Grève à Air Tahiti – Les négociations battent de l’aile

    mardi 31 mai 2016

    Toujours pas de solution au conflit qui entrave le bon fonctionnement d’Air Tahiti. La situation semble même se tendre un peu plus, au 14e jour du conflit.  L’intersyndicale refuse toujours le plan social, et demande son retrait pur et simple. Les syndicats des
    personnels des îles ont expliqué hier les raisons de leur colère et de leur refus de la mise en place du plan social prévu par la direction de la compagnie aérienne.

    Le feuilleton des négociations à Air Tahiti a été marqué, le week-end dernier, par une interruption de la réunion, le samedi matin, “après seulement cinq minutes d’un face-à-face tendu qui n’avait plus rien à voir avec une négociation”.
    L’après-midi n’a pas été fructueux non plus puisque les discussions ont été rompues après dix minutes “d’un long monologue chargé de menaces à l’encontre des grévistes”, selon les salariés en grève.

    L’intransigeance dénoncée à la fois par la direction et par les grévistes, chacun accusant l’autre d’être responsable de la rupture des négociations, semble avoir été le dénominateur commun d’un clash annoncé mais jusqu’alors toujours repoussé.
    Le conflit, qui entre aujourd’hui dans son 14e jour de grève, a déjà coûté “plusieurs centaines de millions de francs”, selon la direction, qui se refuse à en préciser le montant exact, tout comme elle refuse de donner le pourcentage précis du nombre de grévistes.

    Seules quatre catégories de personnels étaient toujours en grève hier, quatre pilotes, dont deux en arrêt maladie, selon la direction, six selon les grévistes, la quasi-totalité des PNC, ainsi que le personnel du commissariat d’Air Tahiti dans sa très grande majorité et le personnel d’escale dans les îles éloignées concerné par un plan social.
    À l’évidence, le rythme de travail imposé aux non-grévistes par la direction pour assurer un maximum de vols ne pourra perdurer indéfiniment. La perspective d’un arrêt quasi-total des vols pour cause de respect de l’amplitude horaire, des repos obligatoires et du cumul des heures de vols se rapproche chaque jour un peu plus.  

    Les îles, le véritable problème du conflit

    Pour le leader de la CSTP/FO, Patrick Galenon, le véritable problème de cette grève concerne l’emploi des salariés d’Air Tahiti dans les îles : “Le véritable problème, ce sont les îles. La direction veut soumettre les salariés travaillant sur la desserte des îles déficitaires à un plan social en prenant prétexte que ces dessertes coûtent 800 millions de francs chaque année à la compagnie, alors que le Pays finance ce déficit. La direction nous dit également qu’elle a enregistré 1,2 milliard de francs de bénéfices, mais qu’elle souhaite
    quand même faire un plan social dans les îles pour lui faire gagner 60 millions de francs par an”.

    L’intersyndicale est consciente des problèmes causés par la grève, mais rejette la responsabilité de sa durée sur la direction : “Ce que nous constatons aujourd’hui, c’est que les habitants des îles souffrent de ce conflit, que l’économie des îles est en difficulté à cause de cette grève, mais en même temps, la direction nous annonce que ce conflit lui fait gagner de l’argent. Nous ne pouvons accepter ce genre de déclaration et nous demandons au gouvernement de rencontrer rapidement l’intersyndicale pour pouvoir lui exposer nos revendications légitimes. Je pense que le gouvernement doit s’impliquer pour trouver une solution à ce conflit, et cela d’autant plus qu’il participe financièrement à la desserte des îles déficitaires. Il y a aussi un aspect social très important pour les salariés d’Air Tahiti dans ces îles éloignées et cela est de la responsabilité du gouvernement.”

    Pour Patrick Galenon, la direction se trouve désarmée face à la détermination des grévistes : “La direction est aujourd’hui dans l’embarras, voire paniquée puisqu’elle se rend compte que nous durcissons le mouvement, que cela va continuer, que les grévistes sont déterminés. En vérité, nous ne comprenons pas la réflexion de la direction qui consiste à taper sur les personnels des îles qui sont les moins payés de la compagnie et avec lesquels Air Tahiti nous annonce vouloir faire 60 millions de francs d’économie pour combler un déficit de 800 millions de francs.”
    La situation était donc bloquée, hier, sans qu’une amorce de sortie de crise ne se dessine dans le ciel d’Air Tahiti de plus en plus chargé en nuages orageux.

    Pascal Martin

    Plan social, les syndicats expliquent leur position

    Les syndicats Sapai et Sata, représentés par leurs secrétaires généraux Michel Toomaru pour le premier et Mariana Snow pour le second, ont réuni la presse hier après-midi pour expliquer leur position sur le plan social qui cristallise les négociations. Pour Mariana Snow, l’abandon du plan social n’est pas négociable : “Le plan social mis en œuvre par la direction concerne 160 personnes et donc autant de familles réparties sur 39 escales.

    Ces 160 salariés travaillent à temps partiel de 8 heures à 52 heures par mois. Leur salaire mensuel brut est de 70 000 F et bien évidement, cela ne leur permet pas de vivre décemment. Pourtant, la direction a décidé de mettre en œuvre un plan social ayant pour conséquence de diminuer encore le temps de travail de ces 160 salariés et donc de réduire un peu plus leur faible rémunération. Nous ne pouvons tolérer ce plan social qui nous oblige soit à accepter une baisse énorme de nos salaires, soit à nous faire licencier en cas de refus alors que la compagnie a dégagé 1,2 milliard de bénéfices en 2015.

    Si l’on prend l’exemple d’un salaire de base de 26 heures par mois, qui correspond à un revenu de 23 500 F, le plan social ramènerait le temps de travail à 8 heures par mois pour un salaire de base de 7 239 F par mois. Pourquoi vouloir faire des économies sur le dos des bas salaires ? Il y a d’autres solutions qui permettraient de préserver ces petits salaires qui, ne l’oublions pas, font également vivre l’économie fragile des îles éloignées. Nous renouvelons nos excuses à la population pour les désagréments causés par cette grève, mais il en va de la survie de ces familles.”

     

    “Y a-t-il un pilote dans l’avion ?” demande le Tahoera’a

    Reprochant à Édouard Fritch de se faire passer pour “un spectateur passif” de la grève à Air Tahiti, le Tahoera’a Huiraatira affirme que le président du Pays “a en réalité encouragé (la direction de la compagnie) dans ses positions, contribuant ainsi largement à l’enlisement du conflit actuel.” Dans un communiqué, le parti orange rappelle qu’Air Tahiti, dont le Pays détient 14 %, bénéficie d’une convention de service public que la grève bafoue. Le président, qui est parti à Samoa alors qu’il revenait tout juste de Paris, est accusé de “se balader sans cesse” avec “indifférence” et “légèreté” plutôt que de résoudre un conflit qui dure depuis bientôt trois semaines et pénalise la population
    et l’économie.

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