Hôpital MSF: les Américains reconnaissent un bombardement « par erreur »

    mardi 6 octobre 2015

    Le général américain commandant la mission de l’Otan en Afghanistan a affirmé mardi que l’hôpital de Médecins sans frontières à Kunduz avait été bombardé « par erreur » poussant le chef du Pentagone à exprimer ses « profonds regrets » pour cette tragédie.

    L’ONG, qui a qualifié ce bombardement de crime de guerre et réclame haut et fort une enquête indépendante, a vivement rejeté cette explication par la voix de Mego Terzian, président de MSF France, qui s’est déclaré persuadé que « ce n’était malheureusement pas une erreur ».

    Trois enquêtes, américaine, afghane et de l’Otan sont en cours pour établir les conditions dans lesquelles le bombardement a été décidé et mené samedi.

    Devant la commission des forces armées du Sénat, le général John Campbell a donné la plus claire expression de responsabilité américaine jusqu’alors sur le bombardement, qui a tué 22 personnes en fin de semaine dernière : l’hôpital « a été touché par erreur » dans une frappe américaine demandée par les Afghans mais décidée par la chaîne de commandement américaine, a-t-il affirmé.

    Après ces explications de la hiérarchie militaire, le président Barack Obama a-t-il l’intention de présenter ses excuses ? Harcelé de questions sur ce thème, son porte-parole Josh Earnest a esquivé, soulignant qu’une enquête était toujours en cours pour déterminer exactement comment et pourquoi cela a pu arriver.

    Depuis Rome où il effectue une visite, le secrétaire américain à la Défense Ashton Carter a de son côté indiqué « regretter profondément la perte de vies innocentes ».

    Selon le général Campbell, le général américain qui se trouve à Kunduz pour mener l’enquête recueille non seulement les témoignages des militaires sur place mais aussi ceux du personnel de MSF.

    « Il a parlé à quelques-uns » d’entre eux, et « continue de se rendre dans des endroits où il peut parler à des médecins, des infirmières des survivants, pour être sûr qu’il a toute l’histoire », a-t-il déclaré.

    « La plus grande partie » de Kunduz est aujourd’hui sous le contrôle des forces afghanes, selon le général.

    Mais le fait que les talibans aient réussi à s’emparer de la ville, même brièvement, a démontré comme d’autres batailles récentes que les forces afghanes n’étaient pas encore prêtes à tenir leur terrain face aux talibans.

    Reconnaissant la situation, le général Campbell a indiqué qu’il proposait de muscler le dispositif militaire américain après 2016.

     

    – « Faiblesses de l’armée afghane » –

    Pour l’instant, les Etats-Unis ne prévoient de maintenir en Afghanistan après 2016 qu’une force résiduelle d’un millier de soldats, contre 9.800 en ce moment.

    Cette force serait concentrée à l’ambassade à Kaboul. Les militaires américains n’auraient plus par exemple de base à Bagram, près de la capitale.

    Mais le général a indiqué devant la commission sénatoriale qu’il avait proposé à la Maison Blanche des « options » pour conserver un dispositif militaire américain « supérieur » à celui prévu pour le moment.

    Dans la configuration prévue pour l’instant, les Etats-Unis auraient des capacités très limitées de formation et d’assistance aux troupes afghanes, a-t-il souligné. Or ces dernières ont toujours besoin d’appui dans des domaines militaires cruciaux comme la logistique, le renseignement ou l’appui aérien rapproché, a-t-il expliqué.

    En quatorze ans de présence en Afghanistan, Washington a dépensé quelque 60 milliards de dollars pour constituer une armée nationale afghane.  

    Mais malgré ces efforts, cette armée « ne possède pas la capacité de combat et les forces pour protéger toutes les régions du pays », a souligné le général Campbell.

    « La bataille de Kunduz a montré plusieurs faiblesses de l’armée afghane », dans l’exploitation du renseignement ou la coordination entre les différentes forces, a souligné le général Campbell.

    Mais ces forces afghanes aux performances « irrégulières » ont également montré « de la résilience et du courage », et « ne se sont pas fracturées », a-t-il souligné: « elles demandent, méritent et ont besoin de notre aide ».

    Selon le Washington Post, le général Campbell a présenté cinq options, d’une présence résiduelle à une force de 7.000 hommes après 2016.

    L’ancien chef d’état-major, le général Martin Dempsey, a quant à lui proposé un plan prévoyant de laisser sur place jusqu’à 5.000 hommes.  
     Agence France-Presse

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