François Paul-Pont : “monter des projets, c’est le moteur de ma vie !”

    mardi 26 mai 2015

    François Paul-Pont a brusquement quitté les siens mardi matin. Il avait fait l’objet d’une interview dans la Dépêche Dimanche du 10 mai dans laquelle il indiquait qu’il essayait de transmettre aux plus jeunes ses « grandes passions », de leur ouvrir les yeux sur les « grands problèmes mondiaux ». Voici cette interview à relire ici.

    Économiste de formation, François Paul-Pont s’est installé en 1996 à Tahiti. Professeur à l’Institut supérieur de l’enseignement privé de Polynésie (Isepp) depuis 12 ans, il a créé notamment la Webschool et le festival L’Envers du Monde. Il est également un militant écologiste et membre fondateur de l’association 2DAttitude, du groupe des Colibris-Tahiti, et du collectif Alternatiba-Tahiti.

    Comment vous présenter dans les grandes lignes ?
    Une des caractéristiques profondes qui a forgé ma personnalité est que je suis issu de deux cultures : indienne par ma famille maternelle et européenne par mon père. J’ai vécu au Pakistan, en Inde, mais aussi en France. Ma mère m’a élevé selon la philosophie indienne, ce qui explique ma vision du monde, davantage orientale qu’occidentale.

    Quel est votre parcours professionnel ?
    J’ai un Doctorat en économie, et j’ai commencé par enseigner pendant quatre ans en Algérie. J’ai vécu une expérience très intéressante et j’ai eu la chance de travailler aux côtés du meilleur économiste algérien qui était conseiller du gouvernement en matière de développement. Pourquoi avoir choisi l’économie ? Car ma mère avait un doctorat d’économie et m’y a sensibilisé très tôt, puis car je suis de la génération 68 qui rêvait de changer le monde. Et je pensais, naïvement car j’ai déchanté depuis, que l’économie pouvait changer le monde !

    “La culture permet de rapprocher les hommes”

    Vous en avez toutefois fait votre spécialité ?
    En effet, mon centre d’intérêt tourne autour des problèmes de croissance et de développement. En Algérie, j’étais au coeur du système, avec la mise en place d’un modèle économique qui a été fabriqué de l’extérieur et qui s’est avéré être une catastrophe pour le pays. C’est là que je me suis rendu compte que l’économie pouvait aussi être moteur de dégâts majeurs pour les populations… Puis, au bout de quatre ans, j’ai eu un choix à faire, soit rester en tant que coopérant ou me réorienter. Finalement, j’ai décidé de rentrer en France. Là, j’ai reçu un coup de téléphone me proposant le poste de bras droit du directeur de la Maison de la Culture à Rennes, et j’ai accepté.

    Après l’économie, la culture ?
    J’ai toujours été attiré par les arts. D’ailleurs à la sortie du Bac, je voulais faire les Beaux- Arts, mais ma mère m’a bien vite détourné vers des études plus « sérieuses ». Il se trouve que cette proposition m’allait comme un gant car elle alliait la gestion budgétaire aux différents projets artistiques. J’ai ainsi commencé une carrière dans la culture qui a duré 17 ans. J’ai été directeur de Maison de la Culture, directeur de festival, manager de groupes, etc.

    Vous avez fait de la culture votre cheval de bataille ?
    Je considère qu’elle permet de rapprocher les hommes. J’ai fait des choses très différentes, mais je suis particulièrement fier de deux évènements. Le premier que j’ai créé à Bordeaux en 1990 qui s’appelait le MELA, Musiques Ethniques Librement Adaptées. L’expérience a été formidable et j’ai eu la chance de me lier d’amitié avec les rockeurs de Noir Désir, et Bertrand Cantat. Il y a eu ainsi un échange entre ces rockeurs et les musiques extra-européennes. Puis, j’ai monté une seconde opération très importante pour moi : Franchement Zoulou. Cela consistait à faire venir 60 musiciens sud-africains en France à une époque où Mandela était encore en prison.

    “Ma mère m’a élevé selon la philosophie indienne”

    À quel moment décidez-vous de vous installer à Tahiti ?
    Encore une opportunité. Le directeur du musée Gauguin de l’époque était l’oncle de ma femme, et il m’a proposé en 1996 de prendre sa relève à son départ à la retraite. Alors que j’estimais tourner un peu en rond en France, j’ai accepté. Mais, la situation a été délicate et je me suis assez vite retrouvé sans emploi. Après une année difficile, j’ai rebondi et j’ai intégré l’Université de la Polynésie française (UPF) en tant que professeur d’économie et chef des services administratifs par intérim. J’ai ensuite bifurqué vers une nouvelle aventure car j’ai été recruté en tant que conseiller technique du ministre de la Mer et de l’Artisanat. Cela m’a passionné et j’en garde un souvenir très ému !

    Aujourd’hui, vous êtes consultant et professeur à l’Isepp ?
    Je suis professeur depuis 12 ans dans la filière Information et Communication. J’ai découvert une équipe formidable et des étudiants qui nous enrichissent tous les jours. Je me suis épanoui dès le début dans une philosophie pédagogique, qui consiste à dire que l’on n’a rien à apprendre aux étudiants au regard d’Internet où tout le savoir du monde est à portée de main. Notre rôle est davantage de les amener à s’interroger et à développer « la culture du doute », à forger une opinion, à critiquer, à chercher. J’essaye ainsi de transmettre mes grandes passions : comment se forme une opinion, comment circule une information et comment elle peut être manipulée.

    “Montrer l’envers du décor au sujet de grands problèmes mondiaux”

    En bref, l’envers du monde… Vous en avez d’ailleurs fait une manifestation ?
    Oui, avec l’objectif de montrer aux gens l’envers du décor au sujet de grands problèmes mondiaux. L’idée m’est venue alors que j’ai participé pendant trois ans au comité de présélection du Festival international du film documentaire océanien (Fifo). J’ai visionné des centaines de documentaires ! J’ai eu alors envie de les partager avec mes étudiants et surtout de leur donner à voir des explications autres que celles données par les grands médias.

    Mais pourquoi limiter aux étudiants ?
    Alors, j’en ai fait une manifestation gratuite et grand public. Mais je souhaitais que les sujets fassent écho en Polynésie, alors j’ai organisé des débats pour contextualiser les problématiques sur le territoire.

    Avez-vous de nouveaux projets ?
    Monter des projets, c’est le moteur de ma vie ! Un des prochains projets, en collaboration avec le Père Christophe, est d’essayer de transposer les communautés Emmaüs sur le territoire.

    Propos recueillis par Caroline Valentin
     

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