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French Bee casse les prix sur San Francisco : analyse d’Anthony Fontan, créateur d’aviation geek Tahiti

jeudi 8 février 2018

Anthony Fontan

Anthony Fontan, créateur du site et de la page Facebook Aviation geeks Tahiti est devenu un personnage incontournable dans le milieu de l’aérien à Tahiti. Il connait aujourd’hui mieux que quiconque l’actualité des compagnies implantées localement. (© Élénore Pelletier)


En annonçant lundi ses tarifs pour San Francisco, la compagnie low coast French Bee a fait le buzz. Moins de 40 000 francs pour aller voir le golden bridge et flâner dans les ruelles pentues de la plus frenchy des capitales américaines… Ce n’est pas une blague. San Francisco rivalise désormais avec nos îles mais aussi avec Hawaii, Auckland et la Nouvelle Calédonie. French Bee frappe fort et pourrait bien mettre à mal les autres compagnies implantées localement. Pour analyser la situation, la Dépêche s’est rapprochée de l’homme qui connaît mieux que quiconque ce qui se passe dans le ciel tahitien : Anthony Fontan créateur de la page Facebook et du site Aviation geeks Tahiti. Pour nous, il décortique le phénomène French Bee.

 

 

La Dépêche de Tahiti : Hier, French Bee a révélé ses tarifs pour San Francisco. Moins de 20 000 francs pour un aller simple : On pouvait s’attendre à un tel prix ?

« Pour ma part, je ne m’y attendais pas. J’avais estimé l’aller-retour Papeete- San Francisco à 60 000 francs, voir 50 000 francs, mais là, c’est 10 000 francs moins cher que ce que je pensais. Ils ont fait fort !

Pour les Tahitiens c’est très attractif, car un billet aller-retour à San Francisco se retrouve quasiment au même prix qu’un vol pour Bora Bora et est moins cher qu’un billet pour les Tuamotu. Et je ne parle pas des billets pour les archipels éloignés. Quant à la vie sur place, à San Francisco, on peut se débrouiller pour trouver un Air BnB pas cher, en tout cas, beaucoup moins cher qu’un hôtel ou une pension à Bora Bora.

À ce tarif-là, les Tahitiens vont pouvoir programmer des week-ends à San Francisco au même titre qu’ils le faisaient pour les îles. French Bee risque de faire du mal à Air Tahiti. »

 

 

Il n’y a pas qu’Air Tahiti. Air Tahiti Nui (ATN) et Air France sont mal en point avec l’arrivée de French Bee…

« Non, pas encore, mais il leur faut réagir, notamment au niveau tarifaire, comme elles l’ont fait sur les vols pour Paris. Elles ne peuvent pas rester à 40 % plus cher que le concurrent. Mais elles n’auront pas la capacité de s’aligner sur les tarifs de French Bee. Elles vont devoir se démarquer autrement. »

 

 

Et comment pourraient-elles se démarquer ?

« Il y a toujours des gens prêts à payer un peu plus, pour voyager dans des conditions meilleures, sans aller à payer une « business class » qui coûte très cher. À mon sens, c’est là-dessus que les compagnies doivent travailler. Le challenge est surtout pour ATN, car Air France a déjà une flotte très grande et leurs avions doivent être adaptés à l’ensemble des dessertes qu’elle fait. Elle ne va pas aménager un avion spécifiquement pour Tahiti.

ATN par contre a une occasion en or avec l’arrivée en fin d’année de leurs nouveaux avions. Elle a un petit marché et peut créer un produit spécifiquement étudié pour celui-ci.

French Bee propose une éco et une éco premium qui ressemblent de très près aux produits « éco » d’ATN. ATN pourrait envisager de faire une classe intermédiaire entre la business et l’éco prémium : une classe économique améliorée avec plus d’espace pour les jambes et donc une meilleure inclinaison.

Plusieurs compagnies ont choisi cette option : C’est le cas de United Airlines qui propose des sièges avec 10 cm d’espace supplémentaire, ou Hawaiian Airlines qui va jusqu’à 12 cm de plus. Ce n’est pas négligeable, surtout sur des longs trajets. Cette classe éco améliorée est proposée sous forme d’option aux passagers.

Aujourd’hui, chez United Airlines, cette gamme représente presque un tiers de leur capacité en éco et chez Hawaiian Airlines, ils sont en train de revoir l’aménagement de leurs avions pour proposer plus de places de ce type. »

 

 

Air Tahiti Nui vient de lancer une opération séduction avec 36 000 miles offerts pour un aller-retour Papeete- Paris. La compagnie mise sur la fidélité de sa clientèle pour se démarquer de French Bee ?

« C’est une bonne opération. Mais attention, car l’offre des 36 000 milles ne concerne pas le tarif d’appel. Le tarif d’appel aujourd’hui annoncé à 142 000 francs en éco light ne générera lui aucuns mile, ni même aucun bonus. Les miles peuvent être un élément de stratégie, mais ce ne fait pas tout. D’autant plus que, si French Bee n’a pas de système de fidélité, il est possible de profiter du système de fidélité d’Air Caraïbe en voyageant sur French Bee et d’obtenir par la suite des billets prime sur French Bee. »

 

 

Y a-t-il de la place pour trois compagnies sur le territoire ? Voire quatre, puisque United Airlines va venir grossir les rangs en fin d’année ?

« À l’annonce de l’arrivée de French Bee, je pensais qu’il y aurait de la place pour les trois, qu’ ATN et Air France allaient perdre des parts de marché, mais qu’il leur en resterait suffisamment pour vivre. D’autant plus que French Bee va générer une nouvelle clientèle avec ses bas tarifs. Mais avec l’arrivée de United Airlines, ça devient plus compliqué. 

Avec deux compagnies en plus, ATN et Air France sont attaqués sur tous les fronts : Elles sont attaquées en bas du tableau par French Bee pour les voyageurs qui ne veulent pas payer cher, et en haut du tableau par United Airlines qui va les attaquer sur la « clientèle haute-contribution », c’est-à-dire les voyageurs qui sont prêts à payer cher pour voyager. »

 

 

Quelle est la compagnie la plus menacée, aujourd’hui ?

« C’est difficile à dire, d’autant plus que les vols French Bee n’ont pas encore commencé. Si les tarifs de United Airlines sont plus chers que les trois autres, n’oublions pas qu’il s’agit d’une compagnie américaine, qu’elle dessert plusieurs grosses villes aux États-Unis. Elle risque de rafler une grosse partie du marché américain. Le problème de ATN et Air France, c’est qu’elles des coûts en personnel élevés.

French Bee vient d’être créée. Elle embauche des jeunes en début de carrière, qui n’ont pas d’ancienneté et il n’y a pas dans l’entreprise de conventions collectives datant de plusieurs dizaines d’années. Les compagnies tahitiennes ont une structure de coûts très élevée par rapport à ce qui se fait dans le monde, sauf que jusqu’à maintenant, elles n’étaient pas trop attaquées sur leur petit marché de niche. Aujourd’hui, les choses changent. »

 

 

Les autres compagnies implantées localement pourraient-elles se retrouver menacées par l’arrivée de French Bee ?

« Oui, elles vont sûrement devoir baisser leurs tarifs pour garder leur marché. Aujourd’hui, le tarif d’appel pour Auckland est à 71 000 francs, il est de 75 000 francs pour Nouméa et avoisine 80 000 pour Hawaii. En choisissant San Francisco avec French Bee, les voyageurs vont faire jusqu’à 30 000 francs d’économie.

Il est fort possible que les lignes vers San Francisco, et même vers les États-Unis, si ATN et Air France s’y mettent aussi, siphonnent une partie de la clientèle qui voyage en dehors de la Polynésie. C’est possible qu’il y ait une baisse généralisée des tarifs aériens depuis Tahiti. »

 

 

Certains craignent que French Bee ne soit qu’un effet d’annonce et qu’elle peut au dernier moment ne pas venir.

« Il n’y a pas de doute à avoir. French Bee a acheté un avion. La compagnie a fait toutes ses demandes dans les règles auprès des différentes autorités. Derrière, il y a le groupe Dubreuil, qui est propriétaire d’Air Caraïbe et qui a les reins solides. French Bee vole déjà à la Réunion depuis six mois et ça se passe bien. »

 

Propos recueillis par Elénore Pelletier

 

 

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