Fourmi de feu – Le chantier de Mahaena placé sous haute surveillance

    samedi 16 avril 2016

    Le chantier de rectification du virage de Mahaena, au PK 31, pourrait démarrer prochainement.  Des traitements contre
    la petite fourmi de feu ont été effectués, mais le site reste sous haute surveillance. Un nouveau produit fabriqué localement
    à base de Fipronil semble stopper la progression du minuscule envahisseur.  En novembre dernier, alors que devait débuter le chantier de rectification du virage de la pointe Anapu, au PK 31, à Mahaena, le syndicat Haamaita’i ia Mahaena a tiré la sonnette d’alarme en raison de la présence de la petite fourmi de feu partout sur la colline. Personne ne pouvait ignorer la situation ; les géomètres qui ont procédé au bornage de l’emprise du chantier sont revenus piqués des pieds à la tête.

    Les 100 000 m3 de terre qui devaient être évacués vers une vallée de Hitia’a auraient contaminé le site d’accueil.
    Devant cette levée de bouclier, et pour enfin respecter la réglementation, le projet a été momentanément suspendu afin de mettre en place des traitements contre le minuscule insecte, aujourd’hui omniprésent à Tahiti. Quinze jours après les premiers épandages, les contrôles s’annoncent favorables pour la reprise des travaux. L’autorité de l’environnement devrait donner son feu vert dans les jours à venir. Mais telle la centrale nucléaire de Fukushima, ce juteux chantier de plus de 200 millions de francs est désormais sous haute surveillance.

    Rien ne sortira sans feu vert

    Contacté il y a quelques jours, lorsque la drague s’est remise en route, au pied de la colline, l’entrepreneur en charge des terrassements s’est tout de suite voulu rassurant : “Nous ne reprendrons pas tout de suite. La terre qui a été déplacée restera sur place pour l’instant, nous sommes en train de préparer le terrain pour réaliser un débourbeur en béton, afin que les camions soient traités avant d’évacuer la terre. Une opération de traitement a commencé depuis deux semaines. Et rien ne sortira tant que nous n’aurons pas une attestation de la direction de l’environnement (Diren). La société Fenua-insectes interviendra durant toute la durée des travaux qui sont d’environ six mois. Et à Hitia’a, il y aura également un traitement sur place.”

    Sur ce terrain escarpé, impossible de suivre les équipes de Fenua-insectes qui sont parfois obligées d’intervenir en rappel.
    En tenue complète fermée, les hommes de Jean-Luc Gérard n’ont pu éviter les assauts des redoutables fourmis piqueuses. “La situation est grave, mais pas désespérer”, reconnaît le responsable technique qui n’est pas peu fier de prétendre d’avoir une arme secrète.

    L’entreprise, spécialisée dans les traitements contre les insectes, vient de mettre au point un nouveau produit, le Mitsy. Ne cherchez pas la signification de cette appellation, il s’agit du nom du chat de Jean-Luc Gérard. Piqué par la petite fourmi de feu à en devenir aveugle, l’animal s’est fait écraser.
    Le responsable technique a promis qu’il se vengerait. Commercialisé depuis peu par la société Poly-insectes (dans les magasins Ace et au Supermarché de Mahina), le Mitsy n’a rien de révolutionnaire puisqu’il utilise comme matière active le Fipronil.
    L’insecticide de contact sous forme liquide est craint des apiculteurs, mais l’idée, ici, est d’avoir associé la molécule à un appât solide, sous forme de granulés aussi petits que des grains de sel fin.

    Si la recette reste secrète, le traitement est, lui, fabriqué entièrement et conditionné sous vide dans un laboratoire à Mahina.
    Fenua-insectes n’a pas encore beaucoup de recul sur l’efficacité à longtemps terme du produit, mais des traitements sur des chantiers et chez des particuliers semblent prometteurs dans l’immédiat.
    Car, contrairement à d’autres molécules qui se désintègrent sous la pluie, le Mitsy résiste le temps qu’il faut pour que les fourmis ouvrières ramènent les appâts au nid. L’objectif est bien de tuer les reines.

    La rémanence (durée active de la molécule), qui serait de deux mois et demi, pourrait être son point faible. Les détracteurs du Fipronil semblent aussi à court de solutions miracles et plus naturelles. Autorisée en Polynésie, la molécule, utilisée à faible dose (5 mg/100kg), est à utiliser avec parcimonie. À Tahiti, les spécialistes de la petite fourmi de feu préfèreraient un traitement non chimique, mais il n’en existe pas encore. La bouillie hawaiienne, les boulettes d’acide borique et les autres molécules n’ont pas non plus que des avantages. Aussi, il est préconisé d’alterner les types de traitements afin que l’envahisseur ne finissent pas par fabriquer des résistances. La situation est assez dramatique comme ça.

    J.-L.M.

    Lire plus d’informations et notamment les interviews d’Eric Loève de l’association Fenua Animalia et Guillaume Genty, directeur de Fenua Insectes dans La Dépêche de Tahiti ou en vous abonnant au feuilletage numérique

    Près du but en 2009, tout est à refaire aujourd’hui !

    Plus de dix ans après la découverte des premières colonies, quelle est la situation aujourd’hui sur le terrain ?
    Le militant de la première heure contre la petite fourmi de feu imagine le pire.
    “Quand nous avons commencé à nous battre en 2004-2005, le nombre de colonies connues tournait autour d’une vingtaine sur l’île de Tahiti. Il y a eu ensuite les trente-six milles “taui” qui ont fait changer, tous les six mois à un an, de gouvernement, donc de politique générale. Malgré cela, j’ai mis toute mon énergie, pour qu’à travers cette tempête politique, l’action reste continue contre cet envahisseur qui, lui, ne fait pas de politique.

    Ça a marché jusqu’en 2009, année où nous avons fait la plus grande opération de recensement et de traitement. Nous avions référencé toutes les zones d’infestation de l’île, sur une bande de
    200 mètres de large, depuis la route de ceinture et côté montagne, et dans les vallées. Mais en 2009, lorsque Gaston Tong Sang est arrivé à la présidence, les budgets ont été coupés. Nous avons pu poursuivre jusqu’en 2010 avec les queues de budgets pour essayer de faire les derniers traitements, et d’aller le plus loin possible. À cette époque, par rapport à ce que montraient nos résultats, nous avions éliminé 90 % des colonies. Nous avions presque fini. Depuis… Rien ! Il y a eu d’autres taui, mais aucun de ceux qui sont venus derrière n’a repris le flambeau.”

    Démoralisé par l’absence de volonté politique, Éric Loève ne cache pas qu’il a physiquement craqué. Ces quatre années de lutte l’avait épuisé à s’en écrouler. Et comme il ne s’est rien passé depuis six ans sur le terrain, pour lui, il faudrait tout reprendre à zéro pour réév
    aluer la situation. Serions-nous revenus à la case départ ? L’homme est plus pessimiste : “Je pense que c’est pire ! Nous, nous les avions éliminés à 90 %, donc il y a des zones que nous avions nettoyées à l’époque qui sont sans doute toujours indemnes aujourd’hui. Par contre, dans les endroits où il devait en rester 1 % ou 2 %, les fourmis, contrairement à des déchets amorphes, se sont reproduites.

    Aujourd’hui, ce sont certainement de grandes colonies. De plus, quand la pollution a repris, les gens ont recommencé à patauger dedans et transporter du matériel contaminé ici et là. Si en 2009, au moment du pic, le nombre de colonies connues était de plus d’une centaine, avec la dissémination, je ne serais pas étonné qu’il y en ait le double aujourd’hui.

    Et à l’époque, il n’y en avait pas à Raiatea, à Moorea, à Tubuai, alors qu’il y en a aujourd’hui. Il faut donc recommencer la cartographie à zéro, et malheureusement aujourd’hui, pas que sur Tahiti. Or, pour faire ça, il faut un budget et une volonté politique.”
    Reste-il un espoir ? Éric Loève se veut là encore pragmatique : “Attendu que le nombre de colonies a dû doublé et que les surfaces contaminées ont dû être multipliées par dix, la volonté politique qui permettra de régler le problème ne devra pas s’exprimer sur six mois ou un an, mais sur une dizaine d’années.”

    franky 2016-04-18 04:27:00
    https://www.facebook.com/enntymedia/videos/1714080375499534/?pnref=story
    TeMea 2016-04-17 10:52:00
    Bien sûr la carte d'illustration n'est pas du tout à jour, on retrouve cette bebette à Papara, et elle s'enfonce de plus en plus loin dans la vallée de Papenoo, là c'est grave..
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