Gil Kébaïli, réalisateur du Mystère mérou : “Tetamanu, c’est une vraie vallée des merveilles”

    vendredi 5 février 2016

    Il a déjà tourné avec le même plongeur, Laurent Ballesta, biologiste photographe qui a décidé de passer 24 heures dans la passe
    de Tetamanu pour Le mystère mérou (hors compétition). Il est l’un des plus fidèles collaborateurs de Nicolas Hulot depuis les débuts de Ushuaïa. Gil Kébaïli a réalisé des dizaines de films, “animaliers mais aussi scientifiques et culturels”, et a fait des dizaines de fois le tour du monde. Il présente un film d’une rare beauté, qui relate aussi une fantastique épopée humaine et scientifique. Interview.

    Pourquoi faire un film sur le mérou ?
    Si on se contentait de faire du mérou, un 52 minutes suffirait. Faire un film animalier pour faire un film animalier, cela n’élargit pas le public, et ce que je souhaite, c’est rassembler le jeune public. Je veux qu’il se réapproprie le documentaire. Les films animaliers ont une forme désuète donc il faut y mettre de l’aventure humaine, des passions, sincères. Il faut savoir raconter une histoire qui tende à vouloir en savoir plus. On est proche du cinéma, c’est l’histoire d’un mec qui a rêvé de passer 24 heures sous l’eau avec des mérous.
    Pour moi, ce film est tridimensionnel : il est animalier, sur une équipe donc humain et il est scientifique. On s’inscrit dans cette dimension scientifique, avec un vrai protocole et c’est pour cela qu’on a la case Arte. La pression est forte, il faut trois niveaux d’écriture.

    Le tournage fut-il compliqué ?
    Laurent ne sait pas plonger simple, il est incapable de plonger normalement (sourires). Soit il plonge profond, soit longtemps, ou à -2°C, l’idée est aussi de montrer pourquoi il réalise ces performances. Ce ne sont pas des records, ce n’est pas le but, c’est toujours au service de la science.

    Parlez-nous de cette passe sud de Fakarava. C’est proprement hallucinant ce qui se passe une fois par an !
    C’est un site exceptionnel en Polynésie française, à plus d’un titre, notamment pour son corail vivant. Et puis la configuration du terrain fait que c’est une vraie vallée, une vallée des merveilles pour nous. Et il y a les requins, ils sont là, cela veut dire qu’il y a de la ressource, mais faisons attention qu’il n’y ait pas de dérèglements. Les 18 000 mérous recensés viennent tous du lagon de Fakarava, ils ne passent pas d’une île à l’autre. Le mérou n’aime pas aller profond, il descend à 50 mètres maximum. Ils viennent tous à Tetamanu, une fois par an, en général à la pleine lune de juin ou juillet.
    Tetamanu est la passe au monde où il y a le plus de mérous. C’est un patrimoine qu’il faut protéger et surtout étudier car cette reproduction, qui avait lieu un peu partout en Polynésie française, n’existe quasiment plus qu’à Tetamanu. Faisons attention que cela ne soit pas le dernier. Oui au tourisme mais attention tout de même. On peut se demander si lors de ces moments de reproduction, il n’y a pas trop de pression, avec les différentes palanquées. Pour venir à Tetamanu, les mérous remontent durant quatre semaines, ils se bagarrent entre eux, ils ne mangent même pas car ils sont tellement nombreux qu’il n’y a rien à manger. La nuit, les requins les mangent, c’est un sacré stress, c’est un moment où les mérous sont fragiles. Ils ne pensent qu’à se reproduire et à rentrer chez eux, cela dure vingt minutes et il n’y a plus personne.

    Quelles ont été les difficultés du tournage ?
    Tourner dans une passe à 20 mètres, ce n’est pas très difficile. Mais le film est fort car on a mis le paquet sur les images, on avait cinq cadreurs sous-marins. C’est assez rare mais comme la reproduction ne dure que 20 minutes, il nous fallait pleins d’axes caméra. Pour avoir un maximum de duels, il faut beaucoup filmer. On a plongé cinq heures par jour avec cinq plongeurs, pendant un mois, soit un potentiel de 25 heures d’images par jour. Cela m’a pris cinq semaines juste pour dérusher, regarder les images, avant de les monter, pour “choper” quelques secondes d’affrontements.
    Et durant les vingt minutes de reproduction, il se passe tellement de choses que les cameramen ne savaient plus quoi filmer. Les requins ne sont pas loin, les raies manta débarquent, les thons à dents de chien veillent, 18 000 mérous sont là et il faut les filmer, avant tout. Il est difficile de faire abstraction de tout de ce qu’il se passe autour des mérous. C’est très frustrant, heureusement qu’on avait autant de caméras, faire ces choix sous l’eau, là a été la difficulté.
    Et filmer une plongée de 24 heures, c’est assez compliqué, cela nécessite beaucoup de manutention et mobilise toute l’équipe en surface pour apporter le recycleur à Laurent. On a réalisé une pirouette cinématographique, on a tourné la plongée de 24 heures mais avant la reproduction, pour ne pas la rater. Et enfin, nous avions 2,5 tonnes de matériel à acheminer à Tetamanu, ce n’est pas simple non plus.

    Êtes-vous content du résultat ?
    Franchement, oui. Parce que vendre du mérou à Arte en prime time, ce n’est pas simple. Avec mon équipe, on a fait un film sur le mérou de 90 minutes et on tient la distance. Et on a fait le mérou à Tetamanu, ce n’est pas la Méditerranée, on sait qu’on va ramener de belles images. Je pense qu’il y a d’autres sujets à faire là-bas, il y a tant d’univers à découvrir, à filmer, notamment dans les tombants qui sont toujours graphiquement très forts.

    Propos recueillis par  C.C.

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