Le fossé se creuse en Guyane

    jeudi 13 avril 2017

    guyane

    Manifestations pro et anti-blocage se font face en Guyane. (Photo : AFP/Jody Amiet)

    Onze plaintes pour “entrave à la libre circulation” d’un côté, beaucoup de certitudes de l’autre : après trois semaines de mouvement social en Guyane, le fossé semblait difficile à combler hier entre opposants et partisans de la poursuite du blocage.

    Au lendemain d’une première manifestation anti-blocage à Kourou, où une “main courante” avait été déposée en gendarmerie, un cap a été franchi hier à Cayenne. Une centaine de chefs d’entreprises, commerçants et artisans se sont postés devant le commissariat, cette fois-ci pour déposer plainte.

    Financièrement, “on n’a plus le moyen de suivre”, a justifié Ysabel, propriétaire d’une boutique de prêt-à-porter qui vient de mettre “quatre salariés en chômage technique”. Marie, fleuriste qui participait également au rassemblement, a assuré avoir “jeté pour 4 000 euros (près de 500 000 F, NDLR) de fleurs”.

    L’entrave à la circulation étant établie dans une Guyane bloquée depuis trois semaines par de nombreux barrages, la justice doit désormais se positionner sur la réponse à apporter à ces plaintes. “Une enquête est en cours”, a déclaré le procureur de Cayenne Éric Vaillant, sans plus de précisions.

    “C’est une minorité contre une majorité”, a estimé Olivier Goudet, un des porte-parole des “500 frères contre la délinquance”, groupe dont les membres marchent cagoulés et qui a pris beaucoup d’emprise sur le collectif “Pou La Gwiyann dékolé” pilotant le mouvement social depuis trois semaines. Les barrages sont “maintenus jusqu’à nouvel ordre”, a-t-il affirmé.

    Mais “l’objectif n’est pas de pénaliser la population”, a assuré Mikaël Mancée, un autre porte-parole des “500 frères”, sur la radio Péyi, très populaire depuis le début du conflit. “On passe à une autre phase du combat”, a-t-il aussi promis, évoquant l’annonce “dès demain” d’une “évolution du mouvement”.

     

    Barrages filtrants

     

    La Guyane est agitée depuis trois semaines par un important mouvement social, sur fond de revendications sécuritaires économiques et sociales. Alors que le gouvernement a validé la semaine dernière un plan d’urgence de plus d’un milliard d’euros pour ce territoire, “Pou La Gwiyann dékolé” réclame 2,1 milliards supplémentaires.

    Les appels officiels à lever les barrages se sont multipliés, dont celui de François Hollande, qui a fait valoir que “l’économie guyanaise ne doit pas être fragilisée plus longtemps”. “On ne peut pas multiplier les annonces, les promesses” intenables, à onze jours du premier tour de l’élection présidentielle, a encore insisté le chef de l’État lundi.

    Les barrages ne laissent plus passer les voitures depuis dimanche dernier minuit, hors véhicules d’urgence ou production par les conducteurs d’un document démontrant l’urgence de leur voyage (rendez-vous médical, billet d’avion).

    Devant les critiques de la population, les piétons, les vélos et les scooters peuvent toutefois passer.

    “Il n’est pas tolérable de se voir refuser le droit de circuler librement sur le territoire”, selon les signataires d’une pétition en ligne qui avait recueilli hier plus de 2 800 paraphes. Plus de 4 300 internautes font aussi partie d’un groupe Facebook “Stop aux barrages en Guyane”.

    Mais une autre pétition, intitulée “Pour le maintien des barrages en Guyane”, mise en ligne mardi, a recueilli en quelques heures plus de 4 500 signatures.   

    AFP

     

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