Habillage fond de site

François Pihaatae : “Trouver un terrain d’entente entre les traditionalistes et les réformateurs”

jeudi 25 juillet 2019

François Pihaatae, nouveau président de l’Église protestante maohi. (© J.Rey/LDT)

François Pihaatae, nouveau président de l’Église protestante maohi. (© J.Rey/LDT)


Le 135e synode de l’Église protestante Maohi, qui se tient depuis vendredi dernier à Moorea, a été l’occasion de procéder à un important changement au niveau de la direction. Taaroanui Maraea, président de cette Église depuis 16 ans, a décidé de laisser la place “aux jeunes”. Comme nous l’avons déjà écrit, François Pihaatae, qui a été, jusqu’en 2018, secrétaire général de la Conférence des Églises du Pacifique, lui succède pour (au moins) quatre ans. Les deux présidents ont accepté de répondre à la Dépêche de Tahiti. Le sortant fait son bilan (ci-dessous). Le nouveau expose ses projets destinés à apporter un souffle nouveau à la communauté.

Parlez-nous de votre passage en tant que secrétaire général de la Conférence des Églises du Pacifique.

J’ai été envoyé par l’Église à Fidji pour m’occuper d’une branche d’activité de la conférence des Églises du Pacifique, celle sur le réchauffement climatique. Mais la mission est allée plus loin.

À cause d’une crise financière au sein de l’organisation, les dirigeants de la conférence m’ont nommé secrétaire général par intérim (2011 à 2013).

À la date du renouvellement du nouveau secrétaire général, qui s’est tenue en 2013 aux Salomon, l’Église m’a confirmé au poste de secrétaire général titulaire de la Conférence des Églises pour cinq ans, donc jusqu’en 2018.

Cette organisation a pour mandat d’être la voix des Églises et du peuple du Pacifique sur les questions fondamentales qui touchent les populations (réchauffement climatique, autodétermination, extractions des ressources marines, etc.).

 

Que représente pour vous cette nomination au titre de président de l’Église protestante maohi ?

C’est quelque part l’achèvement d’un message qui m’avait été transmis par notre ancien directeur, Teriitua, dès le début de mon entrée dans l’école pastorale. Il m’avait dit : “À chaque moment où le synode décidera pour toi de la direction à prendre, tu y vas, et tu verras”.

J’ai suivi ce conseil et voilà la récompense, aujourd’hui. Je me retrouve ici, après des études faites à Fidji, puis des séjours à Rurutu, une île lointaine, puis Pirae, Papeno’o, encore Fidji…

Cela n’était pas toujours facile pour la famille, qui ne voulait pas toujours bouger. J’ai suivi les conseils du “vieux”. Il avait une vision lointaine pour moi. Aujourd’hui je suis le président grâce à ses conseils.

 

Quelles seront vos premières préoccupations ?

Il y a des problèmes intérieurs que l’on doit aborder. L’une des préoccupations premières, c’est la situation des pasteurs, définir leur rôle qui reste primordiale pour l’Église.

Ce sont les représentants de l’Église dans nos paroisses. Il faut qu’ils soient bien formés, qu’ils aient une attitude qui leur permettra d’être bien acceptés par les paroissiens qu’ils auront en charge.

Il faut qu’ils s’intègrent dans la vie communautaire quelle qu’elle soit. L’Église protestante maohi a deux façades.

Les traditionalistes, ceux qui ont gardé les anciennes habitudes, comme celle du vestimentaire au sein de l’Église, et il y a ceux qui sont partis, comme ici à Moorea, mis à part la paroisse de Haapiti. Il nous faut donc préparer les pasteurs à accepter ces différences, qu’ils respectent les façons de faire des paroisses dans lesquelles ils sont affectés.

 

L’Église protestante maohi est-elle aujourd’hui une famille unie ?

C’est une famille unie mais avec ses diversités qui parfois ont tendance à la diviser. C’est ma seconde préoccupation : trouver un terrain d’entente entre les traditionalistes et les “réformateurs”.

Il faut trouver les solutions pour que les traditionalistes acceptent les “réformistes”. Les uns acceptent davantage les autres.

Ce qui n’est pas toujours le cas inversement. Si l’Église reste divisée, elle ne pourra pas unir son peuple sous un même toit.

Et c’est là ma troisième préoccupation : unir le peuple maohi dans sa différence, avec les différentes ethnies qui nous entourent et qui forment une même communauté. Travailler ensemble, pour vivre ensemble, maohi, popa’a, chinois etc. Vivre ensemble !

 

Allez-vous poursuivre le travail engagé par votre prédécesseur ?

Nous avons des axes de travail qui ont démarré et qui n’ont pas encore abouti. Nous allons poursuivre ce travail et nous chercherons d’autres axes qui pourront apporter l’unification.

 

Cela passera-t-il par les thèmes qui seront abordés durant ce synode ?

Nous travaillerons sur différents thèmes tels que le nucléaire, la décroissance des naissances, le problème de l’homosexualité dans l’Église, une problématique déjà abordée au niveau des paroisses lors du précédent synode.

Ici, nous débattrons sur l’homosexualité au niveau des branches d’activités au sein de l’Église. Par contre, nous restons fermement opposés au mariage des homosexuels.

 

Un thème nouveau est apparu, celui du don d’organes. Qu’en dit l’EPM ?

Concernant le don d’organe, il y a une demande forte au niveau des services de la santé publique qui consiste à encourager les gens à être donneurs. Nous allons en discuter lors de ce synode. C’est une difficulté pour nos populations, car ce n’est pas dans la tradition des Polynésiens.

Cela ne fait pas partie de notre culture. Mais il faut savoir aujourd’hui que certains de nos pasteurs ont été sauvés grâce à un donneur qu’il ne connaît pas. C’est le cas pour le rein. Ces transplantés sont là aujourd’hui au synode. Donc, pourquoi ne pas rendre l’ascenseur ?

 

Votre message comme nouveau président ?

La première chose, c’est l’humilité. Il faut que tout le monde se mette au même niveau. Ce n’est que comme ça que l’on pourra parler ensemble et avancer dans une même direction.

Il faut arrêter de se quereller sur des questions internes. C’est un appel que je lance à tous les membres de l’Église protestante maohi.

Il faut que tout le monde se mette à un même niveau, s’assoie et qu’on se parle, qu’on comprenne ensemble où nous sommes et où nous allons.

 

Propos recueillis par Korresmoorea

 

Taaroanui Maraea, nouveau directeur de l’école pastorale de Taha’a : “L’Église protestante est une église qui avance, qui évolue”

Taaroanui Maraea, président sortant de l'Église protestante maohi. (© J.Rey/LDT)

Taaroanui Maraea, président sortant de l’Église protestante maohi. (© J.Rey/LDT)

Lorsque vous avez succédé à Jacques Ihorai, comment avez-vous trouvé l’Église évangélique de Polynésie française ?

À cette époque, c’était une église qui vivait dans ses traditions mais qui était déjà en grande réflexion. Dans les années 1980, il y a eu une véritable remise en question avec notamment le retour des étudiants tels qu’Henri Hiro, Duro Raapoto.

Et commence alors une nouvelle ère. En 1988, la commission permanente avait demandé à notre frère Duro Raapoto, fin linguiste, de nous aider à retraduire les concepts de l’archéologie occidentale traditionnelle, mais aussi les concepts maohi dont nous n’avions pas la compréhension suffisante.

Ce qui nous a beaucoup aidés dans l’évolution, c’est cette remise en question importante. Ce qui s’est traduit aussi par des périodes difficiles.

L’aspect religieux, la foi, n’est pas toujours aussi malléable qu’on le pense. Une réforme peut troubler la tranquillité de ces gens.

Aujourd’hui, on peut dire que l’Église protestante est une Église qui avance, qui évolue !

 

Quel a été le premier changement que vous avez apporté ?

Je n’ai pas apporté quelque chose de ma personne. Tout se fait, dans notre Église, par décision collégiale. Le président ne fait que présider institutionnellement et constitutionnellement une assemblée.

Bien évidemment, dans le fonctionnement, l’assemblée a besoin d’un moteur qui puisse faire avancer les idées, les réflexions, trouver les points d’accord. Mais après ces questions abordées, l’assemblée s’approprie et porte ensemble le projet.

Lorsque nous sommes passés de l’Église évangélique à l’Église protestante maohi, il faut comprendre que c’est une mouvance qui traversait le monde protestant international. Nous avions un besoin très fort d’identifier notre identité protestante. S’appeler Église évangélique ne rendait pas vraiment notre propre identité.

L’Église a donc voulu réaffirmer cette identité protestante appartenant à une tradition protestante. Une tradition de la foi mais aussi d’un regard particulier sur la société, de son engagement, de sa liberté de conscience. Le libre arbitre.

 

Cette nouvelle réappropriation est-elle basée sur la culture des peuples ?

Je dirais qu’avec ce nom de l’Église protestante maohi, c’est davantage un ré-enracinement de la foi. Lorsque les missionnaires anglais sont arrivés, ils ont fait ce qu’ils pouvaient, du bon, comme la traduction de la bible, la codification de la langue qui a permis de maintenir la langue durant deux siècles.

Mais ils ont fait aussi de choses moins bonnes. Mais ils pensaient que c’était juste. Nous avons deux visions, maintenir une tension entre cette vision très protestante, mais aussi une dimension culturelle qui est un besoin vital pour l’existence même de ce que nous sommes.

 

Peut-on parler aujourd’hui d’une Église protestante maohi unifiée ?

C’est tout le travail d’un président, de veiller à cette unité. En général, je dirais oui. Cela a été le cas par exemple lorsque nous avions décidé de créer l’école pastorale à Taha’a.

Là j’ai vu mon Église unie malgré les difficultés que nous rencontrons. En neuf mois, nous avons été capables de monter ce centre. J’ai vu le peuple protestant derrière cette institution. C’est un grand moment que tout responsable d’Église souhaite vivre.

 

Vous allez diriger cette école. Quelque mouvance allez-vous privilégier ?

Nous sommes obligés de nous enraciner dans la pensée protestante, qui est une lecture particulière de la société, ancrée dans le souci permanent de la liberté de conscience.

Ce souci permanent de l’exigence, de l’autocritique et de la critique. Mais il faut continuer le travail de recherche sur le patrimoine identitaire que nous avons perdu.

 

Vous partez car vous vouliez laisser la place ?

J’estime qu’à mon âge c’est bien de partir. Nous avons l’opportunité d’avoir deux éléments qui ont fait des séjours à l’extérieur. Et cette opportunité là, je ne voulais pas la manquer. Ils sont plus jeunes, ils ont de l’expérience.

C’est le cas du nouveau président (François Pihaatae) et de son vice-président (Tehuiarii Tevaeapifao). Pour moi, il est temps de passer la main. Et puis, j’ai toujours voulu enseigner. Cela va être le cas.

 

Votre message de “sortie” ?

Que la nouvelle équipe ait confiance en chaque membre de l’Église. C’est avec eux qu’il faut aller. J’ai fait des choses, certaines ne sont pas terminées.

Mais si j’ai un bilan à faire, la joie que j’ai vécue en faisant tout cela dépasse de loin ce que je pourrais regretter.

 

Propos recueillis par Korresmoorea

 

 

0
0
0

Pavé PI

Edition abonnés
Le vote

Édouard Fritch veut que les personnes hospitalisées après un accident qu'ils ont causé, sous l'empire de l'alcool ne soient pas pris en charge par la CPS. Pensez-vous que ce soit une bonne mesure ?

Loading ... Loading ...
www.my-meteo.fr
Météo Tahiti Papeete