Hell Ton John lance l’art à moitié prix

    mardi 3 février 2015

    Depuis le 28 janvier et jusqu’au 10 février, 350 commerces de Tahiti et des îles proposent des réductions sur leurs produits. Les soldes, c’est le rendez-vous incontournable où vous pouvez faire de bonnes affaires sur le linge, l’électronique ou la parfumerie. L’art était jusqu’à présent considéré comme un domaine à part, où la valeur d’un artiste et de ses œuvres ne pouvait être sacrifiée sur l’autel d’une politique commerciale comme les autres. 
    À partir du 19 février, pourtant, Hell Ton John (HTJ) et la galerie Winkler proposeront une exposition d’un nouveau genre en Polynésie : “Leftovers -50 %” autrement dit : les restes à 50 %. Pour des raisons de droit, l’artiste ne pourra jamais prononcer les mots soldes ou braderie. 
    “Les restes, ce n’est pas très valorisant, mais c’est le mot qui m’est venu à l’esprit. Cela va avec le côté rock’n’roll qui définit un peu mon art”, explique l’artiste, particulièrement productif. “HTJ produit énormément en ce moment, il compte faire des expositions tous les ans. Il faut savoir qu’une expo dure 10 jours, qu’il y a d’autres artistes qui entrent en jeu. Les œuvres sont remises à l’atelier assez rapidement, où elles ne sont pas forcément bien valorisées”, explique Vaiana Drollet, la propriétaire de la Galerie Winkler, qui, depuis sept ans et les quatre expositions du jeune artiste, a accumulé les invendus de l’artiste dans l’arrière-cour de sa galerie. “Il y a des œuvres qui n’ont pas forcément été bien vues par le public, qui sont restées à l’arrêt pendant des années et nous avons voulu leur donner un petit coup de pouce.” Toutes les toiles et sculptures seront ainsi vendues à moitié prix. Un pari risqué lorsqu’on connaît la fragilité de la valeur d’un artiste et de ses créations. “C’est la première fois que l’on fait cela. Mais ce n’est pas quelque chose que l’on va renouveler tous les ans”, prévient la galeriste.“Si ça se refait, ce ne sera pas avant cinq ans”, confirme Hell Ton John. 

    Collectionneurs et nouveau public

    “Je me suis posé la question de savoir si les collectionneurs n’allaient pas mal le prendre. Eux ont acheté la pièce qui leur plaisait. Ce qui est vendu lors de cette expo, c’est quelque part ce qui ne les intéressait pas.” 
    Avec cette opération, l’artiste espère également toucher un autre public. “Cela va permettre à tous ceux qui sont sensibles à l’art, mais qui ne peuvent pas forcément se l’offrir, de leur ouvrir cette possibilité l’espace de quelques jours.”
    Pour autant, l’artiste ne compte pas changer ses habitudes pour être moins productif et plus rare. “C’est ma façon de travailler. Certains artistes peuvent passer un mois sur une œuvre, moi je peux en faire une en trois jours qui va être puissante et que je veux montrer telle quelle, je n’ai pas besoin d’y passer des mois.” L’artiste, déjà iconoclaste, ouvre ici un nouvel accès à l’art, jamais emprunté jusque-là en Polynésie mais déjà connu sous d’autres latitudes.
    “Cela se fait dans le monde entier”, explique Vaiana Drollet. “En Espagne, par exemple, tous les ans, à une période précise de l’année, des galeries font des soldes, c’est devenu très courant et très populaire. C’est aussi une façon de désacraliser l’art et de se dire que l’on peut faire des affaires en achetant des tableaux.” L’art désacralisé, ce sera du 19 au 28 février, à la galerie Winkler, avec des prix compris entre 5 000 F et 100 000 F. 

    Florent Collet

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