INTEMPÉRIES – Bâtisseurs, nettoyeurs et surfeurs font battre le cœur des zones sinistrées

    lundi 28 décembre 2015

    Deux semaines après les terribles crues du 12 décembre qui ont ravagé la côte est, les stigmates étaient toujours visibles, samedi dernier, le long de la route de ceinture. Du PK 25 au PK 13, de Tiarei à l’entrée de Mahina, la boue et les ordures ont été amassées au bord de la chaussée. L’eau a été rétablie et les habitants s’activent, ici et là, à astiquer ce qui a pu être sauvé. D’autres s’affairent à se reconstruire un toit provisoire. La plupart, malgré tout, gardent le sourire. La vie continue. Un snack de Tiarei espère rouvrir pour la rentrée. Les baigneurs retournent à la mer. Les surfeurs, eux, ne se sont jamais arrêtés…

    PK25: “Ce n’est pas ça qui nous empêchera de rire !”

    À Tiarei, le district le plus fortement touché par les intempéries de la mi-décembre, le snack du PK25 a été épargné. Les propriétaires, en revanche, ont perdu leur maison familiale située sur le même terrain, au bord de la rivière.
    “Mon tane et ses cousins ont dû casser la maison, raconte Anaëlle, belle-fille de la gérante. C’était invivable, il y avait de la boue partout, jusqu’aux genoux.”
    Neuf personnes y habitaient. Une partie a investi l’étage d’une maison voisine. Les autres dorment, pour l’instant, à l’intérieur du snack.
    Samedi dernier, la famille s’attelait à adosser une petite dépendance à l’arrière de la boutique. “On est en train de faire un petit endroit pour séparer notre vie privée et la vie du magasin, explique Anaëlle. Ce sera provisoire, pour quatre personnes seulement, mais je ne vais pas te cacher que notre petit cadeau de Noël, ce sera ça : un entrepôt pour dormir ! Quant à reconstruire une nouvelle maison, on verra après, vis-à-vis des aides…”
    Quoi qu’il arrive, la famille ne partira pas. “Je crois que c’est en zone rouge, mais on a toujours vécu ici…”, précise le fils.
    Anaëlle commence donc à nettoyer de fond en comble le magasin, dans l’espoir de rouvrir ses portes à la rentrée. L’eau ayant été rétablie, elle a aussi pu faire tourner une machine pour laver leurs nouveaux vêtements qui proviennent des dons.
    “Je remercie vraiment tous ceux qui ont donné”, sourit-elle.
    Rien ne semble pouvoir, désormais, lui enlever ce sourire. “Démolir et bâtir, ce n’est pas ça qui nous empêchera de rire ! C’est la nature, la rivière qui cherchait son chemin jusqu’à la mer, mais à cause des troncs d’arbre, elle est venue sur la terre… , lâche-t-elle. Au premier coup, c’est choquant de voir ça, mais après, faut vivre au jour le jour. Déjà, quand notre entrepôt sera fini, j’aurai le sourire jusqu’aux oreilles !”

    PK19-18 : Les dons au secours des sinistrés

    Maisons bâchées, tas d’ordures ménagères le long de la chaussée, panneaux de travaux enfoncés dans la boue, carcasse de voiture enlisée…
    Entre les PK 19 et 18, le quartier Puhi de Papeno’o a été fortement touché par les intempéries. Les pierres, qui bordaient les rivières, se sont effondrées et l’eau a tout envahi. “Tout est parti, raconte un habitant qui préfère rester anonyme. On nous a donné des matelas et des denrées alimentaires, mais on n’a plus que le strict minimum.”
    L’eau a été rétablie aux robinets le 24 décembre. “On va pouvoir mieux nettoyer, explique le trentenaire. Parce que, jusqu’à présent, on s’est contenté de déblayer à la pelle…” Le voisin, Stéphano, 45 ans, a, lui aussi, “tout perdu”. “Je suis allé chez ma sœur qui a eu de la chance, et j’ai reçu un peu d’aide des services sociaux”, précise-t-il.

    PK21 : Franky et son fils nettoient toujours

    Entre la rivière Faarumai et la route d’accès aux Trois cascades, de nombreux habitants ont tout perdu. Une mamie nettoie au jet d’eau ce qui lui reste : la dalle de ce qui fut sa maison. Elle habite désormais chez son fils.
    Les toits des voisins, eux, ont tenu le coup, mais le sol alentour ressemble à des sables mouvants. Un frigo, branché à l’extérieur, fonctionne encore, mais le four est cassé, la moto et le scooter qui n’étaient pas assurés sont fichus… Franky, 47 ans, et son fils,
    17 ans, nettoient depuis des jours et se nourrissent pour l’instant grâce aux dons alimentaires.

    PK19,5 : Comment traiter tous les déchets ?

    À Papeno’o, au PK19,5, des monticules de terre, provenant des vallées et des routes déblayées, ont été amassés sur des dizaines de mètres le long de la chaussée, côté mer. Les déchets sont stockés en attendant que le Pays trouve une solution pour les traiter, au risque de contaminer le front de mer.

    PK15 : Les cours d’eau souillent l’océan

    Partout, entre Tiarei et Mahina, les cours d’eau et les rivières font grise mine. Marron, voire jaune. Les déchets des vallées s’y sont agglutinés et sont rejetés, en bout de course, dans la mer. C’est notamment le cas au PK 15, où les amas de bois et de plastiques sur la plage ne sont que l’écho des tas de boues et d’ordures qui bordent la petite rivière.
    “Par mesure de précaution, au regard des déjections dans la mer, des arrêtés ont été pris pour interdire l’accès à la zone côtière”, rappelle la gendarmerie.
    Des déchets verts, mais également des liquides et des cadavres d’animaux emportés depuis les porcheries des PK19 et 20 entraînent un risque sanitaire élevé. Pas de quoi, pour autant, effrayer les surfeurs (lire ci-dessous)…

    Du PK 25 au PK12,5 : Les surfeurs à l’eau, malgré le risque sanitaire

    “On a un peu peur de la leptospirose, mais on fait bien attention…”
    Samedi dernier, bodyboard sous le bras, Élodie, Tehani et James, âgés de 17 à 22 ans, sortaient de l’eau sur une plage de galets située vers le PK25, à Tiarei.
    Les trois copains l’assurent, l’océan aurait repris de bonnes couleurs ces derniers jours.
    Pourtant, de vallée en vallée, les cours d’eau jaunâtres continuent de s’y écouler et l’interdiction de baignade dans les rivières et sur la zone côtière prise par le maire de Hitia’a o te Ra dès le 14 décembre n’a toujours pas été abrogée.
    Suite aux crues dévastatrices sur la côte est, le risque sanitaire serait “avéré” à cause des déchets verts, mais également des liquides et des cadavres d’animaux emportés dans la mer depuis les porcheries des PK19 et 20.
    Le 16 décembre, la direction de la santé a confirmé notamment des “risques importants” de transmission de la leptospirose, une maladie causée par des bactéries qui pénètrent dans le corps lors de contacts prolongés avec la boue ou de l’eau souillée.
    “Si on est blessé, avec des coupures, c’est même pas la peine d’aller à la mer, reconnaissent les jeunes de Tiarei. Mais sinon, si on est malade, on n’a qu’à aller au médecin !”
    À la sortie de Papeno’o, les surfeurs de Orofara chantent le même refrain.
    Samedi dernier, au PK 13, ils étaient une quarantaine à avoir affronté les vagues en début de matinée.
    La commune de Mahina n’a pris aucune disposition particulière. “On a un peu peur mais, comme on n’a pas de plaie et qu’il n’y a pas de vague sur la côte ouest, on y va quand même, sourient Kelly, Yvon et Gwendal, âgés de 14 et 17 ans (sur la photo ci-contre). Nos parents nous disent de bien nous rincer…”
    Depuis les inondations, les ados ne se sont pas vraiment privés. “On a surfé trois ou quatre fois côte est, racontent-ils. Le lendemain des intempéries, c’était dégueu ici, donc, on est allé le plus loin possible, à Ahonu.”

    L’interdiction à Hitia’a o te Ra

    “Moi, tant que je ne vois pas de panneau de signalisation ni de muto’i, je continue, lâche aussi Tere, 28 ans (lire ci-contre). C’est comme la cigarette, je sais que ce n’est pas bon, mais…”
    Sur le spot voisin de Papeno’o, l’arrêté d’interdiction a été collé sur un cocotier, selon la gendarmerie. “Et il est affiché en mairie”, ajoute un agent de la brigade de Tiarei.
    Samedi dernier, une poignée de surfeurs s’est tout de même mise à l’eau.
    “Les gens doivent se renseigner. L’arrêté est toujours en vigueur, tant que le maire n’aura pas autorisé à nouveau l’accès aux zones côtières”, prévient l’agent municipal.
    La gendarmerie et la police municipale sont chargées de le faire respecter. Pour l’heure, aucune amende n’aurait été distribuée. “J’aspire à ce que les gens soient prudents, confie-t-il. On est supposé connaître les zones à risque et chacun est responsable lorsqu’il pratique des sports de loisir. Si les gens ne respectent pas les arrêtés, il ne faut pas ensuite reprocher au maire une pandémie…”
    Un travail de sensibilisation semble en tout cas avoir été mené à bien, puisque tous les baigneurs et les surfeurs que nous avons croisés connaissaient la leptospirose. Selon la direction de la santé, une centaine de cas par an serait habituellement déclarée, “avec 1 à 5 décès”.
    “Après un temps d’incubation moyen d’une à deux semaines, la maladie débute un peu comme une forte grippe, avec une fièvre élevée, des maux de tête, des douleurs musculaires et articulaires, écrit-elle dans un communiqué. Cette maladie peut être diagnostiquée facilement et confirmée par un prélèvement sanguin, elle est soignée efficacement par des antibiotiques, à condition de consulter dès les premiers signes. Il ne faut pas attendre pour aller voir le médecin.”

    Marie Guitton

    Tommy 2015-12-28 15:26:00
    Certains veulent reconstruire là où la nature les a balayés. J'espère que les responsables seront assez fermes pour ne pas céder et les obliger à reconstruire en lieux plus sûrs. Sinon, leurs habitations vont encore foutre le camp à la prochaine grosse crue. Pas grave pour ces assistés, ça ne leur coûtera rien puisque ce sera encore à la collectivité de payer pour leur obstination débile !!
    Même topo pour les surfeurs, on leur dit que les eaux sont dangereuses pour la santé publique mais tout ce petit monde, irresponsable et dénué de sens civique, fait un doigt d'honneur à toute le monde. S'ils crèvent, ils l'auront cherché et ce ne sera pas volé.
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