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FRENCH BEE : “On va passer à trois vols par semaine toute l’année”

mardi 30 avril 2019

Marc Rochet (à droite) avec Lucas Radondy, responsable communication de French Bee.

Marc Rochet (à droite) avec Lucas Radondy, responsable communication de French Bee. (© Christophe Cozette)


La première compagnie française low cost et long courrier French bee souffle sa première bougie. Le premier vol de cette compagnie s’était posé le 12 mai 2018, à Tahiti-Faa’a. L’heure du premier bilan a sonné avec Marc Rochet, ex-UTA, ex-AOM et P-dg de French bee aujourd’hui.

Bientôt un an. Comment se porte French bee au fenua ?

Sur la Polynésie, on est content avec modestie et humilité. On a la satisfaction d’avoir démarré cette ligne dans des conditions pas très facile. Il y avait un statut quo depuis plusieurs années, il y avait des hôtels plutôt bien remplis, il n’y avait pas beaucoup d’espace, et on a cru à l’effet prix, à la qualité de nos choix et de nos avions, à l’engagement de notre personnel.

Et en un an, on a transporté un peu plus de 140 000 passagers. On a un coefficient de remplissage de 79,7 %.

Au-delà de ce degré de satisfaction, il y a deux sentiments qui prévalent chez nous. Le premier, pour l’actionnaire jusqu’au personnel, c’est “Merci aux Polynésiens” car quelque part, nous ne transportons pas des gens qui vont se payer des hôtels de luxe. Notre clientèle, ce sont les Polynésiens, leurs familles, les gens qui viennent les visiter maintenant plus qu’avant.

Notre arrivée a fait baisser les prix de tout le monde. L’essor qui a été donné aux pensions de famille aussi nous fait plaisir. Merci à tous.

Un petit sentiment de fierté aussi est d’avoir apporté notre petite pierre à une activité qui se porte bien ici, à savoir le tourisme, et cela va continuer.

 

Ce sont des chiffres très encourageants. Cela a-t-il été au-delà de vos espérances ?

On avait fait un plan à 75 %. Il faut vivre avec son temps. J’ai connu le transport aérien où il fallait tout un réseau d’agents. Il fallait être connu, se préparer longtemps à l’avance.

Il y a un monde qui a tout changé, c’est internet. Aujourd’hui, vous affichez un vol sur notre site, tout de suite c’est dupliqué dans d’autres endroits. Les gens, instantanément, trouvent nos prix et ceux de nos concurrents ; on est une activité transparente. On a bénéficié de cette accélération du temps.

Il faut que l’on fasse encore un peu plus. 80 % c’est bien, il faut arriver à 85/86 %. On va gagner avec l’augmentation de nos vols sur la période creuse.

Aujourd’hui, sur sept mois par an, on vole trois fois par semaine et nous avons deux périodes creuses, l’automne et le tout début d’année, avec deux vols.

Dès cet automne, on passe à trois vols, toute l’année. Il faut qu’on grossisse un peu encore. Et il faudra peut être remettre des vols en pointe ou des avions plus gros.

 

Ces bons chiffres, c’est la victoire de cette nouvelle façon de voyager ? Vous avez comblé un manque ou c’est l’attrait de la destination ?

La destination, on y croit, c’est dans nos neurones. Notre actionnaire, Jean-Paul Dubreuil, pensait qu’il y aurait de la croissance et, à titre personnel, je suis l’ancien patron d’AOM et un ancien d’UTA.

La Polynésie est une destination magnifique pour un Européen, un Américain. C’est une destination de rêve, parfois le rêve d’une vie.

Mais c’est aussi un peu des deux autres car, clairement, les gens, aujourd’hui, veulent des prix de billets aériens un peu moins chers, et surtout que les gens ne voyagent pas seul mais à deux ou à quatre.

Quand vous économisez 150 euros (18 000 F environ) sur un billet d’avion mais quand vous le multipliez par quatre, cela fait 600 euros ; ce n’est plus la même chose. Et baisser les prix a bousculé l’ordre établi, avec Air France et Air Tahiti Nui, qui étaient bien installés.

Mais pourquoi se bousculer quand on est deux ? Quand un troisième arrive, cela bouscule et cela a un effet. Un quatrième est arrivé, ce qui est une bonne chose.

On a cru aussi beaucoup au fait de ne pas passer par Los Angeles. Mais on n’avait pas anticipé que United (airlines, ndlr) allait débarquer le lendemain, même si on savait qu’on allait les chatouiller, mais pas si vite.

 

Des retards ont été constatés à San Francisco. Il faut récupérer ses valises lors du transit. Où en est-on aujourd’hui ?

Sur l’exploitation, nous sommes très contents de l’avion que nous avons choisi, l’Airbus A350, qui est une machine efficace et confortable mais qui entraîne parfois des retards à cause de sa haute technologie.

On a toujours le problème des bagages mais on pense le régler maintenant, cette année. On était nouveau sur les États-Unis. On n’était pas connu comme opérateur, et ils se demandaient combien de temps nous allions rester.

Mais nous sommes toujours là. Cela va s’arranger ; cela fait partie de la feuille de rodage, nous avons des choses à améliorer, comme le fret aussi.

 

Vous avez engagé une vingtaine de PNC polynésiens. Allez-vous recruter encore ?

Comme sur Air Caraïbes, nous avons des bases locales de recrutement, et nous en sommes contents. Cela fait partie de notre culture, et cela nous rapproche beaucoup plus des populations. On a embauché des pilotes polynésiens (au nombre de deux) et une vingtaine d’hôtesses et stewards.

Nous cherchons d’autres pilotes polynésiens, c’est clair, et comme nous voulons faire plus de vols, nous allons faire un nouveau recrutement en septembre, avec le Sefi, pour une douzaine de PNC.

 

Une agence physique n’est toujours pas d’actualité ?

Il ne faut jamais dire jamais. Nous sommes une compagnie low cost. Notre site internet vend beaucoup, notre représentation commerciale, minimale, ici, fonctionne bien.

Mais on va tester les choses. On ouvre une boutique éphémère à l’aéroport, à partir de lundi prochain, pendant une semaine.

Cela dit, les Polynésiens ont très vite bien répondu à notre façon de vendre des billets.

 

Outre cette nouvelle rotation en période creuse, quelles sont les ambitions pour French bee à plus long terme ?

Les nouvelles ambitions se portent sur la croissance. French bee est une compagnie toute récente, qui a deux ans. On est à l’équilibre financier. Il nous faut de la croissance. Notre priorité est d’accueillir trois avions de plus d’ici 2021. Nous n’avons que des A350-900, soit sept appareils avec Air Caraïbes, et nous allons commencer à recevoir des A350-1000, qui peuvent transporter 480 passagers au lieu de 400. Cela nous permettra de mieux réguler le trafic.

 

Ces nouveaux avions vont être dédiés à des lignes existantes ou à de nouvelles lignes ?

Il nous faut de la croissance sur d’autres lignes. On regarde tout, l’Amérique latine, du Nord, on regarde les routes. On prendra notre décision vers la fin juin. Pourquoi pas la Nouvelle-Calédonie, même s’il faut passer au-dessus de la Russie ? C’est compliqué et les droits de trafic en Asie, aussi. Mais c’est le seul territoire français qui n’a pas sa propre compagnie qui va jusqu’à Paris.

 

Un commentaire sur la récente défiscalisation accordée aux deux Boeing d’Air Tahiti Nui ?

Air Tahiti Nui, c’est la compagnie nationale, en quelque sorte. Elle modernise sa flotte, c’est très bien. Elle a fait appel à un dispositif de défiscalisation, tant mieux pour elle.

J’inscris l’avenir de French bee dans la croissance du marché. Je ne suis pas en guerre contre d’autres compagnies. Je ne viens pas pour que les autres sortent. On souhaite que la concurrence soit loyale ; elle l’est aujourd’hui. Il n’y a pas de raison que cela change.

 

Que représente la part du tourisme polynésien et quel est votre client ou famille type ?

On a grosso modo, sur tous les segments de la route, 50/50. La bonne surprise que nous avons eue sur Tahiti, est basée sur deux choses.

La première, la baisse des prix, a fait croître le marché. On a remarqué qu’il y a beaucoup de gens qui voyagent plus souvent, maintenant, et le nombre de gens qui viennent visiter les Polynésiens a beaucoup augmenté.

Second effet, très positif, pour notre clientèle, c’est l’ouverture sur les pensions de famille. Beaucoup de nos clients en reviennent très contents.

Il y a encore une ressource colossale de ce côté-là. Et en général, ce sont des familles de trois ou quatre personnes, en moyenne.

 

Ces pensions de famille, c’est aussi cela cette nouvelle façon de voyager ?

C’est un autre sujet que l’on voit poindre et auquel il faut qu’on réfléchisse. Un, il faut éviter les problèmes de sur-tourisme, même si ce n’est pas le cas avec la Polynésie, avec ses bientôt 300 000 touristes. Il ne faut pas que le tourisme soit une activité noble. Il faut éviter le phénomène de concentration. L’éclatement des pensions de famille dans les archipels est une très bonne chose pour cela.

Ensuite, il faut faire attention à cette clientèle jeune, plus sensible à l’environnement que les générations précédentes. Mais les atouts sont là.

 

Air Tahiti Nui a une politique forte avec ses ambassadeurs. Allez- vous être amené à faire des partenariats ?

Je salue le travail efficace fait par Air Tahiti Nui depuis sa naissance. Nous ne sommes pas là pour les copier. Si nous les copions, nous ferons peut-être moins bien. Nous sommes venus avec une autre culture, un avion sans business classe, un avion gros pour baisser les prix. Nous sommes plus dans un dispositif complémentaire. Nous sommes tous jeunes, ici. J’ai l’ambition de développer nos relations, déjà avec nos 20 PNC, c’était important pour nous. Nous avons été partenaires de la course La Tahitienne, récemment. Nous avons encore des choses à tisser.

 

Que manque-t-il à la Polynésie pour la clientèle French bee ?

Les gens sont très contents de l’accueil. C’est une force formidable, sans parler des paysages, des couleurs, de la mer, qui sont des atouts à préserver. Il faut sans doute renforcer la capacité de l’île de Tahiti, de Papeete et de son environnement. C’est le pivot. Il faut aussi améliorer le port, l’aéroport. Le niveau satisfaction client est très élevé mais il ne faut pas s’arrêter là.

 

Propos recueillis par Christophe Cozette

 

 

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