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HAITI – Les sinistrés de Jérémie restent vulnérables

lundi 7 novembre 2016

Marteau en main, grondant les enfants qui jouent avec  les précieux clous rouillés qu'elle a pu trouver, Fabienne Jacynthe se construit un petit abri avec des tôles usagées. (© Hector Retamal/AFP)

Marteau en main, grondant les enfants qui jouent avec les précieux clous rouillés qu’elle a pu trouver, Fabienne Jacynthe se construit un petit abri avec des tôles usagées. (© Hector Retamal/AFP)

 

 

Sous un abri précaire dans un camp de fortune, vivant dans une salle de classe depuis plus d’un mois ou dans une maison partiellement détruite dans la ville de Jérémie, les sinistrés sont aux abois.
Cela fait plus d’un mois que l’ouragan Matthew a ravagé la côte sud de Haïti, laissant des dizaines de milliers de personnes totalement démunies.

Marteau en main, grondant les enfants qui jouent avec les précieux clous rouillés qu’elle a pu trouver, Fabienne Jacynthe se construit un petit abri avec des tôles usagées.
“On est sur un terrain privé et le propriétaire nous a demandé de partir mais, malgré ça, on s’installe car on n’a nulle part où aller” explique la jeune mère célibataire de 20 ans. “Le père de mon fils est mort l’an dernier, je n’ai pas d’argent pour payer quelqu’un, donc je suis bien obligée de le construire toute seule” se résigne Fabienne, gardant malgré tout le sourire.

Depuis début octobre, plus d’une centaine de sinistrés occupent ce terrain vague au bord de la route qui mène à la ville de Jérémie, l’une des plus affectées par l’ouragan. Livrés à eux-mêmes, sans aucune assistance humanitaire ou sécurité, leur vulnérabilité est extrême.
“Si vous êtes dans ces abris de fortune, il y a de véritables problèmes de protection”, reconnaît John Ging, le directeur des opérations du bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (Ocha). “Nous devons garder les personnes les plus vulnérables au centre de notre attention et nous assurer, qu’en 2016, elles soient en sécurité, qu’elles ne soient ni exploitées ni violées, ni victimes de violences” insiste t-il.

Dans ce camp informel qui prend forme jour après jour, Fabienne, qui vit seule avec son fils de 3 ans mise sur la protection de ses compagnons d’infortune.
“Ici, on se soutient les uns les autres pour assurer notre sécurité car les autorités n’ont pris aucune démarche pour nous” regrette la jeune femme. “J’ai appris à gérer cette peur car la situation est comme ça, il faut qu’on fasse avec”, se résigne-t-elle.

Au cœur de la ville de près de 100 000 habitants, la situation de centaines de femmes et d’enfants est tout aussi préoccupante.
Entassés dans les salles de classe du lycée public Nord Alexis, près de 3 000 sinistrés survivent depuis plus d’un mois en trouvant à manger grâce aux aléatoires distributions dans les environs. Le bébé de Cristella Alcine dort sur une couverture posée sur le sol en béton où il est né il y a tout juste un mois. “L’accouchement ne s’est pas bien passé du tout : les femmes qui étaient là dans la salle m’ont aidée, mais j’ai pas vu de médecin”, raconte l’adolescente de 16 ans assise dans la salle envahie de mouches. “On m’a dit de donner de l’eau traitée à mon bébé, mais c’est pas tous les jours que j’en trouve”.

Inquiète pour la santé du nouveau-né, la mère de Cristella est très remontée contre les autorités face à la menace d’évacuation qui se profile. Le ministère de l’Éducation veut que les cours reprennent aujourd’hui dans l’établissement qui est aussi ciblé par les autorités pour servir de centre de vote pour les élections du 20 novembre.

 

AFP

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