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Hagard à la barre, condamné à du sursis pour vol

lundi 19 mars 2018

FC-1-justice-FD-640x357Souvent au tribunal, les magistrats et les avocats se penchent sur le passé du prévenu pour tenter d’expliquer le passage à l’acte. Souvent, on découvre que le malfaiteur a été en son temps une victime, ayant subi parfois bien plus qu’on ne lui reproche à son tour. Si ce passé ne peut pardonner un quelconque délit présent, cela peut expliquer bien des perditions. C’est le cas pour Noa, 20 ans, présenté en comparution immédiate jeudi dernier au tribunal de Papeete. Complètement désorienté dans le box des accusés, comme sous l’emprise de calmants, cherchant sa respiration, ne trouvant pas dans la salle d’audience un visage connu, Noa semble absent à son propre procès. Le jeune homme fluet, affublé d’un tee-shirt jaune troué, est arrivé de Moorea entre deux gendarmes. On lui reproche d’avoir volé il y a quelques jours un vélo dans une propriété. La victime n’a pas eu de mal, sur la petite île, à retrouver son bien. Un enfant de 13 ans a été interpellé en baie de Opunohu avec le vélo, mais ce n’est pas lui le voleur. Il a eu le deux-roues après un échange contre un portable avec un certain Noa. Les gendarmes connaissent bien l’individu, et n’ont pas de mal à lui mettre la main dessus. Noa confirme les faits, présente le téléphone qu’il a récupéré contre le vélo, et explique le vol. Il rentrait chez lui ce soir là et, fatigué de marcher, il a volé le vélo chez un riverain pourtant situé seulement à 500 mètres de chez lui.

Il rate son suicide

Hagard, visiblement en train de faire l’effort de se souvenir des faits, Noa est projeté dans son passé que dévoile le président du tribunal. Avant-dernier d’une fratrie de onze enfants, Noa est donné à une cousine de sa mère qui vient de perdre son enfant. Noa joue les doublures. A dix ans, il passe son temps entre sa famille d’adoption à Faa’a et sa famille biologique à Moorea. Très vite, Noa va multiplier les bêtises. Il est renvoyé du lycée agricole. Il fume du paka et boit pour trouver un peu de liberté loin de chez lui, loin de cette promiscuité entre ses frères, ses sœurs, les amis de ceux-ci, les neveux… Noa explique qu’il n’y a pas de place pour tout le monde.

La déshérence de Noa le conduit à voler, pour manger aussi. Le tribunal pour enfant l’a déjà condamné quatre fois pour vols, vols avec violence et recel. La réputation du gamin est faite sur l’île. Et cela n’arrange pas les relations avec son père. D’ailleurs quand les gendarmes sont venus pour l’affaire du vélo volé, son père l’a dénoncé d’avoir apporté du paka dans la maison. 23,5 grammes seront effectivement retrouvés. Il a volé ce stupéfiant qui séchait sur le fil à linge d’une maison. Il s’était introduit avec des tenailles par le grillage malgré la menace des chiens. Aux gendarmes, il n’a jamais voulu dire où était ce fare.

Interrogé par le président sur le manque de communication avec son père âgé de 62 ans, Noa raconte à la barre un fait troublant. A voix basse, la diction difficile, le jeune explique que son père a failli un jour lui écraser vraiment la tête, alors qu’il avait 16 ans. Son récit inintelligible parle d’une bagarre entre le père et la mère, de couteau et d’étranglement. Il serait intervenu avant que l’adulte ne se retourne contre lui. Il dit avoir pris la fuite par la fenêtre. C’est cette fois-là qu’il a tenté de mettre fin à ses jours en se pendant à un arbre. « La corde s’est déchirée » lâche-t-il en s’excusant presque.

Pas de taille pour Nuutania

Les bêtises ont continué de plus belle. Noa était d’ailleurs convoqué au tribunal le 25 janvier dernier. Mais il n’est pas venu. Il travaillait aux champs d’ananas avec son frère et puis de toute façon : « je n’avais pas de sous pour venir à Tahiti ». La triste vie du prévenu n’a pas attendri le procureur qui voit en Noa quelqu’un qui s’est mis à dos sa famille, qui satisfait ses besoins immédiatement en volant dans la poche du voisin. Pour cela, six mois de prison ferme seront requis (18 mois dont 12 avec sursis et obligation de soins).

L’avocate, commise d’office, reviendra sur les carences d’amour et d’éducation dont a souffert son client. Remplacer un mort, c’était aussi bien mal débuter dans la vie. Pour elle, les vols sont des appels à l’aide. Mais elle craint surtout qu’un séjour en prison serait terrible . « Il n’est pas de taille pour Nuutania. On va lui mettre la main dessus. Je ne suis pas sûre qu’il s’en sorte ». L’avocate demande la clémence du tribunal.

Au regard du passé du jeune homme, des risques qu’il encourt en prison, mais obligé d’entrer en voie de condamnation pour les faits, le tribunal a retenu six mois de prison avec sursis. En plus d’une obligation de soins et de trouver une formation ou un travail, Noa aura 120 heures de travaux d’intérêt général à faire. La justice a donné une chance au jeune homme… La saisira-t-il ?

JLM

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