Une historienne livre tous les secrets de Paul Gauguin

    vendredi 23 décembre 2016

    caroline boyle turner

    Caroline Boyle-Turner et son dernier ouvrage, “Gauguin les Marquises paradis trouvé ?”. “Gauguin a des descendants danois, de sa première femme, de Tahiti (Marcel) et des Marquises. J’ai rencontré les descendants marquisiens de Gauguin, dont son arrière-petite-fille…” À la question, pourquoi ses descendants ne portent pas le nom de famille Gauguin, Caroline Boyle Turner répond : “Tous n’aimaient pas du tout Gauguin. C’est l’église qui les a séparés, Gauguin était trop “libertin”. (© Jeannot Rey/LDT)

     

     

    Caroline Boyle Turner est une conférencière d’origine américaine mais vit en France depuis un peu plus de 25 ans. C’est le peintre Paul Gauguin qui est à l’origine de son installation en Europe et en particulier Paris, où elle a passé sa thèse au titre d’historienne d’art. Ses derniers travaux ont porté sur la vie de Gauguin aux Îles Marquises.

     

     

    C’est suite à une demande du navire Paul Gauguin en tant que conférencière que Caroline Boyle-Turner découvre Les Marquises. Elle a cette révélation que personne d’autre n’a jamais fait des recherches et écrit sur Paul Gauguin aux Marquises.

    Or, Caroline Boyle-Turner a toujours été convaincue que le peintre avait laissé des traces, notamment sur son mode de vie avec les Marquisiens. “Mon intérêt pour Gauguin porte sur son travail bien sûr, mais aussi son parcours. C’est un homme qui aimait beaucoup voyager et découvrir des nouveaux pays en particulier tropicaux. Gauguin prenait son temps pour regarder, pour faire des esquisses, pour étudier les couleurs etc. Il ne recherchait pas particulièrement l’authentique, ce n’était pas un ethnologue comme certains pourraient le penser, il s’intéressait à autre chose, en particulier à la simplicité de la vie des gens”, explique l’historienne.

    “Je me suis intéressée à ses couleurs, on y sent l’exotisme, les senteurs, de la fantaisie. Il y avait de l’audace dans son travail, ce qui a été très important pour les générations de peintres qui ont suivi.”

     

    Quatre dents du peintre

     

    Aux Marquises, archipel où Gauguin a vécu les 20 derniers mois de sa vie, le peintre a laissé ses empreintes qui conduiront effectivement Caroline Boyle Turner dans ses recherches.

    Elle explique : “En 2000, Guy Rauzy, le maire de Atuona, a découvert le puits qui se trouvait derrière la maison de Gauguin. On savait qu’il existait d’après ses dessins laissés derrière lui, sur la “Maison du Jouir”. Beaucoup de choses ont été trouvées au fond, dans de la boue. Des dames-jeannes cassées, des bouteilles d’absinthe, de rhum, des seringues, des ampoules de morphine, car le peintre, malade, souffrait beaucoup. Il y avait aussi des restes de boîtes de conserve de petits pois et de corned-beef…”

    Les objets sont toujours à Atuona. Lors d’un de ses précédents passages à bord du paquebot Paul Gauguin, Caroline Boyle-Turner a pu accéder à ces objets qui sont exposés en partie dans le centre Paul Gauguin : “Je suis tombée sur un tube qui renfermait quelque chose. En ouvrant ce tube, quatre dents sont tombées. À ce moment-là, on ne savait pas à qui appartenaient ces dents. Je les ai fait expertiser par des scientifiques. C’était quatre dents du peintre.”

    Les dents comme on le voit sur une photo, étaient creusées de nombreuses caries ; elles ont d’autre part, dévoilé aux scientifiques que le peintre avait les gencives très touchées. “Après avoir trouvé son ADN, je voulais aller un peu plus loin et savoir ce qu’il en était réellement de cette maladie de la syphilis qu’on lui attribuait. À cette époque il y avait deux médicaments pour traiter la syphilis : l’arsenic et le mercure, deux métaux lourds qui restent sur les dents. Après des examens menés par des scientifiques de Chicago, aucune trace de ces deux métaux n’a pu être détectée sur les dents. Or, dans son puits, on a découvert beaucoup d’autres médicaments tels que du baume du tigre pour les maux de tête, des médicaments pour ses problèmes de peau avec plaies ouvertes, d’autres pour l’estomac. Cela veut dire, soit qu’il n’était pas atteint de syphilis comme on le dit, soit qu’il l’avait mais ne se soignait pas, ce qui serait très étonnant.”

     

    Le père de Paul Gauguin retrouvé

     

    L’historienne confirme ce doute dans son livre “Paul Gauguin aux Marquises” : “Après toutes les recherches que j’ai pu faire, y compris auprès de sa famille, rien ne démontre que le peintre était réellement syphilitique.”

    Autre chose qui a passionné Caroline Boyle-Turner, c’est la filiation de Marcel Tai Gauguin, son petit-fils présumé qui vit aujourd’hui à Tahiti. “On savait que le père de Gauguin, journaliste anti-bonapartiste, avait fui la France avec entre autres, son fils Paul Gauguin qui avait alors deux ans. On savait que le père du peintre était mort en mer près de la Patagonie, mais on ne savait pas précisément où il avait été enterré. Or, dans une publication scientifique, j’ai appris qu’un étudiant qui faisait des fouilles dans un cimetière en Patagonie, avait découvert plusieurs corps dont l’un était d’origine européenne. Je me suis posé la question : est-ce le père de Paul Gauguin qui a été trouvé là ? Nous avons entrepris des recherches d’ADN sur ce corps découvert. Puis, j’ai envoyé des formulaires pour l’étude de l’ADN à Marcel, le petit-fils de Gauguin qui se trouvait à Tahiti. Les résultats ont été plus que significatifs. À 100 % ils démontrent les liens de cet homme, découvert en Patagonie avec Marcel. L’homme est bien le père de Paul Gauguin, donc Marcel son descendant.”

    De toutes ces histoires sur le personnage Gauguin ou sur son entourage, Caroline Boyle-Turner publira des livres, sept au total, dont le dernier ouvrage, “Gauguin les Marquises paradis trouvé ?”, résultat de ses derniers travaux. Il y a quelques semaines, lors d’un récent passage à Tahiti, Caroline Boyle-Turner a organisé une séance de dédicaces dans une librairie de la place ; Marcel Tai Gauguin était présent pour apposer, lui aussi, sa signature.

    Par le biais de ses conférences sur le navire Paul Gauguin, l’historienne d’art a pu se rendre 24 fois aux Marquises. “Je continuerai à y aller, car il subsiste beaucoup de questions encore sans réponse. J’aimerais bien étudier plus profondément l’attitude de Paul Gauguin auprès des femmes. Pourquoi ces femmes ont-elles accepté de vivre avec lui. Par exemple, Gauguin avait 53 ans lorsqu’il est arrivé à Atuona, sa petite vahine avait 14 ans…”

    Résidente permanente de Pont-Aven, c’est dans ce magnifique village breton qu’a fréquenté le peintre qu’elle a ouvert une école des beaux-arts. Après un rapide passage à Moorea, l’historienne a rejoint les USA, pour passer les fêtes avec sa famille américaine.

    Mais nul doute qu’on la retrouvera dans nos îles au travers de ses prochaines recherches.

     

    De notre correspondant Jeannot Rey

     

     

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