Une gouvernance rénovée pour le logement

    lundi 7 août 2017

    Mahieddine Hedli Emmanuelle Thenot

    Mahieddine Hedli, docteur en sciences économiques, fut pendant plusieurs années directeur de l’Union sociale pour l’habitat outre-mer, qui regroupe les bailleurs sociaux. Il est aujourd’hui le directeur de la délégation à l’habitat et à la ville (DHV), la structure chargée par le ministère du Logement de définir et de mettre en œuvre une politique globale de l’habitat en Polynésie française. Emmanuelle Thenot (à gauche) est chargée de mission à la DHV. (© Caroline Perdrix)


    Après de longues années d’un développement urbain anarchique, le Pays s’est doté d’un nouveau service, émanation du ministère du Logement, de l’Aménagement et de l’Urbanisme de Jean-Christophe Bouissou : la délégation à l’habitat et à la ville (DHV), dont le principe avait été acté fin 2015. Ses missions sont de coordonner, suivre et mettre en œuvre les politiques du territoire dans les domaines de l’habitat, de la ville et du renouvellement urbain, notamment déclinées par le schéma directeur de l’habitat, qui reste à élaborer. Elle devra proposer les adaptations réglementaires et les dispositifs d’accompagnement nécessaires, et centraliser la gestion des différentes aides à la pierre du Pays, tels que les dispositifs financiers en direction des promoteurs privés, les aides à l’habitat, les dispositifs État-Pays-communes, et les programmes nationaux d’aide.
    C’est donc la DHV qui a défini le plan logement récemment annoncé par le gouvernement, à savoir la construction de 3 000 logements sociaux sur trois ans. Elle a également mis en place les programmes de rénovation urbaine (PRU) dans les communes de Papeete, Punaauia, Pirae, Mahina et bientôt Faa’a, avec l’appui technique de l’Agence nationale de rénovation urbaine (Anru), qui fournira également une aide financière. La Dépêche de Tahiti est allée à la rencontre du directeur de la DHV, Mahieddine Hedli, et de l’urbaniste Emmanuelle Thenot, chargée de mission “développement urbain”.

    Est-ce que la création de la DHV augure enfin d’une politique globale ?

    Mahieddine Hedli. Oui. Je perçois que nous sommes à un tournant, en Polynésie française, du point de vue des politiques publiques. Je trouve que les acteurs se projettent plus facilement (… ) ils prennent conscience qu’on ne peut plus faire comme avant.

    Emmanuelle Thenot. Il n’y a pas que le PGA, il y a aussi la prise en compte de tout ce qui peut concerner l’urbanisme classique, les transports, la planification du développement.

     

    Comment est accueillie la naissance de cette nouvelle structure ?

    Mahieddine Hedli. Très bien. Je dois dire que j’ai découvert un potentiel de créativité, mais qui n’est pas forcément inscrit dans une logique transversale et une logique de projet. C’est-à-dire que dans les services, dans les communes, dans les associations, chez les opérateurs, il y a de véritables intelligences opérationnelles, mais qui restent probablement peut-être trop cloisonnées. L’un des défis, c’est d’être au service de cette transversalité.

    Emmanuelle Thenot. Passer du logement à l’habitat, c’est quelque chose qui a beaucoup de sens pour nous. L’habitat, c’est le logement et l’ensemble des services qui vont avec. Je pense que les collègues étaient en attente d’un outil comme celui-ci, qui leur permette de trouver des correspondants.

     

    Qu’allez-vous mettre dans cette “boîte à outils” ?

    Mahieddine Hedli. Nous allons créer un “point d’information logement.” La Polynésie est le seul territoire de France où il n’y en a pas. Ce sera un lieu où trouver toutes les informations, au lieu d’aller faire la queue chez le ministre ou à l’OPH, ou de ne parler qu’à un écran d’ordinateur. La mise en place est prévue dans le cours de l’année 2018.
    Nous allons aussi créer l’Observatoire de l’habitat. Ce qui est important, c’est de commencer à quantifier et qualifier le marché de l’habitat, de voir comment les besoins et les désirs ont changé. Le secteur de l’habitat, ce n’est pas que le logement social ; c’est l’ensemble de la chaîne du logement qu’on doit refaire partir. Le schéma directeur de l’habitat va se construire à partir des outils qu’on va mettre en place. On préfère démarrer par là, plutôt que de définir un schéma directeur et de courir après en le modifiant tous les trois ans.

    Emmanuelle Thenot. On connaît bien le parc social parce qu’il est géré par un seul opérateur qui dispose de statistiques, mais on ne s’est pas encore intéressé au parc privé.

     

    Le plan logement est ambitieux, quelles sont les difficultés que vous avez identifiées ? 

    Mahieddine Hedli. Pour ce qui concerne les opérateurs privés de logement social , le besoin est de déclencher de façon plus régulière la défiscalisation. Il y a aussi un besoin de diversification, il faut faciliter l’accession à la propriété en mutualisant les aides à l’investissement des ménages et les aides du Pays aux promoteurs, ça permet très rapidement de relancer le secteur de la construction, avec des incidences sur l’emploi et la fiscalité pour le Pays.

    On constate aussi l’existence de plusieurs milliers de logements vacants. Punaauia et Papeete ont chacune à peu près 1 000 logements vacants, c’est-à-dire 12 à 15 % de leurs logements, c’est considérable. On estime qu’au-delà de 3 % de logements vacants, il y a problème, une inadéquation entre l’offre et la demande. À Papeete, très clairement, les logements vacants sont dans l’hyper-centre, c’est-à-dire là où il y a déjà tous les réseaux, les investissements.

    Quelque part, on marche sur la tête.  Il faut remettre ces logements sur le marché locatif, après rénovation pour ceux qui nécessiteraient une remise en état, et il y en aura probablement pas mal, c’est-à-dire que ça nous permettrait aussi de fournir du logement abordable, rénové. Il n’est pas question de racheter ces logements, mais de proposer une aide, fiscale ou directe, qui permettrait aux propriétaires de réinvestir dans leur maison.

    Le dispositif pourrait être prêt pour la fin de l’année. On pourrait envisager une sorte de garantie de loyer, via la mise en location et la gestion du logement par un opérateur social pendant quelques années. Cela pourrait convenir aux propriétaires qui ne veulent pas s’embêter.

     

    Dans quelle mesure le développement de l’habitat est-il freiné par le manque de foncier?

    Mahieddine Hedli. Avant de répondre à cette question, il faut un bon état des lieux de l’habitat spontané, précaire, qui se développe sans être maîtrisé, de faible qualité, qui est souvent dégradé, insalubre, de plus en plus sur-occupé. Cela crée un urbanisme désordonné, non connecté aux réseaux, avec des servitudes plus ou moins sauvages, qui non seulement donne des conditions de vie difficiles, mais qui coûte parfois plus cher à tout le monde que de faire du neuf. Aujourd’hui, avec les prêts de la Caisse des dépôts à plus ou moins 1% sur quarante ans, on arrive à des niveaux de loyers inférieurs à ce qu’on trouve dans des logements dégradés qui ne sont pas aux normes. Il faut concevoir un vrai programme de lutte contre l’habitat indigne, sans doute avec une véritable enquête logement de l’ISPF.

    Emmanuelle Thenot. Il y a du foncier du Pays et des communes, des terrains en friche, sous-utilisés, sous-occupés. Nos collègues de la direction des affaires foncières travaillent là-dessus, on commence à échanger, c’est plutôt de bon augure.

     

    Caroline Perdrix

     

     

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