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Si la France sort de l’Europe : le fenua touché par ricochet

jeudi 20 avril 2017

Si la France sortait de l’Union européenne, qu’adviendrait-il des accords préférentiels de douane de la Polynésie française avec le marché unique ? Les prix des produits fabriqués dans l’Hexagone, et importés au fenua, pourraient par ailleurs augmenter. (© archives LDT)

Si la France sortait de l’Union européenne, qu’adviendrait-il des accords préférentiels de douane de la Polynésie française avec le marché unique ? Les prix des produits fabriqués dans l’Hexagone, et importés au fenua, pourraient par ailleurs augmenter. (© archives LDT)

“Vous pensez vraiment que la France va sortir de l’Europe ?” Au fenua, peu de responsables y croient. Pourtant, la menace est aujourd’hui brandie par plusieurs candidats à l’élection présidentielle, notamment Marine Le Pen, la favorite des sondages. Et personne n’avait non plus parié sur le Brexit, la sortie du Royaume-Uni, finalement décidée en juin dernier par référendum populaire. La Dépêche de Tahiti s’est donc interrogée sur les conséquences possibles d’une telle décision en Polynésie française. Voyages, études, importations, aides au développement… Le sujet n’aurait “jamais” été abordé par les autorités du Pays. “Ça aurait des conséquences globales pour l’ensemble de la France et, par ricochet, il y en aurait en Polynésie”, confirment toutefois plusieurs observateurs. Les programmes protectionnistes et souverainistes des partisans du “Frexit” en donnent une première idée. “Mais c’est une pure hypothèse d’école. Un saut dans l’inconnu”, soulignent-ils prudemment. Au Royaume-Uni, trouver un accord exhaustif sur la future relation avec l’Union européenne pourrait prendre dix ans. 

 

Marie Guitton

 

Des produits français plus chers, une réorientation de l’import-export

Sortir de l’Union européenne c’est, en principe aussi, sortir de son immense marché unique. “Ça remettrait en cause un certain nombre d’accords d’échange”, explique tout du moins l’économiste Florent Venayre. Il est trop tôt pour savoir à quel point les frontières se refermeraient. “Tout serait à renégocier, indique-t-il. Mais c’est vrai que tous ceux qui sont plutôt favorables à une sortie sont superprotectionnistes. Évidemment, la conséquence, c’est une hausse des coûts, un ralentissement de l’économie.”

En Polynésie, pour soutenir la production locale – de sodas ou yaourts par exemple –, les produits importés sont déjà taxés à la frontière. Mais si l’Hexagone décidait, lui aussi, de produire localement certains biens au lieu de les faire venir de l’étranger, les Français devraient les payer plus cher. “Et nous importerions plus cher nos produits français”, conclut Florent Venayre.

“Or, c’est déjà assez cher comme ça. Donc il faudrait qu’on trouve un moyen de faire venir des produits d’ailleurs”, observe Manu Terai, responsable des affaires internationales au gouvernement de la Polynésie. Il estime qu’une sortie de l’Union européenne pourrait faciliter l’intégration de la Polynésie au sein du Forum des îles du Pacifique (lire l’encadré ci-contre). “Un élément qui pourrait déclencher le commerce entre nos pays, souffle-t-il. Donc on est dans le possible. Mais il faut quand même reconnaître que la majorité des Tahitiens ont l’habitude de manger des produits français.”

Quant aux échanges avec le marché européen, un responsable des douanes estime qu’une sortie de la France n’impliquerait pas forcément l’abrogation des accords préférentiels d’échange qui lient l’Union européenne et les Pays et territoires d’outre-mer (PTOM). Mais les collaborateurs du gouvernement ne partagent pas cet avis.

Du côté des exportations vers l’Europe, la Polynésie serait bien moins touchée que l’Hexagone par une sortie du marché unique, vu la faiblesse de ses exportations. Mais certaines entreprises locales pourraient subir la remise en cause de leurs partenariats commerciaux. Le président du Medef, Olivier Kressmann, rappelle que la Polynésie a intégré en 2015 l’“Enterprise Europe Network”, censé justement faciliter l’accès des petites et moyennes entreprises du fenua au marché européen.

 

Quel pouvoir d’achat, quelle compétitivité en cas de changement de monnaie ?

Une sortie de l’Union européenne n’impliquerait pas forcément une sortie de l’euro. Tout dépendrait des négociations. “Mais a priori, ceux qui sont pour la sortie de l’Europe prônent aussi la souveraineté monétaire”, observe l’économiste Florent Venayre.

Alors, si la France repassait au franc français, que cela changerait-il pour la Polynésie, dont le franc Pacifique serait – sans doute – à parité fixe avec la nouvelle monnaie ?

Tout dépendrait de la valeur du franc par rapport aux autres devises : l’euro, le dollar, le yuan… “Quand la France était au franc, elle avait une politique de franc fort. Ce qui serait grave pour la Polynésie, c’est si ça se dégradait dans le temps”, indique l’économiste.

En cas de dévaluation, les entreprises polynésiennes, avec leurs maigres exportations, ne tireraient pas d’avantages faramineux à être plus concurrentielles. En revanche, les Polynésiens devraient débourser plus d’argent qu’aujourd’hui pour s’acheter des produits américains par exemple. Ils perdraient également en pouvoir d’achat dans les pays étrangers, lors de leurs voyages.

Seul point positif relevé dans ce cas de figure : les touristes étrangers pourraient, eux, se faire plus plaisir lors de leurs prochaines vacances au fenua.

 

Retrouvez l’intégralité de notre dossier dans notre édition du jour ou au feuilletage numérique avec :

• Assainissement, tourisme, pêche… ces bien utiles aides européennes

• Le tourisme handicapé ?

• Des diplômes moins bien reconnus

• L’intégration régionale facilitée

 

 

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