Hollande en Haïti sur fond de polémique sur l’acquittement de la dette

mardi 12 mai 2015

Le président français François Hollande s’est engagé mardi auprès de son homologue haïtien Michel Martelly pour un renforcement de l’aide française en matière d’éducation comme acquittement de la dette de l’indépendance. Après une visite historique lundi à Cuba, où il s’est entretenu avec Fidel Castro, le président français est arrivé mardi pour une visite officielle en Haïti, dernière étape de sa tournée dans les Caraïbes. « On ne peut pas changer l’histoire, on peut changer l’avenir », a déclaré M. Hollande, à l’issue de sa rencontre avec son homologue.
Au cours des cérémonies officielles, au pied de la statue de Toussaint Louverture, héros de l’indépendance, le président haïtien Michel Martelly a expliqué à François Hollande qu' »aucun marchandage, aucune compensation ne peut retaper les accrocs de l’histoire qui nous marquent si profondément encore aujourd’hui ». Lors d’un point de presse conjoint au palais présidentiel, M. Martelly a ajouté qu’il fallait « que cette réparation soit profitable au peuple haïtien, qu’on puisse finalement enfin ouvrir les voies du développement à l’Haïtien qui n’a jamais eu même la chance d’éducation ».
Répondant au souhait haïtien de mettre en oeuvre un « véritable plan Marshall pour l’éducation », selon les mots du président haïtien, M. Hollande a indiqué qu’à travers l’Agence française de développement, 50 millions d’euros allaient être investis en Haïti pour soutenir le programme de scolarisation gratuite et obligatoire lancé par le président Martelly dès le début de son mandat.  « C’est le plus beau symbole que nous puissions, nous, offrir ensemble », a déclaré le président français.
Dans le même esprit d’apaisement, M. Martelly a tenu à remercier les efforts initiés par la coopération française.
« Dans le pays où 70% de la population est au chômage, où 85% des écoles étaient privées jusqu’à mon arrivée au pouvoir, que la France permette à la quasi totalité des Haïtiens d’avoir accès à l’éducation, cela vaut beaucoup plus quel que soit le chiffre que l’on mettrait sur une dette », a déclaré le chef de l’Etat haïtien.
Il a ainsi voulu clore le débat dans le plus pauvre pays des Caraïbes qui demande l’acquittement financier de la dette française. « Haïti n’a pas oublié mais elle n’est pas non plus obstinée », avait-il déclaré plus tôt dans la matinée.
 
Dizaines de manifestants
 
Quelques dizaines de manifestants ont été contenus par la police haïtienne aux abords de la place du Champ de Mars. Certains jeunes brandissaient des pancartes sur lesquelles était notamment inscrit: « Hollande, l’argent oui, la morale non ».  Lors de son passage en Guadeloupe dimanche, François Hollande a suscité beaucoup d’espoirs dans cette ancienne colonie en annonçant qu’il viendrait en Haïti s’acquitter de la dette française. Des espoirs rapidement douchés quand l’entourage de François Hollande a précisé qu’il s’agissait d’un acquittement moral de la dette et non financier.
Au XIXe siècle, Haïti, première république noire de l’histoire a dû, pour obtenir sa reconnaissance sur la scène diplomatique, payer des indemnités aux anciens colons français pour compenser leur perte de revenus. Une somme estimée aujourd’hui à 17 milliards d’euros que beaucoup d’Haïtiens voudraient récupérer. 
Afin de renforcer les échanges économiques entre les deux pays, les chefs d’Etat devaient signer plusieurs accords dont l’un permettant à Haïti d’exporter sa production de bananes bio vers le marché européen. 
La venue en Haïti de François Hollande intervient à l’entrée du pays en campagne électorale. A cause d’une crise politique profonde entre Michel Martelly et l’opposition, aucune élection n’a pu être organisée depuis plus de trois ans. Et cet important retard a provoqué l’arrêt complet du travail parlementaire il y a plus de quatre mois.
 
AFP

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