Flosse-Fritch, au lendemain de la déchirure

    jeudi 3 septembre 2015

    Mardi soir, le conseil politique du Tahoera’a a voté pour l’exclusion d’Édouard Fritch. Trente-cinq ans après son entrée dans le parti, l’ex-gendre de Flosse est viré par ce dernier avec qui le courant ne passait plus. Un an de conflits internes ont eu raison de leur collaboration.

    Édouard Fritch, viré du Tahoera’a. Il y a encore deux ans, cette annonce aurait fait sourire. En effet, alors que la campagne battait son plein pour les élections territoriales, c’est Édouard Fritch qui était le plus souvent envoyé au front sur les écrans de télévision pour scander le message du retour gagnant du parti. Après les années difficiles, la défaite de 2004, celles de 2008 (municipales et territoriales), après les affaires, Nuutania, l’explosion du parti en 2007 et malgré la sortie de l’ex-gendre demandant au Vieux Lion de passer la main, le Tahoera’a semblait être reparti sur les rails du succès. Municipales, territoriales, législatives, sénatoriales… ne manquait que la victoire à Miss Tahiti.
    Puis vint la décision de justice imposant à Gaston Flosse de laisser le siège présidentiel, de laisser les ors du palais, de laisser faire les autres, ses successeurs, si souvent annoncés comme tels. Mais contrairement à l’Uncle Ben’s, Papa Flosse continue de coller. Malgré ses déclarations laissant entendre qu’il laisserait gouverner Édouard Fritch, il ne supporte pas que celui-ci coupe les ficelles du marionnettiste.
    Les agressions œdipiennes s’accumulent. Fritch ose composer son propre gouvernement. Fritch ose demander de rehausser son indemnité. Fritch ose ouvrir les conseils d’administration à l’opposition. Fritch ose mettre le nez dans le dossier Mahana Beach. Fritch ose dénoncer le Haut conseil, etc. Le leader orange vire au rouge de colère et envoie ses troupes au front pour stopper l’ancien protégé à l’assemblée de la Polynésie française.
    Résultat, le Tahoera’a se morcelle, à nouveau. Ceux qui ne le quittent pas en sont exclus et Édouard Fritch, lundi, a fini par lui aussi avoir sa tête tranchée.
    Gaston Flosse en a-t-il fini pour autant avec la “gangrène” ? Pas nécessairement, si on considère que la gangrène est une des conséquences d’une embolie, d’un ralentissement de l’irrigation sanguine. De ce côté-là, selon l’aveu même de ceux qui sont toujours au Tahoera’a, “on étouffe”.

    Les militants divisés eux aussi

    Les prochaines élections qui concernent le territoire sont encore loin… Normalement. En attendant, ce sont les militants qui perdent un peu leur latin dans l’histoire. Gaston Flosse a sillonné Pirae pendant la première quinzaine du mois d’août. Édouard Fritch le fait pendant la seconde quinzaine. “Dans ces réunions, les mêmes personnes viennent écouter l’un, puis l’autre”, expliquait hier une tenancière de roulotte, orange depuis toujours. “Je suis moi-même allée aux deux réunions. Gaston descend Édouard. Édouard enfonce Gaston. Et je fais quoi au milieu ?”, demande la militante qui, en 2007, n’avait eu aucun mal à suivre Gaston Flosse dans son conflit avec Tong Sang.
    D’autres sont dans le questionnement. Le Taatiraa no te Hau, notamment, avec Charles Fong Loi, représentant dans les rangs orange à l’assemblée, mais qui était toujours en attente des consignes de ses militants sur le sujet. Être ou ne pas être avec Flosse, telle est la question pour ce petit parti en quête de visibilité.
    C’est qu’il est question dès aujourd’hui, pour ces petites formations, de choisir le bon cheval. Au téléphone hier soir, Charles Fong Loi et le Taatiraa no te Hau réaffirmaient leur partenariat avec le Tahoera’a. “Ce qu’il se passe en ce moment, c’est dommage, mais cela ne nous regarde pas”, commentait-il hier. “J’ai même eu des propos qui pouvaient porter à confusion récemment, mais je le répète, je reste partenaire du Tahoera’a, avec Gaston Flosse.”
    La page du conflit interne au parti sera définitivement tournée demain soir lors d’un grand conseil extraordinaire. Mais le conflit entre le Tapura et Tahoera’a ne fait, lui, que commencer. À l’assemblée, la division va se prolonger sur de nombreux textes, sur le budget, sur les lois fiscales. L’éviction de Fritch du Tahoera’a n’est pas la fin de l’histoire. C’est en revanche la fin de leur histoire, celle de deux hommes, rapprochés par la politique, la famille, l’ambition… et éloignés pour les mêmes raisons.

    Bertrand Prévost

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    Edouard Fritch : “Je vais me faire une nouvelle famille politique”

    Tout cela, c’est parce que vous avez refusé d’être la marionnette que Gaston Flosse voulait faire de vous ?
    Je ne sais pas… Il faudrait lui demander. Effectivement, un des reproches qui m’a été fait, c’est de n’avoir pas reconduit l’ensemble de son gouvernement.

    Cela fait 35 ans que vous étiez dans la famille Tahoera’a. C’est difficile pour vous d’être évincé du parti ?
    Sincèrement, je suis soulagé. C’est une longue histoire et mon attachement à ce parti va au-delà de la politique. J’avais de vrais sentiments. Je m’étais beaucoup investi. Je souhaitais que ce soit le président du Tahoera’a qui éclaircisse les choses. Cela a mis beaucoup de temps. Dès le 16 septembre et la présentation de mon gouvernement à l’assemblée de la Polynésie française, une partie de la majorité n’était pas présente.

    Cela a commencé là ?
    Cela a commencé à peine quatre jours après mon élection. Et je ne vous parle pas du problème de mes indemnités et tout un tas d’histoires pour arriver au résultat que nous avons appris hier (avant-hier, NDLR) soir.
    Je remercie le Seigneur. Je suis libéré parce qu’intérieurement, moralement, je ne vous cache pas que cet attachement, je ne voulais pas le rendre parce que j’avais des problèmes avec un monsieur. Depuis un certain temps, ce monsieur se comporte de façon intolérable pour moi.

    Vous avez pourtant été librement attaché à lui pendant toutes ces années…
    Bien sûr. C’est bien pour cela que je me pose toutes ces interrogations. Je le savais déjà que cela allait aboutir à cela. Je m’y suis préparé.

    Hier, vous lui demandiez de vous laisser un délai raisonnable pour préparer votre défense… Cela n’a pas été le cas.
    La première fois, c’était pareil. C’est un problème stratégique pour moi. J’estime qu’il n’avait pas le droit de se comporter ainsi vis-à-vis des élus de l’assemblée. Ce sont des gens élus, des représentants du peuple et ce monsieur fait à sa guise. C’est normal de contester… mais je ne vais pas m’accrocher à cela. Mon projet, il est autre que d’aller récupérer le Tahoera’a.
    C’est fini. Ma vie au Tahoera’a est terminée. Il vient d’y mettre fin, et il faut que je m’organise pour une nouvelle vie. Et je ne suis pas seul. Nous sommes nombreux aujourd’hui à vouloir créer un mouvement et nous battre pour une certaine idée du développement de ce pays, une certaine idée de la gouvernance politique, pour une certaine idée du comportement des uns et des autres.

    “Depuis un certain temps, ce monsieur se comporte de façon intolérable pour moi.”

    Vous allez créer votre parti ?
    Je vais vraisemblablement créer une nouvelle famille politique. Je l’ai en tête depuis un certain temps. Je savais que l’aboutissement serait celui-là. Je ne suis pas seul. Il y a le groupe Tapura qui me défend à l’assemblée. Je suis aussi avec A Ti’a Porinetia mais je pense également qu’un certain nombre d’élus, de maires, soutiennent l’action de ce gouvernement. Cela ne fait pas une majorité à l’assemblée, mais pour faire une nouvelle famille politique, cela peut-être très intéressant.

    C’est pour cela que vous avez commencé à faire des réunions de quartier à Pirae ?
    À Pirae, c’est d’abord une urgence personnelle. Je n’ai pas compris mon éviction de la fédération de Pirae puisque c’est une fédération qui fonctionnait bien. La première de mes réactions est de retourner vers la base pour savoir où cela en est et surtout puiser chez mes sympathisants des idées sur l’avenir. Je ne veux pas décider seul. J’ai besoin d’avoir un soutien dans ma fédération à Pirae. Aujourd’hui, les conseils que je reçois vont dans ce sens… Créons notre famille.

    Allez-vous renvoyer un courrier ?
    Les droits de la défense n’ont cessé d’être bafoués. On ne convoque pas le matin pour le soir. On n’envoie pas un huissier à 10 heures pour une réunion le soir. Il faut être sérieux. On n’est pas dans un pays de dictature…
    J’ai demandé à exercer mes droits de défense parce que j’estime que son comportement est injuste. Ce dont on m’accuse n’est pas fondé et c’est la seule volonté d’un homme qui compte aujourd’hui. J’en suis malheureux.

    Serez-vous présent vendredi (demain, NDLR) au grand conseil du Tahoera’a ?
    Non. Je ne serais pas présent puisque je prends l’avion jeudi soir (aujourd’hui, NDLR) pour être présent au forum polynésien à Auckland, réunion préalable au forum qui doit se tenir à Port-Moresby mardi prochain. Je ne serai pas présent et, de toute façon, cela ne m’intéresse pas.

    Vous êtes aujourd’hui un président élu par un parti qui ne vous soutient plus. Sans parler de majorité à l’assemblée. Est-ce que cela n’est pas dérangeant ?
    Cela me met très mal à l’aise. Depuis le départ, je ne crois pas avoir fait d’erreur stratégique, politique par rapport au programme du Tahoera’a. Je me suis retrouvé sans majorité très rapidement à l’assemblée. Avant d’accepter de présenter la candidature à la présidence, par trois fois j’ai obtenu l’accord de tous les élus. Ils m’ont dit : “Édouard, nous te soutiendrons jusqu’au bout.” Quatre jours plus tard, il se passe le contraire. Ce n’est pas grave, la vie continue, il faut se battre.

    “À l’époque, nous étions devenus des spécialistes du renversement de gouvernements et des moyens à mettre en place pour discréditer quelqu’un.”

    Il y a eu une escalade entre vous et Gaston Flosse. Une pause, une trêve n’étaient-elles pas possibles ? N’était-il pas possible que l’un d’entre vous lâche le morceau ?
    Nous avons eu une longue discussion le 20 février. Nous avons discuté pendant plusieurs heures… J’ai grandi aux côtés de Gaston Flosse en politique. Il nous a toujours appris que l’exécutif, c’est l’exécutif, et le législatif, c’est le législatif. Je ne réponds pas à une attaque en supprimant le Haut conseil. L’aventure du Haut conseil nous a coûté plusieurs recours au tribunal, a divisé l’assemblée. Je ne positionne pas cette affaire, ou d’autres, en réponse à ce que Gaston Flosse nous a fait. J’ai toujours été courtois vis-à-vis de ce monsieur malgré les méthodes qu’il a utilisé contre moi. C’est un passé sur lequel j’aimerais tourner la page.

    Vous ne vous sentez pas dans la peau de Gaston Tong Sang il y a sept ans ?
    (Rires) C’est vrai, j’étais de l’autre côté aussi. Naturellement, aujourd’hui, je connais les méthodes du Tahoera’a. J’arrive à anticiper les événements. À l’époque, au Tahoera’a, nous étions devenus des spécialistes du renversement de gouvernements et des moyens à mettre en place pour discréditer quelqu’un dès lors que la présidence n’était pas Tahoera’a. K

    Propos recueillis par Marie Guitton et Bertrand Prévost

     

    Mathius 2015-09-04 19:56:00
    Si le Christ revenait sur terre le grand conseil du Taoeraa l'exclurait de l'humanité car il ferait de l'ombre à leur gourou Gaston Flosse.
    Si ce parti politique n'est une association sectaire il faut revoir la définition du mot, en fait ce parti politique est entrain de créer de la juriste prudence pour le front national .qu' Il est ridicule et indigne ce bas conseil ilorsqu'il commence leur bassesses morales par une prière.
    Pito 2015-09-03 20:55:00
    Les élus doivent choisir pour l'avenir de notre Fenua, le choix d'Edouard s'impose sans discussion, Flosse lui a choisi la destruction de notre Fenua pour essayer de garder le pouvoir, une page est tournée il faut qu'il le comprenne, le peuple fait confiance à son gouvernement.
    lebororo 2015-09-03 12:01:00
    y' a du vrai...
    mais le peuple aura la possibilité de suivre plus proprement la politique.
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