Habillage fond de site

Il la frappe car elle veut trouver un emploi : 6 mois de prison ferme

vendredi 3 août 2018

“Le terme précarité n’est pas assez fort” pour décrire les conditions de vie de cette famille, a plaidé l’avocate de l’accusé. (© Caroline Perdrix)

“Le terme précarité n’est pas assez fort” pour décrire les conditions de vie de cette famille, a plaidé l’avocate de l’accusé. (© Caroline Perdrix)

Le prévenu, M.P., 52 ans, était jugé hier en comparution immédiate pour violences avec arme sur sa concubine. Cet agriculteur de Toahotu vit dans des conditions d’extrême précarité au fond d’une vallée, où les seuls voisins sont des membres de sa famille.

Au matin du 31 juillet, les gendarmes interviennent sur demande des services sociaux, eux-mêmes alertés par la victime. Mlle T., sa concubine depuis cinq ans et mère de leur petite fille d’un an, présente des plaies aux bras, des contusions défensives et des hématomes plus anciens. Elle accuse son compagnon de l’avoir frappée avec un bout de bois.

Le motif ? Elle a émis l’idée de chercher un travail, dit-elle, pour payer à leur fille vêtements et, plus tard, frais scolaires. Il s’énerve, saisit le bout de bois qui tient la fenêtre pour la frapper, profère insultes et menaces, et lui lance des objets à la tête. Il est placé en détention, tandis que la jeune femme et sa fille sont placées dans un foyer. L’instruction montrera que l’un et l’autre sont issus de foyers violents.

 

“Elle se blesse toute seule, elle est maladroite”

 

À la barre, il admet l’avoir frappée, ce jour-là ainsi qu’à d’autres occasions, comme il a admis devant les gendarmes qu’il frappait aussi ses ex-épouses.

Puis il liste ses justifications : il reproche à sa concubine de ne pas bien s’occuper de leur fille et de ne pas savoir arrêter ses pleurs, de vouloir quitter le fa’a’apu où elle travaille avec lui alors qu’il pense qu’elle engloutira sa paye dans les frais de garde de l’enfant, et puis aussi de discuter alors qu’il est concentré sur autre chose.

Les traces plus anciennes qu’elle porte sur le corps ? Il affirme qu’elle “se blesse toute seule” en travaillant la terre, “elle n’écoute pas, elle est maladroite”. Même chose pour expliquer sa condamnation en 2016, pour violences sur une autre personne : c’est à cause de la jeune femme, dit-il.

L’avocat de celle-ci pointe “le schéma caractéristique de l’homme violent, pour qui il est habituel de rabaisser la victime et de dire qu’elle est responsable de tout”.

Ils sont au moins d’accord sur une chose : elle ne veut plus habiter chez lui, et lui non plus n’en veut pas. “Elle tremble de peur quand elle le voit, on a l’impression que les choses peuvent dégénérer très vite”, assure son avocat, et elle préfère affronter l’incertitude – elle ne pourra rester que quatre mois en foyer – plutôt que de retourner chez son compagnon.

La procureure note que le seul point inhabituel du dossier est l’absence de consommation d’alcool et de paka. “Il ne manquera à personne s’il est en détention”, dit-elle, avant de demander une condamnation à deux ans de prison dont un an ferme – en tant que récidiviste l’homme risquait jusqu’à 14 ans de prison.

Après une très courte délibération, le tribunal a condamné M.P. à 18 mois de prison dont six mois ferme, avec une mise à l’épreuve de trois ans, et il a été immédiatement reconduit en détention. Le dossier a été transmis au juge des enfants, qui devra décider si un suivi socio-éducatif de l’enfant est nécessaire.

 

CP

 

 

0
0
0

Pavé PI

Edition abonnés
Le vote

Pour vous, la rentrée scolaire est :

Loading ... Loading ...
www.my-meteo.fr
Météo Tahiti Papeete