Français ou Belges, la légion étrangère jihadiste de l’EI

    mardi 17 novembre 2015

    Français ou Belges, ils sont au moins un millier de francophones dans les rangs du groupe État islamique, en Syrie ou en Irak, à combattre ceux qu’ils nomment « les infidèles » et à monter des opérations en Europe, comme celle qui a fait 129 morts vendredi à Paris.

    Les groupes de combat (« katibas ») sont commandés par des cadres intermédiaires français, belges ou originaires du Maghreb, qui sont dotés d’une certaine autonomie, surtout pour organiser des attentats dans leurs pays d’origine, assurent des experts.

    « Il faut le répéter » dit à l’AFP Romain Caillet, chercheur et consultant sur les questions islamistes, « aucun Français n’a de hautes responsabilités au sein de l’EI : ils n’ont sans doute pas les compétences nécessaires pour monter dans la hiérarchie, et l’EI craint les infiltrations ».

    « En revanche certains Français sont de petits cadres, voire des cadres moyens. Il doit y en avoir cinq, chargés de katibas ou de camps d’entraînement. Plus certains cadres religieux, des imams, donc qui n’ont pas une influence très importante », ajoute-t-il.

    A plusieurs reprises, l’EI a revendiqué, en Irak, des attaques à la voiture ou au camion piégé montées par des candidats au martyr français ou belges, le plus souvent contre des positions de l’armée irakienne ou de ses milices auxiliaires.  

    Les autorités françaises estiment à environ 600 le nombre de ressortissants français en « terre de jihad » (au moins 142 y ont trouvé la mort, 250 en sont revenus) alors que Bruxelles estime à environ 300 le nombre de Belges actuellement sur place (environ 80 ont péri).

    L’un d’eux,  Abdelhamid Abaaoud, dit Abou Omar al-Baljiki (« le Belge »), est soupçonné d’être l’instigateur des attentats du 13 novembre. Il a eu cet hiver les honneurs de Dabiq, le magazine de propagande de l’EI en anglais : sur quatre pages, il se vante d’être parvenu à se rendre en Belgique pour y monter une opération qui a avorté après un raid de la police belge, puis à rentrer en Syrie sans être repéré.

    – ‘initiatives locales’ -« Il y a toujours eu, et cela remonte aux camps d’entraînement d’Al-Qaïda en Afghanistan, des rassemblements par nationalités, pour que les gars se comprennent et pour éviter les tensions » assure Yves Trotignon, ancien analyste du service contre-terrorisme de la DGSE. « Mais on peut dire qu’il y a désormais un jihad français : les attentats du 13 novembre sont la rencontre du jihadisme français, qui a une longue histoire remontant à plus de vingt ans, et du jihadisme global de l’EI ».

    Le groupe État islamique est « une organisation constituée, avec une chaîne opérationnelle, un commandement, mais il laisse la place à des initiatives locales », ajoute-t-il. « C’est la rencontre entre la volonté de l’organisation-mère de faire quelque chose et des réseaux locaux, qui s’appuient sur leurs propres réseaux et initiatives locales ».

    C’est un vétéran des milieux jihadistes français, Fabien Clain, qui a enregistré, dans un français exalté émaillé de références coraniques, le texte de revendication des attaques qui ont ensanglanté Paris vendredi soir. Radicalisé au début des années 2000, il a fait plusieurs années de prison en France avant de rejoindre les rangs de l’EI en Syrie.

    Pour ce genre d’action menée à l’étranger, le réseau ne fonctionne pas comme une organisation constituée « mais plutôt comme une agrégation de particules, constamment en mouvement », ajoute Yves Trotignon. « Il y a un leader, et des gens qui s’y associent au coup par coup. Ensuite l’organisation arrive derrière et endosse le tout si ça a marché ».

    Pour le recrutement, les filières francophones fonctionnent largement, comme les autres, grâce aux connections personnelles, familiales et à internet.

    « Une fois que les premiers volontaires français se sont établis dans le pays, probablement à partir du début de 2013, ils se sont organisés grâce aux réseaux sociaux pour faire venir de France ceux qui étaient intéressés », écrit le cercle de réflexion américain Jamestown dans un rapport intitulé « La légion étrangère jihadiste française en Syrie ».

    Il cite en exemple la petite ville de Lunel, dans le Sud de la France, où une trentaine de personnes sont parties pour la Syrie, sur une population de 25.000 âmes.  

     Agence France-Presse

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