Gaston Flosse risque un an de prison ferme et trois ans d’inéligibilité

    mercredi 10 août 2016

    “Si j’avais su, j’aurais fait payer cette vaisselle sur fonds publics”, a expliqué  Gaston Flosse alors que ce sont deux hommes d’affaires qui l’avaient “sponsorisée”. (Photo : Florent Collet)

    “Si j’avais su, j’aurais fait payer cette vaisselle sur fonds publics”, a expliqué Gaston Flosse alors que ce sont deux hommes d’affaires qui l’avaient “sponsorisée”. (Photo : Florent Collet)


    Dans l’affaire dite de “la vaisselle de la présidence”

     

    Leur valeur est estimée entre 6 et 8 millions de francs.

    La vaisselle, la verrerie de cristal et les couverts en argent commandés sous la présidence Flosse pourraient bien coûter à ce dernier trois nouvelles années d’inéligibilité et un an de prison ferme pour recel de détournement de biens publics.

    Quant à sa compagne, Pascale Haiti, elle pourrait être condamnée à six mois de prison avec sursis et 1,5 million de francs d’amende.
    C’est en tout cas ce qu’a demandé le procureur de la République, hier, “en soulignant que trop d’élus confondent l’intérêt général et les intérêts privés”.

    Il faudra désormais attendre le 11 octobre pour savoir si les juges ont suivi ces réquisitions. Dans les faits, tout commence lors du retour de Gaston Flosse à la présidence en mai 2013, où “tout avait disparu, il n’y avait même plus de papier ou de crayon ni d’ordinateur”, explique l’ancien homme fort du Pays.

    Vous n’avez pas porté plainte ?”, s’interroge le juge. Me Quinquis répondra plus tard “que ce soit pour les emplois fictifs de la mairie de Faa’a ou pour le dépotoir de Saint-Hilaire qui menace des civils, toutes nos plaintes sont étouffées ou classées sans suite”.

    Mais Gaston Flosse doit faire face au dénuement de la présidence alors que s’annonce l’arrivée d’une importante délégation chinoise, sensible aux efforts protocolaires.

    Le président décroche son téléphone et appelle Jules Changues et Franklin Sui, deux hommes d’affaires amis de Gaston Flosse. Ce sont eux qui régleront la facture.

    L’une des subtilités du dossier résidera dans le fait de savoir si ce cadeau était fait au Pays ou à Gaston Flosse. Les deux diront lors des auditions l’avoir fait pour la Polynésie, voire les deux sans pouvoir faire la distinction.

    C’est Marcel Tuihani qui ramènera la vaisselle en urgence avec un vol Air Tahiti Nui, lors d’une mission gouvernementale. Reste à payer les droits de douane à hauteur de 1,4 million de francs.

    Par souci de rapidité, le gestionnaire explique qu’il sera plus simple de déclarer la vaisselle au nom de la présidence. Survient l’arrêté du haussaire signifiant l’inéligibilité de Gaston Flosse en septembre 2014, qui doit donc quitter le palais de l’avenue Pouvana’a a Oopa.

    Sa compagne, Pascale Haiti, s’occupe de faire ramener les affaires personnelles à Erima, décoration, tableaux, meubles et la fameuse vaisselle.

    Déjà qu’il n’y avait plus rien à la présidence, je ne voulais pas qu’un autre se serve. Le nouveau président n’a qu’à se débrouiller”, expliquera-t-elle pendant l’enquête.

    Gaston Flosse, lui, était “plus préoccupé par la passation des dossiers importants comme le Mahana Beach que par les histoires de vaisselle”.

    Le déménagement de la vaisselle a été vu de tous et une lettre anonyme vient signifier l’affaire au parquet, qui lance l’enquête. Une partie de la vaisselle est retrouvée à l’assemblée de la Polynésie, l’autre au domicile de Gaston Flosse, à Erima.

    L’affaire suscite l’emballement médiatique, y compris à l’étranger. “Cela a porté atteinte à la crédibilité et la réputation de la Polynésie”, a plaidé hier Me Mestre, l’avocat du Pays, qui s’appuie notamment sur les déclarations de Gaston Flosse durant l’enquête.

    C’était un bien du Pays. J’aurais dû le restituer ; je ne l’ai pas fait”. Devant tant d’évidence, la partie ne semblait pas facile pour Me Quinquis, qui a une nouvelle fois trouvé la parade au niveau des textes.

    Selon l’avocat, la vaisselle n’appartient tout simplement pas au Pays, ni même à Gaston Flosse, mais bien à Jules Chang et Franklin Sui.

    En effet, selon les textes, pour qu’un don puisse être fait au Pays, il faut que ce dernier soit accepté par un arrêté en conseil des ministres, ce qui n’a jamais été fait.

    Me Quinquis a donc demandé la relaxe pour son client, Me Dubois en a fait de même pour Pascale Haiti. Les juges rendront leur décision le 11 octobre.

     

    F.C.

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