Hao : le site de la ferme aquacole inaugurée en grande pompe

    jeudi 7 mai 2015

    Le groupe chinois Tahiti Nui Ocean Foods a invité près de 150 personnes, hier, sur l’atoll de Hao, pour procéder à l’inauguration du site qui accueillera la future ferme aquacole.
    La population était massivement présente pour cette première concrétisation d’un projet qui fait autant rêver qu’il inquiète.
    Les contours de ce projet à 150 milliards ont été brièvement dévoilés, mais le patron de la société chinoise promet toute la transparence pour cette ferme aux normes internationales.

    Lire l’article en intégralité dans La Dépêche de Tahiti de jeudi 7 mai ou sur notre feuilletage numérique.

     

    Cheng Wang, PDG de Tian Rui et Tahiti Nui Ocean Foods : « Tout ce que nous ferons sera transparent »

    Pourquoi, selon vous, est-ce un contrat gagnant-gagnant qui vous lie avec le Pays ?
    « C’est vraiment comme cela parce que lorsque nous avons parlé de l’accord-cadre avec la Polynésie, nous avons discuté, cela a été très difficile, la Polynésie est là bien sûr pour protéger ses intérêts. Moi, en tant qu’investisseur, je dois aussi protéger mes investissements. Lorsque l’on fait un accord de ce genre, chacun doit faire un peu de concessions pour arriver à un point d’équilibre et c’est ce que nous avons réussi à faire. »

    Avez-vous pensé à faire une étude sérieuse de l’impact sur l’environnement ?
    « Dès qu’il y a des êtres humains, il y a un impact sur l’environnement, c’est la même chose lorsque ce sont des industries. Mais aujourd’hui, en aquaculture, il y a des normes internationales. Nous avons invité les responsables de l’aquaculture de l’ONU et de la communauté du Pacifique sud, et le doyen de l’université de la recherche sur l’océan, parce que nous voulons amener les normes internationales en Polynésie. Ensuite, localement, nous allons ouvrir des partenariats avec les centres de recherche locaux. Tout ce que nous ferons sera transparent et pourra être contrôlé par quiconque. Nous allons aussi faire venir des spécialistes d’universités internationales afin d’avoir un échange avec les chercheurs locaux pour avancer et progresser. »

    Est-ce que votre entreprise à un savoir-faire sur l’aquaculture en lagon ?
    « Au sud de Hainan, il y a des atolls et des lagons, nous avons donc une grande expérience dans ce type de configuration océanique. C’est le même type d’environnement, la différence notable c’est qu’ici, le vent et la mer sont moins forts qu’en Chine. C’est pour cela que nous pensons qu’ici, l’environnement est peut-être plus approprié que le nôtre. Nous allons utiliser des filets qui sont aux mêmes normes que celles de Scandinavie où la mer est très rude. »

    Quels sont vos objectifs de production ?
    « C’est un investissement à long terme, nous allons avancer pas à pas. Notre premier objectif est d’arriver à 20 000 tonnes, la deuxième étape sera 50 000, et la troisième sera 100 000 tonnes par an. Mais ce ne sera pas uniquement sur l’atoll de Hao, mais aussi sur d’autres atolls. »

    Quand pensez-vous pouvoir commencer à exporter du poisson ?
    « Cela prendra environ un an et demi une fois que tout sera construit. Nous espérons pouvoir le faire en 18 mois après l’obtention du permis de construire. Il y aura de nombreux défis à relever pour cela, cela ne prendrait qu’un an à réaliser en Chine. »

    Propos recueillis par F.C.

     

    Édouard Fritch, président de la Polynésie : « Nous veillerons à ce que les gens de Hao ne soient pas lésés »

    Pourquoi affirmez-vous que si vous étiez un habitant de Hao, vous seriez inquiet ?
    « Oui, vous l’êtes aussi, non ? Nous sommes dans un pays qui a connu une activité énorme avec les essais nucléaires et cela fait pratiquement 15 ans que ces gens sont oubliés, qu’ils vivotent. Ils ont directement subi les conséquences du retrait du centre d’expérimentation du Pacifique (CEP), j’ai envie de dire que chat échaudé craint l’eau froide. Aujourd’hui, ils ont envie de comprendre. »

    La question de la pollution est importante, surtout après le CEP. N’y-a-t-il pas un risque ?
    « J’ai interrogé les gens pour savoir ce qu’ils craignaient au niveau de la pollution. Ils ne savent pas vraiment, cela peut être les aliments qui ne sont pas contrôlés ou les excréments qui vont venir polluer. Mais pour l’heure, nous n’avons pas une idée précise sur les conséquences d’un élevage intensif en lagon mais j’ai déjà informé Cheng Wang qu’il faudrait prévoir d’utiliser le lagon de Hao mais aussi d’autres autour de Hao, c’est-à-dire disperser dans différents atolls pour éviter cette concentration qui commence à faire craindre des risques de pollutions. »

    Il y a d’autres exemples de pollution dans le monde à cause de l’aquaculture. Il y a de quoi être inquiet…
    « Oui, mais je pense que compte tenu de l’importance du projet, c’est un souci pour Cheng Wang. Il ne vient pas planquer de l’argent, il va l’emprunter à la banque donc il sera soucieux de ses investissements. Il devait faire un remblai pour gagner en superficie, il y a renoncé parce qu’il veut préserver la richesse qu’il vient exploiter chez nous, celle de la nature, la bonne santé du lagon et des récifs. Il est lui-même sensible au fait que s’il ne fait pas attention au problème de la pollution, c’est lui le premier payeur, il sera le premier perdant. Je pense et je fais confiance à Cheng Wang sur toutes les mesures qu’il prendra pour éviter de tels phénomènes. Nous le saurons, dans un premier temps, au travers du permis de construire qui sera déposé, puisque là, il devra nous parler de l’assainissement et de tout ça, et nous veillerons à ce que les habitants ne soient pas lésés dans cette affaire. »

    Après de nombreux projets avortés sur l’atoll, l’inauguration d’aujourd’hui est-elle la confirmation que celui-ci verra bien le jour ?
    « Oui, parce qu’il a commencé à investir beaucoup d’argent déjà, les études sont en cours. Ses bureaux techniques à Shanghai ont déjà passé des milliers d’heures à concevoir le projet. Cet investissement verra le jour, et j’espère vraiment qu’au mois de septembre, cela va partir. »

    Propos recueillis par F.C.

     

    Lors de votre discours, vous avez dit au P-DG de Tahiti Nui Ocean Foods qu’il pouvait “considérer Hao comme un petit morceau de la Chine”. Est-ce que vos habitants sont prêts à vivre à la chinoise ?
    « Je lui ai dit cela pour lui dire qu’il peut nous faire confiance, c’est pour le rassurer et lui dire que nous sommes prêts à travailler ensemble pour pouvoir avancer. »

    Êtes-vous rassuré ?
    « La première fois qu’ils sont venus à Hao, la première question que je lui ai posée a été : “Quel sera l’impact sur l’environnement ?” Il m’a dit 150 milliards (de francs), dans une île comme Hao, avec un passé, tout de suite, j’ai eu confiance, j’ai dit OK. On ne fait pas un tel investissement pour gaspiller. »

    Quel était le sens de cette cérémonie aujourd’hui ? La confirmation que le projet se réalisera bien ?
    « Avant les élections municipales, le projet n’était plus à Hao mais à Makemo. Nous avions une chance sur mille de récupérer le projet. Nous y avons cru parce que nous nous étions fondés sur le projet aquacole pour parfaire notre programme, c’est-à-dire créer de l’activité pour créer de l’emploi et on y a cru jusqu’au bout, et aujourd’hui, le projet est là. Depuis longtemps, on nous a promis des projets qui n’ont pas abouti. Aujourd’hui, l’investisseur a voulu montrer un signe fort pour dire à la population : “Vous avez attendu longtemps. Aujourd’hui, c’est vrai que nous n’avons pas encore le permis de construire, mais nous voulons vous montrer que nous allons nous installer chez vous et on commence déjà par l’inauguration.” C’est un signe fort et je le remercie. »

    Est-ce que vous pensez que toute la population est favorable à ce projet gigantesque ?
    « C’est sûr qu’il y a des gens sceptiques. La commune aussi est très sceptique du fait du passé de certains investisseurs Chinois en termes de pollution notamment. Mais nous avons été élus pour protéger notre lagon et l’expérience de l’après-CEP nous permet de grandir. Nous sommes sceptiques mais nous ferons tout pour minimiser ou qu’il n’y ait pas de pollution. »

    Vous pourriez arrêter le projet si cela ne va pas dans le sens voulu ?
    « Tout à fait, si c’est au détriment de la population et du lagon. »

    Mais ce ne sera pas évident, Hao face à ce groupe chinois, c’est un peu David contre Goliath…
    « Tout à fait, mais ce que j’aime bien avec Cheng Wang, c’est qu’il n’aime pas les ennuis avec la population. Quand il voit qu’elle commence à se méfier, il vient à la discussion, il rassure, et il change. C’est pour cela qu’aujourd’hui, je pars avec une confiance totale en ce projet. »

    Propos recueillis par Florent Collet

     

    NEHAM Brice 2015-05-08 19:43:00
    @ pito: "beaucoup " ne veut pas dire une majorité. Je ne suis pas "ton pauvre Brice". Ne te crois pas obligé d' adopter un ton condescendant pour repondre, surtout quand on ne prend pas le temps de saisir ce qui est écrit. ...
    miriana 2015-05-07 22:19:00
    Tu as raison Brice Neham, Hao n'est pas un bout de la Chine. Ce discours l'appartient seul. La population de Hao est aujourd'hui partagée, sans guide, sans rassembleur. C'est le foutoir. Un BOF suffit comme commentaire.
    Pito 2015-05-07 17:35:00
    Mon pauvre Brice comment peux tu dire "beaucoup de polynésien aspirent à l'indépendance" c'est bien mal connaître notre peuple !!!!
    Brice NEHAM 2015-05-07 10:14:00
    Que le maire de Hao se permette de dire à un étranger de considérer son île comme un bout de Chine est complètement irresponsable. D'une part parce que beaucoup de polynésiens aspirent plus à l'indépendance qu'à troquer un assujettissement à la France contre une main mise de la Chine et d'autre part parce qu'il suffit qu'une petite partie de 1,4 milliard de chinois y croient, pour que ça devienne très compliqué pour nous...
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