GB : Cameron et les nationalistes écossais grands vainqueurs d’un scrutin aux allures de séisme

    vendredi 8 mai 2015

    Le conservateur David Cameron a brillamment remporté des législatives britanniques aux allures de séisme: fatales à 3 des 4 principaux leaders du pays, elles font planer la menace d’une sortie du Royaume-Uni de l’UE et consacrent le triomphe de nationalistes écossais tentés par l’indépendance. Conforté par un résultat inespéré qui lui a donné la majorité absolue, le leader des Tories a rendu visite en tout début d’après-midi à la reine Elizabeth II, au palais de Buckingham, afin de recueillir son assentiment formel en vue de former le prochain gouvernement. « Je vais maintenant former un gouvernement conservateur de majorité », a-t-il ensuite annoncé devant le 10, Downing Street, au premier jour de son second mandat. En 2010, les Tories avaient eu besoin des libéraux-démocrates pour gouverner.
    En fin de journée, il a reconduit sa garde rapprochée aux quatre postes clés, sur le principe qu’on ne change pas une équipe qui gagne. George Osborne conserve le portefeuille des Finances et devient le N.2 officiel du gouvernement, Theresa May reste à l’Intérieur, Philipp Hammond aux Affaires étrangères et Michael Fallon à la Défense. Les autres ministres seront nommés ultérieurement.
    Les résultats définitifs après dépouillement des 650 circonscriptions allouent 331 députés aux conservateurs (+24), 232 aux travaillistes (-26), 56 au SNP (+50), 8 aux libéraux démocrates (-49), 1 à l’Ukip (-1). Le Labour a été laminé en Ecosse, où les indépendantistes du SNP ont raflé 56 des 59 sièges en jeu dans leur région autonome, jusqu’ici considérée comme un fief travailliste inexpugnable.
     
    « Bain de sang » politique 
     
    Nombre d’analystes avaient prédit « un bain de sang » politique, et ils avaient raison. Nigel Farage, le chef de file du parti europhobe Ukip, battu à South Thanet, a été le premier à démissionner. Son départ porte un coup sévère à son parti, pourtant crédité d’un score flatteur de près de 13% en voix. L’homme-orchestre de l’Ukip n’a toutefois pas exclu un « come back ». Peu après, le leader libéral-démocrate Nick Clegg, 48 ans, a jeté l’éponge au sortir d’une nuit « dévastatrice », selon sa propre expression. Ed Miliband, 45 ans, le patron des travaillistes, a suivi le même chemin, endossant « l’entière responsabilité de la défaite ».
    Les autres grands perdants sont les instituts de sondages qui n’ont cessé de prédire un résultat ultra serré, voyant les deux partis traditionnels frappés de déclin dans un paysage caractérisé par le multipartisme.
    Le SNP décuple presque sa représentation à la Chambre des Communes. « Le lion écossais a rugi cette nuit », s’est félicité son ancien leader, Alex Salmond.
    Le triomphe du SNP est symbolisé par l’élection de Mhairi Black, une étudiante de 20 ans qui devient la plus jeune députée de Westminster depuis 1667, aux dépens du député sortant et cadre du Labour Douglas Alexander.
     
    Attention Brexit
     
    David Cameron avait été critiqué pour son manque d’engagement en début de campagne. A peine réélu, il a réitéré sa principale promesse: l’organisation d’ici 2017 d’un référendum sur le maintien ou pas du pays dans l’Union européenne. Une perspective qui inquiète ses partenaires européens en raison de la possibilité d’un « Brexit », un acronyme désignant une sortie du club des 28. La nouvelle de la victoire des conservateurs s’est traduite par un bond de la livre britannique face au dollar et à l’euro vendredi.
    La Bourse de Londres a clôturé également en hausse (+2,3%), malgré des incertitudes européennes potentiellement préjudiciables aux affaires. Qui plus est, une éventuelle sortie de l’UE pourrait avoir par contrecoup des répercussions profondes sur le maintien de l’Ecosse, largement pro-européenne, au sein du Royaume-Uni.
    Toute la journée de jeudi, les militants SNP sortant de l’isoloir à Glasgow ou Edimbourg n’ont pas caché leur aspiration à un nouveau référendum d’indépendance, après un premier rendez-vous manqué en septembre.
    « David Cameron a sensiblement accru sa stature », a souligné Patrick Dunleavy, expert à la London School of Economics (LSE). Le plus jeune Premier ministre britannique en deux siècles s’est comporté bien mieux que prévu dans les urnes, mais pourrait avoir des difficultés « à faire quoi que ce soit de radical », a-t-il ajouté.
    Cameron devra de fait contenir la grogne de la frange eurosceptique de son parti et tenir à distance les prétendants à sa succession, alors qu’il a annoncé pendant la campagne qu’il ne briguerait pas de troisième mandat.
    L’un deux, le bouillant maire de Londres Boris Johnson, s’est fait élire député à Uxbridge, une étape essentielle pour prétendre à la direction du parti. Deux autres, George Osborne et Theresa May, continuent pour l’instant à le servir au gouvernement. 
     
    AFP

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