Grégoire Le Bacon, un talent XXL

    jeudi 16 juin 2016

    “Depuis tout petit, je me bats contre la routine”, confie l’artiste. Photo : Grégoire Le Bacon

    “Depuis tout petit, je me bats contre la routine”, confie l’artiste. Photo : Florent Collet

    Artiste-peintre, Grégoire Le Bacon expose ses œuvres à la salle Muriavai demain et samedi. Master de l’école  de design Créapole à Paris  en poche, il est arrivé  au fenua il y a dix-huit ans.  Depuis tout petit,  il se bat contre la routine.

     

    Vous le verrez rarement à la télé, ne l’entendrez jamais à la radio. Pour s’exprimer, aux mots, Grégoire Le Bacon préfère pinceaux et photos. Une constante depuis son plus jeune âge, pour cet artiste au talent inné.
    “À l’école, je m’ennuyais tellement que tous mes cahiers étaient remplis de dessins. Dès 8 ans, j’ai commencé à prendre des cours de dessin le mercredi et samedi après-midi.”
    À 15 ans, l’enfant prodige du crayon quitte Lille, sa ville natale, pour la Belgique voisine et l’école des beaux-arts de Tournai avant d’obtenir un master à l’école supérieure de design Créapole à Paris.
    Designer packaging de produits à Paris, puis professeur de dessin par ordinateur, Grégoire Le Bacon, depuis tout petit, se bat “contre la routine” et s’envole pour la Polynésie en 1998 à l’âge de 26 ans.
    Le fenua découvre ses multiples talents, tout d’abord, au sein d’une agence de communication, puis à son propre compte. Air Tahiti Nui, OSB, Air Tahiti, quelques-unes des plus belles boutiques de Papeete sont nés sous son crayon et son désir de faire appel aux matières, essences et minéraux locaux. C’est aussi souvent de l’œil de Grégoire Le Bacon que naissent les images qui représentent la Polynésie à l’extérieur. Ils multiplient les missions dans les îles pour nourrir la banque images de Tahiti Tourisme ou fournir les hôtels en clichés paradisiaques.

    Des rondeurs  mises en valeur
    Photo, peinture, architecture, l’artiste passe de l’un à l’autre, armé de son crayon. “Le lien, c’est le dessin. Tout se construit par cela. L’architecture, c’est un équilibre, une harmonie de couleurs. Ce qui est intéressant dans cet art, c’est de créer un lieu dans lequel tu te retrouves un jour. Pour la photo, c’est pareil. Il m’arrive de crayonner une photo avant de la faire. Mais ce sont des approches différentes. Pour la photo, cela peut aussi être de la création spontanée. Pour la peinture, c’est aussi de la construction, de l’architecture, sauf que tu es libre de tout. Si tu veux faire voler des raies manta, tu peux le faire.”
    Ce n’est qu’en 2003 que les amateurs d’art découvrent Grégoire Le Bacon au Festival des artistes. Une toile lui vaudra le prix spécial du jury. Une vahine ronde qui n’est pas sans rappeler l’une des icônes de la Polynésie, emblème d’une boisson houblonnée. “Je l’ai fait un peu sans réfléchir, c’est une des premières choses que j’ai faite en arrivant sur le territoire”, explique-t-il devant une feuille remplie de croquis datant de son arrivée à Tahiti il y a dix-huit ans où figure cette tahitienne tout en rondeur. “Je suis fan de Botero et Nikki de Saint-Phalle, c’est la base de l’idée.”
    Depuis, ces formes généreuses sont mises en valeur dans des scènes de la vie quotidienne typiquement polynésiennes ou lors de moment ayant marqué l’actualité du fenua, comme la grosse houle à Teahupo’o ou l’arrivée du yacht Le A, mais l’artiste se défend de vouloir stigmatiser ou mettre en valeur les personnes en surpoids.
    “Je n’y pense vraiment pas. C’est juste esthétique. Il faut juste imaginer les mêmes tableaux avec des vahine aux proportions dites classiques, le tableau n’aurait aucun intérêt. Je trouve cela plus ludique, il y a de la grâce. Ce n’est pas parce que tu es obèse que tu ne peux plus rien faire et ne pas avoir de grâce.”
    Pêcheuses, rêveuses, rieuses, ses vahine reviennent donc sous les lumières d’une galerie, treize ans après sa dernière exposition, et une période largement consacrée à la photo.
    “Toute mon énergie artistique passait dans la photo. C’est épuisant au niveau physique et mental. Parfois, je mets plusieurs jours à me remettre. Le cerveau est sans cesse en train de fuser, d’avant le lever du soleil jusqu’au soir et jusqu’à ce que tu réussisses à t’endormir.”
    Pour autant, la peinture aspire également toutes ses énergies et “me rend asocial”. “Il m’arrive de rester assis pendant trois heures devant une toile à essayer d’élaborer une stratégie. Ce n’est pas un ordinateur où tu peux appuyer sur la touche “Suppr.”. En peinture, il est difficile d’effacer un trait ou de rattraper une couleur. Donc, parfois, je passe un temps fou à élaborer avant de peindre”, confie l’artiste, qui a encore de multiples croquis de vahine en peinture, mais qui ira sûrement faire promener pinceau et inspirations sur d’autres thèmes.
    “Je ne veux pas m’enfermer sur ce sujet. Depuis tout petit, je me bats contre la routine”, répète-t-il.
    Florent Collet

    Pigments faits maison

    “J’ai taché beaucoup de fringues avec cette terre et je me suis rendu compte que ça ne partait pas. En y réfléchissant un peu, la peinture, c’est du pigment et de l’huile.”
    La maison-atelier de Grégoire Le Bacon sur les hauteurs de Sainte-Amélie est ancrée dans le mamu, cette terre rouge qui dévale les montagnes et colore le port lors de chaque grosse pluie.
    Une source de couleurs et d’inspiration qui a poussé Grégoire Le Bacon à développer une technique d’abord avec du mono’i, puis avec de l’huile de lin qui lui permet de dépeindre les décors entourant ses vahine.
    “Si je mets une terre un peu jaune, en rajoutant du bleu, cela va me faire une couleur lagon comme je le veux. J’adore le gris tempête, j’utilise une terre rouge et je rajoute du bleu. Cela donne le ton que l’on voit lorsqu’un grain arrive”, détaille-t-il, passionné par cette “technique de peinture en perpétuelle évolution” qu’il souhaite désormais appliquer à d’autres types de sujets tels que les paysages.

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