin et se faire non seulement une place mais un nom », assure à l’AFP le navigateur Marc Guillemot, au lendemain de la mort de la navigatrice de 57 ans, dans un crash d’hélicoptères en Argentine. « Elle a changé les habitudes, skippé des équipages d’hommes. Tous ceux qui ont navigué avec elle avaient énormément de respect ».
    Cette victoire dans la baie de Pointe-à-Pitre en 1990 avait sonné comme un coup de tonnerre: rares étaient ceux qui la croyaient capable de l’emporter en solo sur l’Atlantique à la barre d’un trimaran surpuissant de 18,28 m de long, Pierre-1er.
    La jeune femme, alors âgée de 33 ans, y avait gagné le surnom suranné de « Petite fiancée de l’Atlantique ». Un sobriquet dont elle se serait bien passé, mais qui lui avait tout de même inspiré un livre.
    Dans la foulée de « Flo », d’autres femmes se sont lancées dans la voile de compétition, inspirées par son courage et sa volonté.
    « Sa victoire a certainement donné confiance à d’autres femmes. Florence a ouvert des portes, elle a fait du bien aux femmes », souligne la navigatrice Catherine Chabaud.
    Quelques jours avant le départ de la dernière Route du Rhum, en octobre 2014, Florence Arthaud avait tout de même confié à l’AFP qu' »il est toujours aussi difficile pour une femme de trouver un budget » pour une grande course.
    « Les sponsors sont toujours un peu frileux quand il s’agit de confier un gros bateau à une femme », avait-elle souligné, déplorant le faible nombre de navigatrices au départ des épreuves majeures.

    – « Elle et Ellen MacArthur » –

    « Elle n’était pas de ma génération, car je n’ai découvert la voile qu’en 1995 », explique à l’AFP Jeanne Grégoire, qui anime la classe Figaro depuis plusieurs années. Mais c’était « une référence car, à part elle et la Britannique Ellen MacArthur (victorieuse dans la Route du Rhum 2002 en monocoques), il y a finalement très peu de femmes à avoir remporté une course importante ».
    « J’éprouve beaucoup de tristesse », glisse Christine Briand, ex-championne du monde de 470. « Jeune, je ne la connaissais pas bien, car je venais de la voile olympique et j’étais presqu’un peu jalouse de sa notoriété. Mais j’avais beaucoup d’admiration pour elle ».
    « Elle était une pionnière, un modèle, a-t-elle ajouté. Jusqu’au bout, elle est restée un très bon marin. Elle avait un côté un peu +déjanté+ mais elle était pleine de rêves, comme un enfant, et elle me faisait rire. On tombait immédiatement sous le charme ».
    Aujourd’hui, la voile manque d’une figure féminine de la stature de Florence Arthaud. « On peut déplorer qu’il y ait maintenant moins de femmes dans la course au large », souligne ainsi Roland Jourdain.
    Mais au moins certains préjugés ont-ils perdu du terrain, comme le montre la lecture, avec 40 ans de recul, de ces commentaires du navigateur/écrivain Alain Glicksman, décrivant la Transat anglaise de 1976 dans le mensuel Voiles et Voiliers de janvier 1977: « Sur un petit trimaran (…), une femme partirait pratiquement à égalité avec un homme, avec même un petit avantage puisqu’elle trouverait la cabine plus spacieuse du fait d’un gabarit plus réduit, qu’elle aurait besoin de moins d’eau et de nourriture… »

    avec AFP

     

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