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François Fillon : “Je souhaite que l’État reprenne toute sa place en outre-mer »

jeudi 20 avril 2017

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François Fillon, candidat des Républicains. (© DR)


Dans le cadre de l’élection présidentielle, La Dépêche de Tahiti a fait parvenir un questionnaire à chacun des candidats déclarés dès le lendemain de la validation de leurs candidatures par le Conseil d’État. Onze candidats, dix questions. À chaque candidat qui aura pris le temps de répondre, deux pages seront ouvertes pour exposer son programme. Malheureusement, à deux jours du scrutin, et malgré plusieurs relances, ni Benoît Hamon ni Jean Lassalle n’ont répondu. Aujourd’hui, le dernier candidat que nous diffusons est François Fillon pour Les Républicains.

Le mandat présidentiel s’achève sur des promesses de François Hollande d’un Accord de Papeete qui pose les bases de nouvelles relations entre l’État et la Polynésie française (fixation de la nouvelle dotation globale d’autonomie, reconnaissance du fait nucléaire, appui financier au service d’oncologie de l’hôpital de Taaone, simplification des procédures d’indemnisation pour les victimes des essais…). Cet accord devra être signé par le futur président. Le signerez-vous en l’état ? Que souhaiteriez-vous y apporter ?

François Hollande avait beaucoup promis pour les outre-mer, mais il faut faire le constat objectif que les réalisations sont limitées ou bien tardives. C’est ce qui explique l’explosion sociale en Guyane et cela témoigne d’un manque cruel de suivi dans l’action des gouvernements depuis 2012.

L’Accord dit de Papeete arrive trop tardivement, mais il correspond effectivement dans ses grandes lignes aux attentes des Polynésiens. Je veux saluer le travail du président du gouvernement, Édouard Fritch, et de son équipe au service du Pays. J’ai rencontré Édouard Fritch à Paris au mois de février et le Tapura Huiraatira soutient ma candidature à l’élection présidentielle. Nous partageons la même vision et les mêmes objectifs pour la France et pour la Polynésie française. Mon programme, logiquement, en découle.

Dès l’élection acquise, je veillerai à ce que les attentes des Polynésiens ne soient pas déçues, notamment pour ce qui est ma priorité : le développement économique et la création d’emplois.

 

Les conflits sociaux en Guyane sont le symbole de collectivités d’outre-mer toujours pas sur un pied d’égalité avec l’Hexagone. Quelles sont les mesures fortes que vous souhaitez impulser dans les départements et territoires d’outre-mer ?

Le mandat de François Hollande s’achève dans la confusion, avec une immense déception. Disons-le clairement : l’État a démissionné en outre-mer, avec pour conséquence une explosion de l’insécurité et de la délinquance. Sur les cinq départements les plus violents de France, trois sont en outre-mer.

La Polynésie n’est plus épargnée. Ensuite, l’État n’a pas agi ou pas suffisamment vite pour les outre-mer. Il n’y a qu’à voir les discussions sans fin autour du pacte d’avenir en Guyane, la départementalisation en panne à Mayotte, le processus institutionnel calédonien à l’arrêt, l’Accord de Papeete inachevé…

Enfin, même s’il faut constater une légère amélioration depuis quelques mois, le chômage, notamment des jeunes, reste à des niveaux insoutenables. Moi, je propose un objectif fort : je veux que dans dix ans, la France soit la première puissance européenne. Mais la France ne sera grande que si les outre-mer s’épanouissent pleinement dans la République.

C’est pourquoi je souhaite que l’État reprenne en outre-mer sa place, toute sa place, mais rien que sa place : garant de la sécurité et de la solidarité nationale, facilitateur des projets, accompagnateur du développement économique, garant des libertés locales et, pour la Polynésie, de son autonomie. Au fond, mon programme pour la France – autorité et liberté – est parfaitement en phase avec les attentes des Polynésiens.

 

Les blessures du nucléaire peinent à se refermer et la loi Morin n’a pas joué le jeu des indemnisations. Serez-vous vigilant à ce que les indemnisations des victimes et de leurs ayants droit se fassent désormais dans la transparence ?

C’est mon gouvernement qui a fait voter la loi Morin en 2010 : c’était une première étape attendue depuis de nombreuses années, ouvrant enfin la voie à une indemnisation des victimes des essais nucléaires. Sa mise en œuvre a été dévoyée, créant un sentiment d’injustice bien compréhensible.

La correction apportée au texte de la loi Morin grâce à l’amendement de la sénatrice Lana Tetuanui, défendu à l’Assemblée nationale par Maina Sage, est une avancée importante que je salue, obtenue il faut le souligner malgré les tentatives indignes du gouvernement de s’y opposer.

 

L’isolement est un des maux de la vie insulaire. Une continuité territoriale a été mise en place mais n’a jamais trouvé son rythme. Détournée de son but dans un premier temps, elle a été resserrée pour ne bénéficier qu’à des ménages qui ne peuvent de toute façon pas en profiter, faute de moyens. Pensez-vous changer le système et en quoi ?

En 2015, le gouvernement socialiste a anéanti l’aide à la continuité territoriale en resserrant les critères d’éligibilité et en baissant lourdement les dotations du fonds de continuité territoriale. Le nombre de bénéficiaires est passé de 72 000 à 20 000. C’est une faute, car la continuité territoriale, c’est la traduction concrète du lien entre la métropole et les outre-mer.

Je veux pour ma part que l’État revienne dans le financement de la continuité territoriale et redonne à l’aide à la continuité territoriale toute sa portée.

 

À cause du statut d’autonomie polynésien qui confère la compétence fiscale au Pays, le nouveau régime de défiscalisation métropolitain basé sur le crédit d’impôt ne peut s’appliquer ici. L’ancien système a été prolongé de quelques années mais rien n’assure sa pérennité. Souhaitez-vous engager sa poursuite ou mènerez-vous une réflexion pour mettre en place un nouveau système spécifique ?

Pour créer des emplois, les opérateurs économiques ont besoin de visibilité et de stabilité. Je propose donc que les aides de l’État aux entreprises ne soient pas modifiées sur une durée de dix ans. Mon programme prévoit, dans ce cadre, de prolonger la défiscalisation jusqu’en 2027 pour l’ensemble des collectivités ultramarines, donc pour la Polynésie. Je veux aussi simplifier la défiscalisation : il faut moins de bureaucratie, moins d’arbitraire et plus de souplesse dans l’instruction des dossiers par les services de l’État.

 

Le Tahoera’a propose une modification statutaire qui transformerait la Polynésie en Pays associé à la République. Y êtes-vous favorable ?

À la différence de M. Flosse et de Mme Le Pen, sa nouvelle amie politique,  je vais être très clair : un Pays associé, c’est un État indépendant qui signe avec la France, en vertu de l’article 88 de la Constitution, un accord d’association. J’y suis très clairement opposé. Le modèle institutionnel polynésien, une forte autonomie dans la République garantie par la loi statutaire, est beaucoup plus favorable aux intérêts respectifs de la France et de la Polynésie et plus conforme à notre histoire commune.

Dans le monde instable qui nous entoure, je ne pense pas que les Polynésiens soient tentés par la dangereuse aventure que M. Flosse par dépit et Mme Le Pen par opportunisme électoral nous proposent.

 

Les addictions (alcool, drogue, sucre, tabac) pèsent lourd sur la facture santé des Polynésiens. Comment comptez-vous aider le Pays à venir à bout de ses problèmes, vecteurs par la suite de troubles sociaux ?

Je salue le travail des élus polynésiens qui ont adopté en février 2016 des orientations stratégiques en matière de santé puis le plan stratégique pour la mise en œuvre d’une politique de la famille en août 2016.

La prévention est au centre de ces politiques devant la part trop importante que tiennent les addictions. Dans le respect des compétences du Pays en matière de santé publique, je souhaite que l’État puisse mettre son expertise et ses campagnes de prévention aux services des Polynésiens et des Polynésiennes.

 

Un accord pour l’étude de faisabilité d’îles flottantes en Polynésie a été signé en janvier entre le Seasteading Institute et le gouvernement polynésien. Ce projet pose la question de l’impact écologique mais aussi sociologique (la population polynésienne est très attachée à sa terre et ses lagons). Quelle est votre position par rapport à ce type de projet ?

La Polynésie se doit de travailler à toutes les opportunités de développement en vue de la création d’emploi, sans renoncer bien sûr à la responsabilité environnementale. Ce projet, aussi original soit-il, s’intègre bien dans ma vision d’une économie bleue pour l’outre-mer, et notamment la Polynésie. Il n’en est qu’à des pré-études dont la première porte sur l’intégration environnementale du projet. L’État, le moment venu, étudiera avec le Pays sa faisabilité.

 

Comment l’État va-t-il poursuivre l’exercice de ses compétences régaliennes en Polynésie française (maintien de l’armée, relations internationales, protection de sa zone économique exclusive) ? De plus, êtes-vous favorable au processus de réinscription sur la liste des Pays à décoloniser lancé à l’ONU sur demande du parti indépendantiste ?

Le retour de l’autorité de l’État que j’appelle de mes vœux, c’est un État qui protège véritablement les outre-mer, ses frontières terrestres et maritimes et sa zone économique exclusive. La protection de nos espaces maritimes et de nos ressources exige de se doter de moyens – bateaux, avions, drones et satellites de surveillance nouvelle génération – mais aussi de développer la coopération avec les pays alliés, je pense notamment à l’Australie, la Nouvelle-Zélande et aux États-Unis.

Quant au processus de réinscription sur la liste des Pays à décoloniser lancé à l’ONU, mon gouvernement avait réussi à s’y opposer : je regrette profondément que le gouvernement socialiste n’ait pas su faire preuve de la même constance. Cette inscription est un non-sens politique et juridique : elle ne respecte ni la réalité du Pays, ni les choix exprimés démocratiquement par les Polynésiens.

Propos recueillis par Bertrand Prévost

 

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