Germanwings: le copilote avait vu 41 médecins en 5 ans, la compagnie montrée du doigt

    jeudi 11 juin 2015

    Andreas Lubitz, le copilote qui avait précipité au sol un A320 le 24 mars dans les Alpes de Haute-Provence, tuant 149 personnes, avait vu « 41 médecins en cinq ans », des révélations qui nourrissent un peu plus les reproches des familles des victimes envers la Germanwings, trois mois après la tragédie.
    Trois juges d’instruction du pôle accidents collectifs de Marseille seront désignés la semaine prochaine pour déterminer notamment le niveau de connaissance de la compagnie concernant l’état de santé mentale du copilote, a annoncé jeudi à Paris le procureur de Marseille, Brice Robin à l’issue d’une rencontre avec les familles.
    Lors d’une conférence de presse à Paris , il a indiqué qu’il allait ouvrir une information judiciaire pour « homicides involontaires » contre X, le droit pénal français lui interdisant de l’ouvrir pour assassinat « puisque l’auteur est décédé ».
    Pour M. Robin, les juges d’instruction devront répondre à cette question: « comment concilier le secret médical avec l’information que devraient avoir l’autorité de contrôle et l’employeur sur l’état de santé particulièrement fragile d’un salarié qui est pilote d’avion et qui a de lourdes responsabilités »?
    Le procureur avait réservé la primeur de ces informations à quelque 250 proches des victimes, qu’il a rencontrées plus de quatre heures jeudi après-midi. « Les familles ont des reproches à faire concernant l’information, le manque de clarté sur la connaissance sur l’état de santé réel de Lubitz », a-t-il expliqué.
    Andreas Lubitz, qui avait souffert en 2008 et 2009 de dépression, était « soucieux de sa santé et avait une crainte de perdre la vue ». Il avait vu le mois ayant précédé le crash « à 7 reprises des médecins : un généraliste, trois visites chez un psychiatre et trois visites chez un ORL ». Selon le procureur Robin, « certains de ces médecins ont été entendus en audition libre par les autorités judiciaires allemandes ».
    Le copilote se plaignait « d’un problème aux yeux », disait ne voir que « 30% des objets » et avoir « des flashs lumineux », a continué le procureur. « Des analyses toxicologiques sont en cours pour trouver la trace des médicaments retrouvés à son domicile qu’il avait pu absorber », a encore déclaré Brice Robin. « Il avait indiqué que ça l’angoissait, qu’il ne dormait plus (…), qu’il avait peur de retomber en dépression. Il avait même indiqué à certains proches que la vie, compte tenu de cette perte de vue, n’avait plus aucun sens ».
     
    Identification
     
    Selon Stéphane Gicquel, secrétaire général de la Fenvac (Fédération nationale des victimes des accidents collectifs, un dialogue « franc et direct », auquel il a assisté, a eu lieu entre le procureur et les proches. Il leur a notamment confié que la justice française devait « apporter les preuves de ce qu’il s’est passé ».
    Lors de cette réunion, les familles ont par ailleurs pu visionner trois vidéos, « trois reconstitutions avec le son dans le cockpit de ce qui s’est réellement passé », selon M. Gicquel. Plusieurs familles avaient fait part de leur colère face au retard pris dans le rapatriement des dépouilles.
    Lors de la réunion avec le procureur, « il y a eu aussi des mots très forts du responsable de la gendarmerie chargé de l’identification des corps, qui a expliqué une nouvelle fois de façon très directe comment s’est passée l’identification. Il y a eu des applaudissements nourris des familles des victimes pour saluer ce travail », a rapporté Stéphane Gicquel.
    Pour expliquer ce retard, le procureur a fait valoir un travail « long » et « nécessaire » d’embaumement des corps, et a évoqué des problèmes concernant les procurations demandées aux familles ou la transcription de certains actes de naissance.
    Près de trois mois après la tragédie, seuls les corps de 44 victimes allemandes ont été transférés outre-Rhin, par un vol spécial de la Lufthansa mardi. 
    Un deuxième vol doit rapatrier une trentaine de cercueils de Marseille à Barcelone le 15 juin et les rapatriements dans les pays d’origine des victimes doivent être « achevés à la fin juin » , a annoncé mercredi Lufthansa. Parmi les 150 victimes du crash, 72 étaient allemandes, 50 espagnoles.
    Les fragments humains non identifiables seront par ailleurs inhumés dans « une sépulture collective » dans la ville du Vernet, à quelques kilomètres de la zone de l’accident.
     
    AFP

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