Il avait assassiné sa mère et sa sœur, en août 2013, à Tubuai

    mardi 7 juin 2016

    “Je voulais qu’elle repose en paix.” C’est l’une des très rares explications données à la barre, hier, par Raiarii Tehupa-Faana pour expliquer ce qui l’a poussé à tuer sa mère, puis sa sœur adoptive, respectivement de 10 et 28 coups de couteau, dans la nuit du 31 août 2013 à Tubuai.

    Une affaire déjà jugée en assises, en septembre dernier, et qui l’avait condamné à 30 ans de réclusion criminelle.
    “Je trouvais la peine trop lourde”, a-t-il expliqué hier pour justifier sa demande d’appel qui a conduit au nouveau procès entamé hier et qui prendra fin aujourd’hui.

    Un nouveau volet judiciaire qui, pour l’instant, ne permet pas d’apporter un éclairage nouveau sur cet assassinat, bien au contraire, le temps semblant effacer un peu plus la mémoire du jeune homme, aujourd’hui âgé de 25 ans, qui a finalement livré les explications les plus détaillées, le matin du 31 août, au moment de se livrer à la gendarmerie pour avouer son meurtre, mains et pieds ensanglantés et un imposant couteau de cuisine à la main.
    Le geste était-il prémédité, alors que Raiarii avait parlé, deux jours plus tôt, de son envie de tuer à son beau-frère ?

    Une idée déjà évoquée un an plus tôt avec un ami, qui, comme d’autres de ses collègues ou les membres de sa famille, le décrit comme “un gars sage comme une plume”, “un gars cool dont on n’aurait jamais pu penser qu’il aurait pu faire ça” ou “un enfant obéissant, sans problème”, explique son père, même “s’il n’aimait pas que sa mère le corrige”, confie la figure paternelle, visiblement plus respectée par son fils.

    Mais celui qui avait pourtant des capacités à l’école a, selon son entourage, beaucoup changé quelques mois avant les faits.

    Est-ce à cause du paka ou de l’alcool auxquels il s’adonnait de plus en plus régulièrement ? Il est en tout cas décrit comme “renfermé”, “agressif” avec sa mère ou sa petite sœur.
    Il a également fait preuve de cruauté envers son poulain, à qui il a mordu l’oreille, ou découpé celles du chien d’un ami.

    “Ils ne m’écoutaient pas, cela m’a énervé”. Autre facette, plus mystique celle-là, de ce personnage issu d’une famille très impliquée dans la communauté des Témoins de Jéhovah, et qui, depuis quelque temps, affirmait entendre les voix “d’archanges” ou d’un oncle, la présence forte d’esprits, de gens venus du ciel, qui avait poussé peu à peu ses amis à couper les ponts.

    “Je croyais que j’étais dans un jeu vidéo de guerre”

    Pour autant, ce soir-là, lors du repas de famille, rien ne laissait présager du drame qui allait survenir. Raiarii explique simplement s’être assoupi et réveillé plusieurs fois, dans la dernière version livrée hier.

    “Je n’étais pas conscient au moment où je me suis levé”, “quand je suis entré dans la maison, je n’étais pas conscient de ce que j’étais en train de faire”, “je voyais ce qui se passait, mais c’est comme si je ne pouvais pas décider. Je ne pensais pas que ce que je voyais était la réalité. J’ai compris que c’était la réalité quand j’ai senti l’odeur du sang, là j’ai paniqué.”
    Dans une déclaration faite quelques jours après le double assassinat, il expliquera : “J’étais possédé, comme si quelqu’un d’autre avait pris le contrôle de mon corps.” “Quand je suis sorti avec le couteau, je croyais que j’étais dans un jeu vidéo de guerre.”

    Dans certaines déclarations, il va affirmer avoir regardé les deux couteaux et les gorges de sa mère et de sa sœur successivement pendant près de 30 minutes, avant de les attaquer pendant leur sommeil sans possibilité d’y échapper.
    “Je l’ai tuée pour ne pas la voir vieillir”, expliquera-t-il au sujet de sa mère pendant la garde à vue. Quant à sa sœur, “elle était là au mauvais moment”.

    Le jeune homme a également expliqué vouloir libérer sa mère de ses crises de nerfs, que personne ne confirme, et des tensions avec son père.
    Si Raiarii explique aujourd’hui “avoir honte de ce qu’il a fait”, lorsque le juge lui demande “vous pensez que vous l’avez soulagée ?” au sujet de sa maman, il hésite de longues secondes et répond “oui”.

    Aujourd’hui, l’enjeu de ce procès résidera dans les expertises contradictoires des psychologues et psychiatres, avant les plaidoiries des avocats et la délibération des jurés. 

    Compte rendu d’audience Florent Collet

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