Géologie – Du cobalt en quantité, mais pas si évident à exploiter

    dimanche 8 mai 2016

    En juillet 2014, une expertise collégiale a été engagée conjointement par l’État et le Pays pour évaluer le potentiel d’exploitation des ressources minérales profondes en Polynésie française. Les travaux des experts ont abouti
    à un diagnostic nuancé : peu de terres rares et de  nodules polymétalliques, en revanche un potentiel en cobalt très important. Reste à savoir si la Polynésie se lancera dans l’exploitation de cette ressource, qui pourrait notamment avoir des impacts sur l’environnement.

    Terres rares, nodules polymétalliques, encroûtements cobaltifères… Que renferment exactement les fonds sous-marins de Polynésie française ? Pour répondre à cette question, une expertise collégiale internationale a été engagée et financée conjointement  par l’État et le Pays, en juillet 2014.
    Sa restitution finale a été présentée hier matin, à l’Université de la Polynésie française, en présence de Lionel Beffre, haut-commissaire de la République, Teva Rohfritsch, ministre de la Relance économique, Patrick Howell, ministre de la Recherche, et Jean-Paul Moatti, P-DG de l’Institut de recherche pour le développement, spécialement venu de métropole pour l’occasion.

    Au terme d’un an de revue extensive de la littérature scientifique et de littérature grise, d’analyses comparatives, d’entretiens avec des acteurs publics et privés concernés par le sujet, voilà le diagnostic établi par le collège pluridisciplinaire d’experts qui a planché sur le sujet :  les terres rares et les nodules polymétalliques, par leur quantité insuffisante, ne représenteraient pas un intérêt économique pour la Polynésie française.
    En revanche, les encroûtements cobaltifères, situés entre 800 et 4 000 mètres de profondeur, constitueraient un potentiel de niveau mondial. Les zones les plus prometteuses seraient d’ailleurs localisées dans les parties nord-est et sud-ouest du plateau des Tuamotu et vers la chaîne des monts sous-marins Tarava (au sud des îles de la
    Société).

    “En Polynésie française, plus que partout dans le monde, on suppose qu’il y a une ressource très importante en cobalt, un métal stratégique à haute valeur ajoutée et qui peut être très intéressant pour l’avenir. C’est un métal déjà beaucoup utilisé. Les sources de cobalt actuellement, il n’y en a pas partout sur la planète. Il y en a essentiellement dans un pays africain. Et il est exploité et traité en Chine”, explique Marc Taquet, directeur de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) de Polynésie.

    Le cobalt représente en effet un intérêt économique accru. Utilisé dans l’industrie chimique et pétrolière, il est également employé dans la production de superalliages destinés à la fabrication de réacteurs d’avion et de turbine. Et depuis quelques années, il est très largement utilisé dans la conception de batteries : téléphones portables, ordinateurs et véhicules hybrides (écologiques). Autant dire que son exploitation représente un enjeu économique important.

    Cependant, il n’existe, à l’heure actuelle, dans le monde, aucune activité minière sous-marine. Pour les scientifiques et les experts, il est, pour le moment, impossible de prévoir les impacts d’une telle activité. N’y a-t-il pas des risques pour l’écosystème environnant ? Quel pourrait être l’impact d’une telle activité sur les espaces marins hauturiers ?

    Plusieurs questions en suspens

    “Ce genre d’exploitation ne pourra se faire uniquement dans la mesure où nous aurons une bonne étude de son impact, sachant que les poissons sont importants. Ils sont la base de l’alimentation insulaire et font partie de notre économie. D’autant plus que l’on s’aperçoit que nous avons un poisson de haute mer de très grande qualité qui intéresse beaucoup les pays environnants. Nous avançons sur le sujet sur la pointe des pieds”, assure Patrick Howell, ministre de la Recherche.

    D’autre part, pour l’IRD, “la connaissance minérale sous-marine en Polynésie française reste trop fragmentaire pour permettre une décision quant à sa valorisation, que ce soit du point de vue de la localisation fine, des teneurs en métaux, des surfaces, des épaisseurs ou de la topographie de ces encroûtements”.

    Reste à la Polynésie française de décider si, oui ou non, elle souhaite exploiter ses ressources minérales. Et si tel est le cas, de quelle manière et avec quels partenaires. C’est ce qu’a d’ailleurs rappelé Lionel Beffre, dans son discours d’ouverture. “Dans son courrier du 18 novembre 2015, la ministre des Outre-mer a rappelé la compétence de la Polynésie française en matière d’exploration et d’exploitation de ces ressources minières et a indiqué que l’État est prêt à accompagner la Polynésie française afin d’appréhender les différentes étapes à franchir avant d’aboutir à la mise en place d’une filière industrielle viable.”

    Pour prendre une telle décision, le Pays devra immanquablement se lancer dans une campagne d’exploration pour combler les lacunes scientifiques et technologiques (concernant l’exploration et l’exploitation). Il lui faudra également élaborer et mettre en œuvre une politique de valorisation de ce potentiel.

    É.P.

    Des intuitions confirmées par les experts

    Dans le contexte international actuel, marqué par une hausse de la demande en matières premières minérales (pour les besoins technologiques), les ressources minérales profondes polynésiennes suscitent un intérêt accru.
    Dans le monde, les ressources terrestres se raréfiant, c’est vers les océans que les regards se tournent et plusieurs études, menées ces dernières années, s’accordent à dire que les  profondeurs sous-marines de Polynésie française renferment un potentiel intéressant en terres rares, nodules polymétalliques ou autres encroûtements métalli-
    fères.
    “Interprétées de façon plus ou moins objective, ces études ont fait naître certaines controverses, pour ne pas dire certains fantasmes en Polynésie française, notamment en ce qui concerne les ‘terres rares’”, souligne Lionel Beffre dans son discours d’ouverture.
    C’est pourquoi, en juillet 2014, le Pays et l’État décident de réaliser conjointement une expertise sur “les ressources minérales profondes en Polynésie française”.
    “Nous avons demandé cette expertise pour mieux nous préparer à l’avenir. Le Pays est à la recherche de moyens pour développer son économie. Nous sommes dans un cadre de crise économique, et il s’agit pour nous de créer les conditions pour pouvoir orienter correctement nos décisions. Nos pressentiments concernant la richesse minérale de nos profondeurs sous-marines datent depuis un certain nombre d’années. Nous nous doutions que, lorsqu’on dispose d’une surface aussi grande, équivalente en taille à celle de l’Europe, il doit bien y avoir quelque chose.”
    L’expertise révèle finalement un vrai potentiel en matière de cobalt. Reste à savoir si la Polynésie française décidera de l’exploiter, car les investissements qui devront être mis en œuvre ne seront rentables qu’à long terme et la question environnementale reste ent
    ière.

     

    didier 2016-05-12 19:35:00
    D'apres moi, si tout le monde pouvait s'equiper de panneaux solaire ( sans les cotats imposes par le pays _ EDT ) on serait tranquille niveau energetique.
    LEPETANT 2016-05-09 07:24:00
    D'après les indépendantistes, nous aurions d'énormes gisements de terres rares, mais l'Etat français nous le cache afin d'empêcher leur exploitation qui nous donnerait une indépendance économique. MDR !
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