Îles flottantes : le Seasteading Institute à la rencontre des scientifiques

    mardi 21 mars 2017

    seasteading îles flottantes

    Devant des chercheurs, les représentants du Seasteading Institute ont mis en avant les indéniables opportunités de recherche scientifique et sociologique et demandé leur collaboration sur toute la durée du projet. Ils sont finalement tombés d’accord sur le principe de la création très prochaine d’un comité directeur scientifique, baptisé Polynesia First. (© Caroline Perdrix)


    Deux représentants du Seasteading Institute, actuellement au fenua pour “s’assurer de la faisabilité technique du projet” d’îles flottantes, ont rencontré, le week-end dernier, à Moorea, des chercheurs locaux. Les participants sont tombés d’accord sur le principe d’un comité directeur scientifique qui contribuerait à l’élaboration d’une méthodologie spécifique à la Polynésie, d’une étude sur l’amélioration environnementale attendue et d’un protocole de monitoring du projet. Un consortium de chercheurs locaux pourrait disposer d’emplacements sur la future île flottante pour leurs travaux sur les récifs coralliens ou les énergies renouvelables, entre autres.

    Deux représentants du Seasteading Institute, Karina Czapiewska et Chris Muglia, sont actuellement en Polynésie française. Le mémorandum signé avec le gouvernement en janvier précise que les porteurs du projet doivent “s’assurer de la faisabilité technique du projet dans le respect des principes relatifs au développement durable”.

    C’est dans cet esprit qu’une rencontre a été organisée, vendredi et samedi derniers, à Moorea, avec quatre des six institutions de recherche présentes sur le territoire : le Centre de recherches insulaires et observatoire de l’environnement (Criobe), l’Université de la Polynésie française, l’Institut Louis-Malardé et l’Université de Californie à Berkeley, qui accueillait les participants sur le site de la station Gump de Moorea. L’Institut de recherche pour le développement (IRD) et l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer) n’ont pas pu répondre à l’invitation.

    Étaient également présents Heifara Trafton, de la vice-présidence, Bran Quinquis, délégué au ministère en charge de la recherche, et Pascal Erhel Hatuuku, qui vient d’accepter d’être l’un des ambassadeurs du projet.

    Après l’introduction faite par Marc Collins, Karina Czapiewska, architecte néerlandaise spécialisée en urbanisation flottante, a présenté le concept d’île flottante et les questions que pose la transposition dans un environnement maritime tropical du modèle hollandais – les Pays-Bas ont déjà réalisé de nombreuses constructions flottantes, à usage collectif aussi bien que résidentiel.

     

    Les sciences, mais aussi les sciences humaines

     

    Chris Muglia, dont l’expertise se situe dans le domaine de l’ingénierie maritime et qui a longtemps travaillé, notamment dans les Caraïbes, dans des industries très préjudiciables à l’environnement, a ensuite pris le relais pour expliquer sa “conversion” à l’idée d’île flottante.

    Ils ont également rappelé à l’assistance, peu habituée à ce type de paramètres, qu’il s’agit d’un projet entièrement financé par le secteur privé, qui plus est dans une mentalité de start-up innovante.

    Les scientifiques présents, comme c’est leur nature, ont fait preuve d’un sain scepticisme : non pas sur la faisabilité technique, qui pour eux ne pose pas de problème particulier, mais sur l’impact écologique d’une part et l’impact sociologique d’autre part sur une population pour qui ses droits sur le lagon sont aussi importants que ses droits sur la terre.

    Chacun a pu donner des exemples de difficultés rencontrées à ce niveau dans ses projets de recherche : “Si vous ne faites pas de monitoring avant et après, on vous collera sur le dos tous les dégâts qui pourraient advenir”, a prévenu Serge Planes du Criobe, au moment où l’assistance a soumis les promoteurs du projet à un robuste questionnement.

    Marc Collins s’est employé à convaincre qu’il ne s’agissait pas de construire “une enclave pour milliardaires”, que seul un tiers de l’île flottante testerait l’aspect résidentiel mais qu’il s’agit principalement d’accueillir des chercheurs et des entrepreneurs.

    Au final, les participants sont tombés d’accord sur le principe d’un comité directeur scientifique qui contribuerait à l’élaboration d’une méthodologie spécifique à la Polynésie française, d’une étude sur l’amélioration environnementale attendue et d’un protocole de monitoring du projet.

    Un consortium de chercheurs locaux pourrait disposer d’emplacements sur la future île flottante pour leurs travaux sur les récifs coralliens, l’acidification des océans, la prolifération d’algues toxiques, la dissémination des moustiques génétiquement modifiés et les énergies renouvelables. Le nom est déjà trouvé : Polynesia First (Polynesia Floating Infrastructure Research : Science and Technology). 

    Un mémorandum entre les institutions locales et le Seasteading Institute sera rédigé rapidement. “Nous avons ici une opportunité sans précédent d’établir un standard et un mode d’emploi pour un concept qui est appelé à grandir dans le monde entier”, a déclaré Karina Czapiewska.

    Le gouvernement et le Seasteading Institute se sont donnés jusqu’à la fin de l’année pour décider si le prototype de la première île flottante au monde sera construit dans les eaux polynésiennes.

     

    C.P.

     

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