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Huilerie de Tahiti : la rentabilité n’est pas la priorité

vendredi 18 août 2017

huilerie de tahiti

L’Huilerie de Tahiti constitue l’opérateur central de la politique de soutien du Pays à la filière coprah, qui représente un volume
financier de plus de 2 milliards de francs et assure la subsistance de 10 000 coprahculteurs environ. (© DR)


Pour la première fois, la Chambre territoriale des comptes (CTC) s’est penchée sur la gestion de l’Huilerie de Tahiti. Elle vient de rendre public son rapport, analysant la période de 2010 à 2015. L’Huilerie de Tahiti, société anonyme dont le Pays est actionnaire majoritaire depuis 1996, produit de l’huile brute et raffinée, et les résidus de coprah sont également valorisés. Créée en 1967, la société a toujours été soutenue “coûte que coûte” par le Pays, note d’emblée la CTC, en raison de son rôle, capital, dans l’économie des archipels éloignés, centrée sur la monoculture du coprah.

Dans son rapport sur la gestion de l’Huilerie de Tahiti de 2010 à 2015, la Chambre territoriale des comptes (CTC) note d’emblée que la gestion de la société est marquée par des décisions “antiéconomiques”, du fait qu’elle a d’abord et surtout un objectif social de soutien aux populations des archipels éloignés, avant d’avoir un objectif de rentabilité.

Le Pays détient aujourd’hui 99,9 % des parts de cette société anonyme. L’huilerie a l’obligation d’acheter et de traiter l’intégralité du coprah produit en Polynésie, quelles que soient les quantités, au prix déterminé par le conseil des ministres. En contrepartie, elle se voit verser une subvention qui compense la perte générée par la différence entre le coût d’achat du kilogramme de coprah (fixé à 140 F depuis 2010) et le cours mondial de référence (établi à 104 F en moyenne sur la même période).

 

 

Un seul client, situation risquée

 

 

Alors qu’elle acquiert sa matière première à un prix très supérieur à celui du marché, la société commercialise une partie de ses productions à des tarifs inférieurs, qui lui sont imposés par son actionnaire majoritaire, le Pays, note la Chambre.

Les débouchés pour sa production majeure, l’huile brute, ne sont plus suffisamment sécurisés, depuis la modification des lignes maritimes des vraquiers dans le Pacifique en 2010. Désormais affrétée par conteneurs-citernes, l’huile brute est vendue en totalité au seul client qui accepte ces contenants. Si cet accord commercial venait à disparaître, le Pays se verrait contraint de prendre à sa charge en totalité l’achat et le traitement du coprah, prévient la CTC.

 

 

Des primes et gratifications doublées entre 2010 et 2016

 

 

Depuis 2010, l’huilerie aura traversé deux crises sociales majeures, avec les grèves de 2012 et de 2015, à la suite desquelles les revendications des salariés ont été “satisfaites en quasi-totalité”. “Ces conflits sociaux ont induit une hausse considérable des charges de personnel ; le poste primes et gratification a ainsi doublé entre 2010 et 2016.”

Associé à l’obsolescence des outils bureautiques, le renouvellement de l’équipe de direction fin 2015 constitue un facteur de fragilisation majeur de la société, alors qu’elle est confrontée à la nécessité de diversifier ses débouchés, de sécuriser ses possibilités d’exportation et de mettre en place un dialogue social apaisé, considère la chambre.

Rappelant que l’Huilerie de Tahiti constitue l’opérateur central de la politique de soutien du Pays à la filière coprah, qui représente un volume financier de plus de 2 milliards de francs et assure la subsistance de 10 000 coprahculteurs environ, la CTC conclut que “sans une gestion exigeante et rigoureuse de l’entreprise, la soutenabilité financière de ce dispositif pourrait être compromise à moyen terme”.

 

LDT

 

 

Ce qu’il faut retenir

• 191 F le kilo

Si l’huilerie achète auprès du coprahculteur le coprah à hauteur de 140 F le kilo, le coût total de cette matière première avant traitement s’élève in fine à environ 191 F (coûts 2016) car il faut prendre en compte la marge des mandataires, le transport pris en charge par le Pays et les frais divers liés à la manutention, au stockage et à l’assurance.

 

• Un acheteur unique

Alors que 95 % des ressources commerciales de la société sont issues de l’exportation de l’huile brute, elles reposent désormais sur un acheteur unique et un transporteur unique. Ce modèle commercial qui est imposé à l’huilerie repose sur l’interdépendance des acteurs et fragilise à l’extrême l’ensemble de la filière coprah.

 

La masse salariale en forte hausse

Sur la période observée, la masse salariale a fortement progressé, passant de 148,5 millions de francs en 2010 à 227 millions en 2016. Cette augmentation constante de la masse salariale sur la période est essentiellement portée par les hausses de rémunération consenties aux catégories de personnel “manœuvres” (+ 70 %) et “mécaniciens” (+ 33 %).

 

• Salaire moyen de 278 000 F

Le salaire brut moyen mensuel estimé des agents de production s’établit à environ 278 000 F pour les manoeuvres, 392 000 F pour les mécaniciens et 333 000 F pour les agents affectés à la raffinerie.

 

• 305 jours d’arrêt de travail en 2011

Outre le nombre de jours d’arrêt pour longue maladie, l’absentéisme pour maladie ordinaire connaît, à partir de 2012, une augmentation très importante passant de 58 jours en 2011 à 305 jours.

 

La récente valse des directeurs

Quatre directeurs se sont succédé de 2010 à 2016. Le départ du précédent directeur est intervenu le 31 janvier 2016. Il a accompagné son successeur pendant une période de six mois. Après négociation, son indemnité de départ a été établie à 26 millions de francs nets.

 

Une plainte de l’environnement pour rejets gras

En juin 2015, la direction de l’environnement a déposé une plainte auprès du procureur en raison du rejet de matières grasses en provenance de l’unité de raffinage. Cette plainte a amené le Pays à engager une procédure afin que la société engage des actions, qu’il devra financer en totalité.

 

Un redressement par les services fiscaux du Pays qui suppose une subvention supplémentaire… du Pays

La société Huilerie de Tahiti a fait l’objet, en juillet 2011, d’un contrôle fiscal portant sur les exercices 2008 à 2010 qui s’est traduit par un redressement de 413,3 millions de francs. La société a accepté le redressement pour 1,7 million de francs. Le commissaire aux comptes a déclenché une procédure d’alerte afin de tenir compte de l’impossibilité pour l’huilerie de faire face à cette charge, imposée par son actionnaire majoritaire.

Finalement, le redressement, au titre des exercices 2008 à 2010, a été maintenu, à hauteur de 85,5 millions de francs. La société a contesté au tribunal administratif puis en cour administrative d’appel. En engageant ce redressement fiscal par le biais de la direction des impôts et des contributions publiques, le Pays a demandé à l’huilerie, dont il est actionnaire à 99,9 % et qui constitue l’opérateur de sa politique de soutien à la filière coprah, un montant que la société ne pouvait verser qu’à condition que le Pays lui-même abonde le budget de l’huilerie par une subvention complémentaire à due concurrence.

 

CTC huilerie de tahiti

 

 

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