RAIATEA – Il s’est soulevé contre le roi Tamatoa V, il s’est opposé à la France, son nom, aujourd’hui, rassemble des familles qui n’ont jamais oublié son combat
Le plus célèbre résistant polynésien à “l’envahisseur” est un glorieux inconnu. Cinquante ans avant un autre grand leader, Pouvanaa a Oopa, né à Huahine et d’origine aussi humble, un précurseur, Teraupoo, né Hapaitahaa a Etau vers 1855 à Raiatea, s’est levé à l’âge de 32 ans pour défendre sa terre.
Il a réussi à entraîner près de 800 hommes avec lui (la population de Raiatea est estimée à 1 500 personnes), de 1887, à la naissance de la rébellion, à 1897, jusqu’au bout du dernier combat. Teraupoo et neuf de ses proches ont été déportés en Nouvelle- Calédonie, 116 autres résistants avec femmes et enfants ont été exilés à Ua Huka, aux Marquises.
Qui est donc cet homme devenu un personnage symbole pour le Tavini Huiraatira des années 1880-90 ? Aujourd’hui, il reste toujours une légende “vivante” à Raiatea. Ses proches veulent être en paix avec leur histoire familiale ; ils se posent énormément de questions, bien sûr, sur l’importance des moyens mis en oeuvre pour sa capture et la sévérité de la condamnation en 1897. Et ce, malgré l’opposition du chef du service judiciaire qui ne trouva pas d’article dans le code pour l’appliquer.
Beaucoup de personnes ensuite admirent le chef charismatique, l’homme politique avant l’heure, bien avant Pouvanaa a Oopa, comme d’autres vénèrent le sacrifice du guerrier Matahi qui s’est fait tué dans la tranchée de Tevaitoa prise d’assaut par les troupes de marine le 3 janvier 1897.
Nous n’avons que des anciens écrits pour témoignages de ses actions
L’histoire de Teraupoo appartient désormais à ses proches. Il est né à Avera, mais décède à Vaiaau, sans postérité, le 23 décembre 1918, en pleine grippe espagnole. Et sa tombe a été recouverte par le tracé de l’actuelle route de ceinture.
“On ne refait pas l’histoire”, souligne un arrière arrière petitneveu de Teraupoo. “On l’avoue, sans honte, nous aurions bien aimé être à ses côtés durant ces années-là. Nous n’avons que des anciens écrits pour témoignages de ses actions.”
Le rapport rédigé en 1892 par le commandant de la Durance parle de lui ainsi : “Pourquoi ce chef rebelle ferait-il sa soumission ? On ne voit pas les avantages qu’il pourrait trouver à cet acte, soit que l’ambition personnelle ou un noble patriotisme ait été le mobile de sa révolte… En somme, Teraupoo est un homme ambitieux et audacieux, persévérant, intelligent et prévoyant qui, s’étant imposé par son énergie comme chef à la majeure partie de la population de Raiatea, se gardera bien de compromettre la haute situation qu’il a acquise.” Et ce n’est pas fini.
Le gouverneur Papinaud en 1896 écrit au ministre des Colonies cette phrase prémonitoire : “J’avais raison de dire, Monsieur le Ministre, dans mes rapports de septembre 1894 et février 1895, que ce personnage était irréductible par l’emploi de moyens pacifiques et que nous ne pourrions en avoir raison que par la force.” Enfin, quarante ans après les faits, l’auteur de “la guerre des îles Sous-le-Vent” R. La Bruyère, en 1936, explique l’inexplicable. “Chez cette race polynésienne, éminemment pacifique et qui répugne à recourir à la force, l’audace stupéfiante de Teraupoo détermine parmi ses compatriotes un sentiment instinctif d’admiration. Sous ce climat lénifiant du Pacifique, cette résistance opiniâtre d’un chef insulaire a vraiment quelque chose de grand et d’exceptionnel.”
On peut dire que la rébellion de Teraupoo a littéralement freiné le processus de l’annexion française des îles Sous-le-Vent proclamée le 16 mars 1888. Le projet de loi d’annexion définitive a été ratifiée par la Chambre des Députés le 19 novembre 1897 et par le Sénat le 25 janvier 1898. Soit un an après la fin de la guerre et la capture de Teraupoo et de ses derniers partisans.
Les grandes dates de sa vie
Naissance vers 1855 à Avera - Vers 1870 : Teraupoo est malmené par un capitaine de frégate français. Il jure solennellement de se venger des Français. - Octobre - novembre - décembre 1887 : Aggravation de la situation à Raiatea. Teraupoo s’oppose à la demande de protectorat signé par Tamatoa V, roi de Raiatea, le vice-roi de Taha’a et les chefs de Raiatea- Taha’a. Teraupoo entre officiellement en rébellion, il tente de s’emparer de Tamatoa pour le déposséder.
- 16 mars 1888 : proclamation d’annexion des îles Sous-le-Vent par le gouverneur Lacascade.
- Avril 1888 – décembre 1896 : la drôle de guerre. Teraupoo fait la loi à Raiatea. Il taxe les produits qui franchissent le pont de Avera et les bateaux qui trafiquent dans le lagon. Six districts de Raiatea et trois de Taha’a arborent le pavillon “rebelle” et le pavillon britannique.
- 27 décembre 1896 : ultimatum du gouverneur Gallet à Teraupoo et à ses partisans : il leur donne un délai de quatre jours pour une soumission complète.
- 1er janvier 1897 : le corps expéditionnaire français composé de 1 050 hommes et trois navires de guerre attaque les zones côtières de Raiatea et de Taha’a.
- 3 janvier 1897 : bataille de Tevaitoa, 17 résistants tués et cinq blessés.
- 15 février 1897 : Teraupoo et son épouse sont faits prisonniers dans la grotte Faneuti de la vallée de Vaiaau. La guerre de Raiatea est terminée, elle a fait 40 morts.
- 18 février 1897 : Teraupoo et neuf autres résistants dont la cheffesse Mai vahine de Tevaitoa et son mari sont emmenés à Papeete à bord du navire l’Aube.
- Mars 1897 : les dix prisonniers sont condamnés par une décision souveraine du gouverneur Gallet à être déportés en Nouvelle-Calédonie.
- En 1905 : Teraupoo est autorisé à rentrer à Raiatea.
- Décès, le 23 décembre 1918 à Vaiaau, de Hapaitahaa a Etau, plus connu sous le surnom de Teraupoo.
Victime du partage océanien entre la France et l’Angleterre ?
C’est incontestable. Deux événements importants modifièrent la jeunesse de Teraupoo : la mort de son père fa’a’amu et sa conversion au protestantisme. Les pasteurs de la London Missionary Society se sont installés à Raiatea en 1818. Ils étaient tous anglais, leur soutien aux résistants ne s’est jamais démenti ; c’était uniquement un soutien “moral”, mais très important, aussi pour les “renseignements généraux français de l’époque” un seul fait comptait, Teraupoo était un agent de l’Angleterre. Les intérêts des grandes nations en Océanie n’étaient pas à l’affrontement. L’Angleterre, récemment installée aux Nouvelles-Hébrides, avait d’autres préoccupations, elle a toujours refusé son aide à Teraupoo. La convention de Jarnac de 1847 qui reconnaissait l’indépendance des îles Sous-le-Vent par la France et l’Angleterre ne sera plus appliquée en 1880, elle sera abrogée en 1888.
Pourtant, Teraupoo et la reine de Raiatea ont fait de nombreuses tentatives. La dernière, la plus importante, en janvier 1896, se passa dans le temple de Opoa. Le consul d’Angleterre, Robert Simons, rencontra Teraupoo, le chef était accompagné d’une cinquantaine d’hommes armés. Le discours du représentant anglais, un vieux colonial qui a travaillé longtemps en Afrique, fut sans détour : il leur déclara que les îles Sous-le-Vent n’avaient rien à attendre de l’Angleterre ; son pays avait reconnu la domination française. Le déploiement du pavillon anglais sur un point quelconque des îles était irrégulier, non autorisé, et que cet acte constituait une insulte pour la France et l’Angleterre. Teraupoo répliqua qu’il était déterminé à m a i n t e n i r hissé à tout prix le drapeau anglais et que si le c o n s u l v o u l a i t tenter de l’amener, il emploierait la force pour l’en empêcher. Les dernières paroles du consul avant de partir furent d’avoir annoncé aux rebelles que leur entêtement les rendrait responsables des événements qui pourraient se produire.
- Les rebelles, les armes et le trafic En 1888 et 1894, les écrits officiels relatent. “Les rebelles sont environ un millier, bien armés, bien commandés. Rien ne leur manque, ils possèdent 9/10e des terres, vendent leurs récoltes, trafiquent à leur gré. Le gouvernement révolté de Avera et son chef Teraupoo sont maîtres de tout le pays.”… “Un gros négociant de Papeete, Anglais d’origine, leur a fait envoyer en cachette tout un lot de fusils (ils possèdent en fait 500 fusils à piston non rayés et sans hausse et quelques armes à tir rapide), des cartouches et des uniformes aux vestes rouges.”

Par Rastaman, janvier 25, 2010
La révolution est proche les amis... PEACE AND LOVE
A total destruction the only solution...
Par Gabriel, janvier 26, 2010
Par tevamana, janvier 26, 2010
Et quand, en plus, une culture de l'écrit supplante une culture orale, il ne reste plus grand chose de l'Histoire sinon la version des vainqueurs.
Par Alf, janvier 27, 2010
Pourquoi ne pas généraliser ce type de document ? On pourrait avoir un article de ce genre au moins une fois par semaine, non ? Et surtout avec le point de vue des Polynésiens, des anciens. C'est la moindre des marques de respect que nous puissions manifester, sans polémique aucune par ailleurs.
Nana



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Mais à Tamatoa VI , qui règna de 1884 à 1888 ,
De son vrai nom Teururai - Ariimate -Tamato Tautu appelé Tamatoa VI , Roi de Raiatea de 1884 à 1888 , déchu par l'annexion de Raiatea le 16 mars 1888,
voilà des inepties qui travestissent l'histoire d'un peuple , petit à petit,
mais surement,
Kura Ora,
lumière,