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Interview « second tour » du Tapura : “Un programme responsable” selon Teva Rohfritsch

vendredi 4 mai 2018

CP Teva Rohfritsch1

Le vice-président, ministre de l’Économie en charge des grands projets d’investissement et des réformes numériques, a mené nombre des réformes des trois dernières années. “Donnez-nous cinq ans pour pouvoir travailler”, dit-il aux Polynésiens. (Photo : Caroline Perdrix)

Quelle est votre analyse des résultats du premier tour ?

Labstention a été assez exceptionnelle pour des territoriales. Cest quand même un message pour la classe politique tout entière, de désaccord peut-être, de lassitude certainement, et peut-être aussi dattentisme.

Lautre enseignement, cest que la majorité a renouvelé sa confiance au Tapura Hhuiraatira dÉdouard Fritch, de façon assez marquée. Ça veut dire aussi que les Polynésiens qui se sont déplacés pour aller voter ont choisi la stabilité, ce pour quoi nous militons depuis le début de cette campagne. Pour redresser le pays, pour redresser léconomie, il faut rétablir la confiance, et la confiance, elle est basée sur la stabilité. On propose un programme responsable, me semble-t-il, qui milite pour la continuité dun certain nombre de chantiers quon a démarrés.

Est-ce que le Tapura dispose dun bon réservoir de voix pour ce second tour ?

Bien malin celui qui peut dire qui a le réservoir de voix aujourdhui. On ne peut quappeler nos électeurs et les sympathisants à se mobiliser au second tour. Y compris ceux qui ne se sont pas déplacés en se disant : Le Tapura va gagner’. On la vu pour le record du monde de ukulele, on avait péché par excès de confiance. Une élection reste une élection, et quand bien même nous avons eu une majorité assez forte au premier tour, on na pas baissé les bras parce quon pense que rien nest gagné davance. Ce quon dit, cest : ‘Donnez-nous cinq ans pour pouvoir travailler’.

Comment convaincre avec un programme qui est peut-être moins tape-à-lœil que dautres ?

Il y a une évolution de lélectorat, et il y a aussi une grande déception, je crois. Il faut arrêter de vendre du rêve aux Polynésiens, ça devient vite un cauchemar. Les électeurs ne sont pas dupes. Ils ont bien compris que ces projets pharaoniques, ce tout gratuit”, cette gabegie de dépenses publiques, il y a bien quelquun qui va les payer. On a tous entendu ces grandes promesses qui nont jamais été réalisées en 30 ans. Je crois quil y a une nouvelle maturité dans lélectorat.

Cest vrai quon a fait le choix dun programme réaliste, mais on pense que ce qui a été fait depuis deux ans, avec des actions ciblées, en faisant dabord confiance aux Polynésiens, ce nest pas nécessairement spectaculaire, mais cest ce qui permet de redresser le pays tout doucement.

Quels sujets doivent, selon vous, être décisifs pour les électeurs, dimanche ?

On propose de faire le choix des trois S : une équipe sérieuse, solide, soudée. Et représentative de toutes les couches sociales et toutes les origines, ce qui fait la Polynésie daujourdhui. Une équipe qui nest pas ennemie de lÉtat, qui va travailler dune manière franche, qui va poursuivre des projets réalistes à la dimension du pays, qui ne va pas demander plus de dépenses publiques donc plus dimpôts, et qui va donner la priorité au renforcement de nos atouts : le tourisme, léconomie bleue, lagriculture aussi.

Malgré tout, vous aussi avez des grands projets.

Bien entendu. Hao a démarré, les terrassements ont commencé, les investisseurs ont déjà beaucoup investi. M. Wang Chen va revenir rapidement pour la pose de la première pierre.

Il y a le Village tahitien. Nos investisseurs maoris ont remporté les six lots dhébergements, mais ils sont aussi prêts à partager avec nous des lots déquipements communs, ce qui permettrait de limiter la dépense publique.

Ces six lots, cest quand même 70 milliards, 1 550 chambres ; ce nest pas de la dînette, cest plus que toute lîle de Bora Bora. Il faut bien définir cette destination Village tahitien quon veut créer à lintérieur de la destination Tahiti. On ne veut pas juste faire des hôtels de plus ; on veut créer un nouveau produit touristique.

Ça sera aussi une vraie opportunité pour Moorea parce que ça veut dire des excursions possibles à la journée ou des séjours en complément avec le projet qui est en cours sur le golf de Temae.

On tient aussi, sur ce site qui est sacré, à ce que le projet culturel soit à la hauteur de nos ambitions touristiques. Cest Heremoana Maamaatuaiahutapu qui doit définir le cahier des charges. On veut vraiment que ce soit quelque chose de vivant, qui représente la Polynésie éternelle mais aussi la Polynésie daujourdhui.

La formation est un sujet important pour réaliser ces grands projets. Que prévoyez-vous ?

Cest un élément important du programme. On souhaite revisiter les programmes scolaires pour avoir un meilleur taux de réussite des enfants. On va étudier la suggestion de modification des horaires, mais ça dépasse les horaires. Au delà de ça, on veut travailler sur les formations professionnalisantes, qui sont encore peu développées, pour répondre aux besoins des grands projets, y compris dans les métiers du bâtiment. Il nous faut mobiliser les jeunes là-dessus, dans les CFPA, les CJA, les maisons rurales, tous les organismes de formation et dinsertion. Il y a une possibilité de passer un accord avec les îles Cook, pour que nos jeunes aillent en stage aux Cook apprendre langlais, et que leurs jeunes viennent au lycée hôtelier.

La formation va être un grand chantier de la prochaine mandature.

Un autre sujet qui affecte les électeurs, ce sont les transports publics. La délégation de service public est remise en jeu. Quest-ce qui va changer ?

La précédente délégation a duré 17 ans, et aucun gouvernement na vraiment relancé ce sujet. On en tire les leçons. Sécurité et confort sont les deux maîtres mots de la nouvelle DSP. La nouveauté, cest quon tient compte de lurbanisation actuelle, de la nécessité de desservir les vallées, et luniversité. Transports publics et scolaires sont intégrés dans la DSP, au lieu de faire des couches successives, comme ça avait été fait avant. À la décharge du transporteur, la délégation était plus courte, puis renouvelée dannée en année. Comment prévoir lavenir dans ces conditions ? Ça ne veut pas dire que tout était parfait. C’est pour ça quon veut repartir sur des nouvelles bases, et bien sûr contrôler derrière.

Vous avez pris beaucoup de mesures de soutien de léconomie. Que reste-t-il à faire, selon vous, en termes de réglementation ?

Poursuivre la simplification des procédures administratives, alléger, numériser, dématérialiser. On a commencé mais cest un travail titanesque. On veut faire en sorte que linitiative privée puisse prendre le relais, et que le service public soit bien repositionné sur ses missions essentielles. On ne souhaite plus créer demplois dans ladministration. Mais nous avons lancé des concours, ce qui peut sembler paradoxal. Cest parce que nous voulons professionnaliser ladministration. On monte en qualité plutôt quen quantité, et on voit une nouvelle génération arriver, qui est plus à laise avec le numérique.

Que prévoyez-vous pour le secteur primaire ?

On a déjà commencé partout où cest possible, mais toutes les terres domaniales ne sy prêtent pas. Là où il y a un projet agricole qui tient la route, le Pays met à disposition des terres.

Un autre axe important, cest de diversifier nos sources dapprovisionnement. Ça se fait aussi en révisant notre fiscalité douanière pour trouver des produits avantageux moins loin de chez nous. Fidji, par exemple, fait beaucoup de produits transformés.

Quels sont les rapports du gouvernement Fritch avec le gouvernement Macron ?

On a de très bons rapports, que ce soit avec lÉlysée ou avec Matignon, et avec lensemble des ministères. Emmanuel Macron candidat était favorable à la poursuite de la mise en œuvre de laccord de lÉlysée, y compris sur la santé, la solidarité, les grands projets.

Il y a également le toilettage de la loi organique, notamment sur les recours suspensifs sur les lois de Pays non fiscales, ça bloque et ça fait empirer un certain nombre de situations. On la vu notamment sur les questions de protection sociale généralisée. Il y a aussi des éléments du CGCT à préciser, sur les compétences économiques et sociales des communes : il faut quelles puissent intervenir à nos côtés, de manière plus rapide et peut-être plus adaptée, sans pour autant faire grossir les administrations communales.

Il y a aussi les délais de consultation de lassemblée qui sont trop courts pour creuser les sujets et se prononcer, lorsque la loi nationale intervient sur des domaines de compétences du Pays, et quelle finit son parcours en métropole sans que lassemblée de Polynésie nait pu se prononcer ; ça nest pas normal.

Cest le plus souvent un oubli, et cest tout le rôle de nos députés et sénateurs. Lana Tetuanui est devenue un personnage incontournable, au Sénat. Nuihau Laurey aussi, qui se fait remarquer par ses compétences techniques en finances. Il est rapporteur de la loi de finances (le budget national, NDLR).

Mais un partenariat avec La République en Marche reste-t-il possible, alors que le parti dEmmanuel Macron insiste sur des casiers judiciaires vierges ?

Ça viendra après. Il y a beaucoup de gens qui se sont réclamés de La République en Marche, ce qui a semé le trouble. À force de tergiverser, certains sont allés ailleurs, y compris chez des gens qui ont fait voter Le Pen. Mais les relations entre Édouard Fritch et Emmanuel Macron sont très bonnes, et les relations entre Édouard Fritch et Édouard Philippe sont très bonnes aussi.

 

Propos recueillis par Caroline Perdrix

 

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