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François Asselineau : “Le ‘Frexit’ permettra de réaliser des économies considérables”

jeudi 13 avril 2017

François Asselineau

François Asselineau, candidat de l’Union populaire républicaine. (© DR)


Dans le cadre de l’élection présidentielle, La Dépêche de Tahiti a fait parvenir un questionnaire à chacun des candidats déclarés, dès le lendemain de la validation de leurs candidatures par le conseil d’État. Onze candidats, dix questions. À chaque candidat qui aura pris le temps de répondre, deux pages seront ouvertes pour exposer leur programme. À défaut, une page leur sera consacrée sur la base de leur programme pour l’outre-mer. Aujourd’hui, c’est François Asselineau, pour l’Union populaire républicaine, qui y répond.

Le mandat présidentiel s’achève sur des promesses de François Hollande d’un Accord de Papeete qui base de nouvelles relations entre l’État et la Polynésie française. Fixation de la nouvelle dotation globale d’autonomie, reconnaissance du fait nucléaire, appui financier au service d’oncologie de l’hôpital de Taaone, mesure de simplification des procédures d’indemnisation pour les victimes des essais et d’autres mesures. Cet accord devra être signé par le futur président. Les signerez-vous en l’état ? Que souhaiteriez-vous y apporter ?

Je souhaite que la relation entre l’État et la Polynésie repose sur la confiance, le respect mutuel et la solidarité. Le nouvel accord va dans le bon sens, mais la question qui se pose est celle de sa réalisation con­crète.

En effet, la Polynésie, comme les autres territoires d’outre-mer, tous statuts confondus, souffre d’une implication insuffisante de l’État.

Je rappelle que la crise en Guyane est venue en partie de promesses non tenues par l’État, notamment en matière d’investissements.

Il faut comprendre que les moyens de l’État sont directement affaiblis par les politiques d’austérité imposées par l’appartenance de la France à l’Union européenne et à l’euro.

Le “Frexit”, c’est-à-dire la sortie unilatérale de l’Union européenne et de l’euro, que je suis le seul candidat à proposer de mettre en œuvre, permettra à la France de retrouver des marges budgétaires significatives.

Le “Frexit” permettra de réaliser des économies considérables, par exemple en arrêtant de contribuer au budget européen ou en allégeant les normes imposées par les règles européennes, et de conduire une puissante politique de stimulation économique, engendrant un surcroît de recettes fiscales.

À titre d’exemple, la France est contributrice nette, chaque année, d’environ 9 milliards d’euros au budget européen. Cela signifie que la République donne chaque année des sommes considérables à la Bulgarie, à la Roumanie, à la Lituanie ou encore à la Slovénie par l’intermédiaire de l’Union européenne.

Je n’ai rien contre ces pays, bien entendu, mais je préfère que ces sommes soient orientées vers nos outre-mer qui en ont besoin.
A contrario, tous les autres candidats à l’élection présidentielle promettent de “renégocier les traités européens”, ce qui est impossible compte tenu du fait que l’Union européenne est un attelage baroque entre 28 États membres dont les intérêts, constamment divergents, sont impossibles à satisfaire en même temps.

Il en résulte que les autres candidats n’auront pas d’autre choix que d’appliquer les potions amères dictées par la Commission européenne et la Banque centrale européenne, ce qui se répercutera inévitablement, tôt ou tard, sur les moyens, déjà anémiés, de l’État, en particulier à destination des outre-mer.

Je suis le seul candidat qui affirme qu’il y a une vie en dehors de l’Union européenne. Ce que les Polynésiens savent d’ailleurs parfaitement bien, puisque la Polynésie française n’est ni dans l’euro, ni dans l’Union européenne.

 

Les conflits sociaux en Guyane sont le symbole de collectivités d’outre-mer toujours pas mis sur un pied d’égalité avec l’Hexagone. Quelles sont les mesures fortes que vous souhaitez impulser dans les départements et territoires d’outre-mer ?

Permettez-moi, tout d’abord, de dire mon attachement aux outre-mer français dans lesquels je me suis rendu à de nombreuses reprises. Ces territoires sont l’une des plus belles spécificités françaises, dotés de richesses naturelles incomparables.

Hérités de l’histoire, ils sont le symbole d’une France à la fois universelle et diverse. Il est vrai que les outre-mer ne sont pas traités sur un pied d’égalité avec la métropole. Les européistes ne s’y intéressent, en réalité, que lorsque des situations de crise y surviennent et dégénèrent.

Ils n’ont pas de vision pour les outre-mer et, loin de vouloir y consacrer réellement des moyens, caressent le rêve secret de laisser tomber ces territoires.

Pour ce qui me concerne, mon projet comporte un volet très ambitieux de développement pour nos outre-mer, qui doivent devenir des pôles de référence dans leurs régions respectives, sur leurs spécialisations économiques, en matière d’apprentissage et de formation, et en matière de protection de l’environnement et de mise en valeur des richesses naturelles.

Je compte également renforcer les liens avec la métropole, avec le développement des dessertes aériennes et d’un vaste réseau d’échanges scolaires, et avec la création d’un compte individuel de continuité territoriale financé par l’État pour se rendre en métropole.

Nous poursuivrons aussi l’objectif d’une égalité de traitement dans les salaires et de la péréquation pour la téléphonie, Internet et l’énergie. Nous assurerons aussi la défense et la promotion des emplois locaux en favorisant l’embauche de la main-d’œuvre locale, et en endiguant la concurrence de la main-d’œuvre détachée ou issue de pays voisins, dont les charges sont moins importantes.

 

Le tourisme en Polynésie française est une des principales forces économiques. Quelles mesures pourriez-vous prendre pour accentuer l’aide à son développement ?
L’État doit assurer des tarifs plus abordables pour les billets d’avion. Cela encouragera le tourisme et permettra de désenclaver certaines populations et îles. Les aides à l’établissement de l’industrie hôtelière seront orientées vers le tourisme rural et écologique, en plein développement, et le respect des modes de vie, des territoires et de l’environnement.

Même si la Polynésie est un véritable joyau naturel et, en termes de biodiversité, son développement ne peut reposer uniquement sur le tourisme. Il faut développer la permaculture et l’agriculture familiale, très adaptée aux petites exploitations insulaires, en la protégeant par les appellations d’origine contrôlée et en visant l’autosuffisance.

Une meilleure exploitation des ressources de la mer ainsi que le renforcement de notre présence militaire dans la “zone économique exclusive” engendreront des créations d’emploi.

 

Les blessures du nucléaire peinent à se refermer et la loi Morin n’a pas joué le jeu des indemnisations. Serez-vous vigilants à ce que les indemnisations des victimes et de leurs ayants droit se fassent désormais dans la transparence ?

Je veillerai non seulement à la transparence mais à une plus grande rapidité du processus d’indemnisation. La République a mis trop longtemps à reconnaître les effets des essais nucléaires sur les populations et l’environnement.

L’Assemblée nationale a voté à l’unanimité en février une loi retirant la notion de “risque négligeable” lié au nucléaire qui avait bloqué de nombreuses indemnisations. Je salue cette avancée.

 

L’isolement est un des maux de la vie insulaire. Une continuité territoriale a été mise en place, mais n’a jamais trouvé son rythme. Détournée de son but dans un premier temps, elle a été resserrée pour ne bénéficier qu’à des ménages qui ne peuvent de toute façon pas en profiter, faute de moyens. Pensez-vous changer le système et en quoi ?

La continuité territoriale ne peut être uniquement un principe, mais doit s’appliquer concrètement. J’ai déjà évoqué l’aide en matière de billets d’avion.

Les aides à la continuité territoriale doivent être revalorisées pour les ménages modestes. L’État doit également prendre en charge les transports pour les étudiants afin d’encourager la mobilité et les échanges universitaires, dans les deux sens, entre la métropole et les collectivités d’outre-mer.

Tout cela à un coût, qui sera financé à hauteur de 500 millions à 1 milliard d’euros (de 60 à 120 milliards de francs environ) par an sur les fonds actuellement versés à Bruxelles, que nous récupérerons en sortant de l’Union européenne.

 

À cause du statut d’autonomie polynésien qui confère la compétence fiscale au Pays, le nouveau régime de défiscalisation métropolitain basé sur le crédit d’impôt ne peut s’appliquer ici. L’ancien système a été prolongé de quelques années, mais rien n’assure sa pérennité. Souhaitez-vous engager sa poursuite ou mènerez-vous une réflexion pour mettre en place un nouveau système spécifique ?
Je ne souhaite pas revenir sur le statut d’au­tonomie de la Polynésie française qui s’applique en termes de fiscalité. Cependant, il faudra conduire à nouveau une réflexion sur les meilleurs moyens d’orienter des flux d’investissement vers les outre-mer, dont la Polynésie française. Les systèmes de défiscalisation peuvent être un moyen, mais d’autres peuvent exister.

 

Le Tahoera’a propose une modification statutaire qui transformerait la Polynésie en Pays associé à la République. Y êtes-vous favorable ?

Le statut de la Polynésie française est une question sensible, qui nécessite de prendre en compte le souhait des populations, les intérêts de la France et son intégrité territoriale, et qui doit être gérée avec pragmatisme afin de trouver les solutions les plus adaptées.

La Polynésie jouit actuellement d’une large autonomie qui semble satisfaire la population et qui garantit une administration globalement efficace. Je ne suis pas fermé à l’évolution du statut, à condition qu’elle soit portée par la majorité de la population, mais je crois qu’il faut se garder des solutions hâtives en assurant le respect des intérêts de chacun.

 

Les addictions (alcool, drogue, sucre, tabac) pèsent lourd sur la facture santé des Polynésiens. Comment comptez-vous aider le Pays à venir à bout de ses problèmes, vecteurs par la suite de troubles sociaux ?

Ce sont des problèmes complexes qui n’ont pas de solution miracle. Cependant, j’identifie trois pistes prioritaires pour lutter contre les addictions et les troubles sociaux.

Premièrement, il faut investir dans le système de santé, à l’image de ce que je propose pour la métropole.

Deuxièmement, il faut favoriser le développement économique et l’intégration des jeunes, afin d’offrir aux populations des alternatives attractives.

Enfin, il faut lutter contre l’isolement en assurant une réelle continuité territoriale. La métropole peut et doit agir sur ces trois axes et doit en faire une priorité dans sa relation avec la Polynésie française.

 

Un accord pour l’étude de faisabilité d’îles flottantes en Polynésie a été signé en janvier entre le Seasteading Institute et le gouvernement polynésien. Ce projet pose la question de l’impact écologique et mais aussi sociologique (la population polynésienne est très attachée à sa terre et ses lagons). Quelle est votre position par rapport à ce type de projet ?

Ce type de projet peut dynamiser la recherche, notamment en termes d’autonomie énergétique, et créer un pôle d’attractivité. Il peut offrir des solutions dont il serait dommage de se priver.

Cependant, un projet géant ne peut se faire que si son impact écologique est nul et après concertation avec la population.

Les îles flottantes peuvent intéresser des chercheurs, des bureaux et quelques habitants, mais il est illusoire de croire que l’on va y transférer la population polynésienne, qui reste attachée aux îles et aux lagons sur lesquels elle vit depuis des siècles.

Il faut privilégier des solutions à la montée du niveau de la mer qui permettent de préserver un mode de vie traditionnel.

 

Comment l’État va-t-il poursuivre l’exercice de ses compétences régaliennes en Polynésie française ? Maintien de l’armée, relations internationales, protection de sa ZEE ? De plus, êtes-vous favorable au processus de réinscription sur la liste des Pays à décoloniser lancée à l’ONU sur demande du parti indépendantiste ?

L’article 5 de la Constitution dispose que le président de la République est le garant de l’intégrité du territoire. Je veillerai au respect de cet article essentiel, que les autres candidats à l’élection présidentielle semblent avoir oublié.

La Polynésie française est pleinement attachée à la République, qui doit assurer la protection de sa population, de son patrimoine et la valorisation de son potentiel économique.

La Polynésie française est dotée d’une large autonomie administrative à laquelle sont attachés les électeurs polynésiens qui refusent le projet des indépendantistes. La République doit respecter le choix des populations et réaffirmer ses liens forts avec l’outre-mer.

La ZEE française, deuxième au monde, est un atout majeur et le sera d’autant plus dans le monde de demain, avec le développement de l’“économie bleue”.

Pour la protéger, il faut renforcer la présence militaire française. Cela sera rendu possible par le nouveau budget de la Défense, que je veux porter à 3 % du PIB en cinq ans, comme cela était le cas avant 1981.

En outre, en sortant de l’Otan, je réaffirmerai la volonté de la France de conduire une politique de défense et une diplomatie indépendante de toute puissance et strictement tournées vers la protection de nos intérêts, notamment maritimes, et vers le respect du droit international. Les Polynésiens peuvent compter sur moi pour que l’État assure leur sécurité et la justice sociale.

Propos recueillis par Bertrand Prévost

 

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