Interdiction du paraquat : et après ?

    jeudi 6 août 2015

    Le paraquat, herbicide, est interdit sur les sols polynésiens depuis le 25 mars. Cette décision du gouvernement plonge les professionnels de l’agriculture devant un surcoût de leur production, puisque aucun autre substituant n’offre aujourd’hui la même efficacité au même prix. Les alternatives, par exemple bio, existent, mais les agriculteurs demandent des mesures d’accompagnement, notamment sur la formation.

    Le 25 mars, les agriculteurs du fenua encaissaient amèrement la décision du gouvernement d’interdire l’utilisation du paraquat, une molécule entrant dans la composition de désherbants fréquemment pulvérisés sur les sols polynésiens avant les plantations.
    Une réserve de 3 000 litres était alors recensée sur le territoire et, pour la liquider, des délais de commercialisation de six mois et d’utilisation de 12 mois accordés aux professionnels concernés. Quatre mois ont passé, les agriculteurs n’ont pas changé leurs habitudes et leurs questions restent sans réponse : par quoi remplace-t-on le paraquat, et quelles sont les mesures d’accompagnement ?
    Car aucun substituant n’offre, aujourd’hui, la même efficacité au même prix. “Il y a d’autres produits, précise Abel Iorss, représentant de la fédération agricole Te Rima Hotu Rau et vice-président du Syndicat des producteurs de fruits. Mais ils sont beaucoup plus chers, donc nous serons obligés de le répercuter sur le prix de vente de nos récoltes.”
    Dans le magasin Agritech de Papeete, la bouteille d’un litre d’Agriquat, à base de glufosinate d’ammonium, s’affiche à 3 905 F, contre 750F pour son concurrent composé de paraquat. “Les agriculteurs regardent un peu mais quand ils voient le prix, le choix est vite fait”, affirme Gilles Yau, le gérant du magasin.
    Une alternative serait le désherbage à la main : impensable en termes de rendement pour Abel Iorss, qui cultive du taro et des agrumes, d’autant plus que “la main-d’œuvre coûte horriblement cher à Tahiti” et qu’une vague d’embauches dans le secteur agricole paraît improbable en période de crise. Reste le mulching, ou paillage, mais qui n’est pas adapté pour les cultures de taro… Le prix de production de ce tubercule semble donc devoir augmenter avec, en bout de chaîne, des consommateurs forcés de mettre la main au porte-monnaie.
    Pour l’instant, malgré l’arrêt des importations, “nous avons encore des stocks de paraquat”, affirme Gilles Yau, président de la Fédération générale du commerce. À l’entendre, un report des délais de commercialisation (autorisée jusqu’au 2 octobre 2015) et d’utilisation (permise jusqu’au 2 avril 2016) semble inévitable. À défaut, “qu’ils nous remboursent !”, s’exclame Abel Iorss. “Et qu’ils mettent la main à la pâte pour désherber… J’aimerais bien les voir à l’œuvre.”
    Comme les cultivateurs de vanille face à la pénurie, comme les apiculteurs dans le dossier du miel importé, les professionnels regrettent une décision sur le paraquat prise sans concertation par le gouvernement. “Aujourd’hui, nous, exploitants professionnels, aimerions qu’une table ronde soit tenue sur le sujet”, déclare le représentant de Te Rima Hotu Rau.
    De son côté, le gouvernement, qui n’a pas souhaité s’exprimer pour cet article, mettait en avant le principe de précaution, le 25 mars. “Réautorisé en 2003 par l’Union européenne, le paraquat a de nouveau été interdit en juillet 2007, compte tenu de son lien soupçonné avec la maladie de Parkinson, lit-on dans le rapport du conseil des ministres. Par ailleurs, associé à certains pesticides, il serait impliqué de manière significative dans les atteintes spermatiques et la fertilité.”
    Des arguments étayés par un rapport de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), qui méritaient évidemment d’être entendus… Mais sans doute pas de fermer les vannes du dialogue avec les agriculteurs, premiers concernés.

    “Injustice fiscale”

    Mauvais signal : le 25 mars était modifiée la composition de la commission des pesticides, chargée de favoriser une utilisation raisonnée des intrants au fenua. De 12 membres, celle-ci est passée à dix, perdant ses deux agriculteurs désignés par la Fédération des producteurs agricoles.
    Abel Iorss déplore aujourd’hui avoir du mal à faire entendre les revendications de sa profession. “C’est vrai que les pesticides mal employés sont nocifs pour la santé. Et certes, le paraquat est un produit extrêmement dangereux, reconnaît-il. C’est pour cela que nous avons demandé il y a quelques années qu’il soit réservé aux professionnels uniquement. Mais si on forme les agriculteurs, ils sont capables d’en faire une bonne utilisation. Il y a une procédure, il faut la respecter.” Au lieu d’interdire purement et simplement tel ou tel produit, “nous préférerions que le gouvernement investisse dans un dispositif de formation pratique à l’utilisation des pesticides, qui nous délivrerait un agrément à la manipulation de ces produits”, explique l’agriculteur.  À défaut de réponse sur ce point, le président de la Fédération générale du commerce Gilles Yau attend des avancées pour permettre aux agriculteurs d’acquérir les substituants. “Il faut qu’on rééquilibre aujourd’hui une injustice fiscale qui existe depuis que tous les intrants sont devenus des produits de grande consommation taxés à 16 %, alors qu’ils étaient auparavant des produits de première nécessité non taxés, déclare-t-il. Depuis, les agriculteurs sont obligés de s’acquitter de la TVA sur les intrants qu’ils ne pourront jamais récupérer puisqu’ils ne peuvent pas, eux-mêmes, facturer de TVA. Je pense qu’il faut envisager des mesures d’accompagnement. Soit on revient à la situation antérieure, soit on applique une TVA réduite.”

    “Rentrer dans les cordes du bio ?”

    Dans le camp adverse, Gilles Parzy, directeur de l’Institut Bio stratégies, estime que la décision du gouvernement va dans le bon sens. S’il manque une formation, selon ce spécialiste de l’agroécologie, c’est sur des “méthodes plus saines”. À défaut d’informations, il estime que “de nombreux agriculteurs utilisent le paraquat sans réel besoin. Or, en culture vivrière, les alternatives techniques sont simples”, dit-il. Avec l’interdiction de cet herbicide, “certains vont désormais s’en passer, se réjouit-il, et pourront entrer dans les cordes du bio. C’est dans l’intérêt de tout le monde d’avoir des alternatives moins dangereuses. Il n’y a pas de raison de tolérer le paraquat alors que c’est interdit en France.” “La Polynésie est soumise à un climat qui n’a rien à voir avec celui de l’Europe, rétorque Gilles Yau. Ils ne font pas de pastèques, ni d’ananas, ni de papayes. En France, vous avez quatre saisons très marquées, avec l’automne, puis l’hiver, qui cassent le rythme de la pression parasitaire. Alors qu’en Polynésie, c’est l’été permanent. Donc, il faut bien se garder de faire le parallèle entre les réglementations d’Europe et de Polynésie, fut-elle française.”
    L’Australie, avant-gardiste en matière d’agriculture biologique, est citée en exemple : le paraquat,  y est pourtant toujours utilisé.

    Marie Guitton

    Manatua 2015-08-07 13:46:00
    Ce produit on l utilise pour toute notre agriculture enfin...comment on va faire...pour les pasteques on plante le petit pied qu on recouvre d un pot de fleur et on arrose abondement autour pour que ca puisse bien boire tout ca dans le futur...alors.
    TETUANUI Monil 2015-08-07 04:33:00
    Notre société de de demain doit être bio. Il faut faire de la formation dans des méthodes plus saines. Il faut entrer dans les cordes de bio. De l'autre côté, il faudrait que la concurence affiche des prix transparents. Il y a également les 16 pour cent trop élevés. BIO et INDEPENDANCE ALIMENTAIRE BIO.
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