Huahine – Fauna iti, écosystème en danger

lundi 18 mai 2015

Un lotissement en cours d’aménagement, près du rond-point de la route de l’aéroport, provoque de vives réactions de la part des habitants du district de Maeva et de leurs élus, mais aussi d’associations culturelles et écologiques de l’île, qui tirent la sonnette d’alarme. Pour eux, la petite lagune de Fauna iti est en danger en raison des travaux de remblai qui empiètent sur cet écosystème.
Richard Maiterai, tavana de Maeva, se souvient : « Ce sont nos anciens qui ont posé des pierres tout autour du petit lac pour permettre aux poissons de se reproduire dans un milieu protégé, et aux œufs de se développer en toute sécurité. Ils n’ont pas eu besoin de creuser une sortie vers le grand lac, la barrière naturelle des roseaux et les marées ont toujours permis les échanges entre les deux lacs. Autrefois, les tapu étaient très puissants et respectés, comme celui interdisant aux femmes d’entrer dans le lac pendant leurs menstruations. Voyez ce qui se passe aujourd’hui. C’est notre garde-manger, légué par nos ancêtres. Il faut que ces travaux cessent, nous sommes là pour défendre notre population. »
Claude Chong, maire délégué de Haapu et membre fondateur de l’association Paruru te Tairoto o Haapu, ajoute : « Nous nous opposons à ces travaux, les remblais empiètent sur le lac Fauna iti qui est essentiel pour la population de Maeva mais aussi pour une partie des habitants de Fare. C’est l’écloserie léguée par nos ancêtres. Qu’allons-nous laisser à nos enfants et petits-enfants si on laisse faire ? Nous demandons aux propriétaires d’arrêter immédiatement leurs travaux. Ils ont déjà causé assez de dégâts, cela suffit. Nous avons tenu une réunion publique mardi soir au village de Maeva, certains ont accusé le maire d’avoir signé des autorisations, or il n’y a aucune autorisation pour remblayer sur le lac et le maire connaît l’importance de ce site pour la population. S’il y a du copinage avec certains élus, arrêtez. Pensez d’abord à l’intérêt général et aux générations futures. »
Benjamin Camin Teiho, de l’association Maeva Ia Ora, est catégorique : « Nous avions contesté cet aménagement dès les premiers travaux réalisés vers 2009. Les propriétaires n’avaient pas d’autorisation, ni de l’équipement, ni de l’urbanisme, ni de la commune. Ils estiment que les limites de leur terrain passent par les eaux du petit lac, or les plans dressés avant ma naissance sont clairs. Nous ne sommes pas contre le lotissement, pour lequel ils ont une autorisation, mais nous nous opposons totalement à la destruction de Fauna iti par les remblais qu’ils font. Ils devaient régulariser les travaux de 2009 mais cela n’a pas été fait et, maintenant, ils agrandissent encore. C’est notre écloserie, notre nurserie à poissons, et les promoteurs ne respectent pas ce site ancestral. Les services de l’équipement à Huahine, à Raiatea et à Papeete sont au courant de la situation mais ne font rien, ce n’est pas normal. Nous demandons que le ministre vienne sur place constater les dégâts. »
 
Le promoteur se défend
 
La promotrice du lotissement Fauna iti, jointe par téléphone hier après-midi, n’a pas souhaité s’exprimer, n’ayant pas été présente au moment des déclarations des opposants. Elle a néanmoins rappelé qu’elle avait provoqué une première réunion d’information publique avant le démarrage des travaux. Celle-ci se dit prête à en organiser une nouvelle, au mois de juin, afin de répondre à toutes les interrogations des habitants.
Son époux affirme pour sa part disposer de toutes les autorisations nécessaires. Il assure également que l’aménagement réalisé n’empiète en aucun cas sur le domaine public et respecte les limites définies par le géomètre.
La petite lagune de Fauna iti est alimentée par la source d’eau douce de Vaiharo et reliée à la lagune de Fauna nui par une barrière naturelle constituée de roseaux, d’algues, de pierres et de sable, qui sert de filtre pour les eaux et de protection pour les alevins. Le grand lac, où se trouvent les parcs à poissons traditionnels, rejoint l’océan par la passe Tiare située entre les motu Mahare et Vavaratea à Fare. Parmi les nombreuses espèces qui vivent dans cet écosystème, les habitants de Maeva ont l’habitude de pêcher des pa’ihere, ‘io’io, tilapia, ‘oma’a, to’au, para’i, paraha peue et barracudas, et de collecter les tu’a’i dans les eaux peu profondes, d’où l’expression de patere ma’a ou encore patere ina’i (garde-manger) traditionnellement employée pour désigner Fauna nui.
 
De notre correspondante Malissa Itchner
 

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